Record de froid en Terre-Adélie


09/07/2014

L'hiver austral est bien installé en Terre Adélie. Le mois de juin y a même été exceptionnellement froid. À la station Météo-France de la base Dumont d'Urville, on a enregistré une température moyenne de -22,4°C, inférieure de 6,6°C à la normale*.
Juin 2014 est ainsi le mois de juin le plus froid depuis le début des mesures en 1956, et le second mois le plus froid tous mois confondus (après septembre 1958 avec -23,5°C). Le record de température minimale quotidienne pour un mois de juin a également été battu avec -34,9°C enregistrés le 3 (ancien record : -33,4°C).

D'autres éléments font de juin 2014 un mois atypique en Terre Adélie. Habituée aux vents forts même si la station ne se situe pas dans un couloir de vents catabatiques (lire ci-dessous), le vent y a été particulièrement faible : la moyenne est inférieure de 36% à la normale (22,2 km/h contre 35,3 km/h). Juin 2014 est ainsi le 2ème mois le moins venté depuis le début des mesures (21 km/h en 1978). Les rafales n'ont dépassé 120 km/h qu'à une seule occasion (127 km/h le 17) contre 6 habituellement. La barre des 100 km/h a été franchie à 5 reprises, contre un peu plus de 11 fois habituellement.

Enfin on a enregistré un excédent d'insolation de 60% (11,8 heures contre 7,4 en moyenne**).

Ces 3 facteurs conjugués (froid, absence de vent, excédent d'insolation) pourraient indiquer que les perturbations ont été moins nombreuses qu'à l'habitude et/ou ont évolué à des latitudes plus basses qu'à l'accoutumée.

En apparente contradiction avec ces données, les chutes de neige ont quant à elles été observées à 7 reprises, un chiffre proche de la moyenne (8,5).

* normales sur la période 1981-2010
** normales sur la période 1991-2010

La base Dumont d'Urville @ Météo-France / O. Traullé

La base Dumont d'Urville @ Météo-France / O. Traullé

Des observations météo en continu à Dumont d'Urville depuis 1956

La Terre Adélie est l'un des 5 districts avec l'archipel de Crozet, l'archipel des Kerguelen, Saint-Paul-et-Amsterdam et les îles Éparses constituant la Collectivité des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) dont l'Administration est basée à St-Pierre de La Réunion. La France y mène des recherches scientifiques dans de nombreuses disciplines.

Une convention entre le Territoire des Terres Australes et Antarctiques Françaises et l'Institut polaire Paul Emile Victor (IPEV) confie à ce dernier l'exécution de l'ensemble des moyens logistiques nécessaires aux activités opérationnelles et de recherche menées en Terre-Adélie.

La base Dumont d'Urville, située sur l'île des Pétrels à 5 km du continent antarctique, héberge une trentaine de personnes réparties entre les services généraux et les services scientifiques. Chaque année pendant l'été austral, le navire L'Astrolabe assure, depuis la Tasmanie, le ravitaillement et le renouvellement des équipes.

La station météo de la base connaît une activité permanente depuis 1956. Des mesures sont effectuées par les météorologues chaque jour, toutes les 3 heures, pour divers paramètres (température et humidité relative de l'air, pression atmosphérique, vitesse et direction du vent, rayonnement global et durée d'insolation). Autre tâche d'observation essentielle : le radiosondage quotidien qui ausculte l'atmosphère en altitude, jusqu'à 30 km environ, effectué tous les jours de l'année, sans exception, quelles que soient les conditions météo.

Toutes les données observées en Terre Adélie sont transmises via le réseau mondial de télécommunications de l'Organisation Météorologique Mondiale aux services météorologiques nationaux. Elles alimentent les modèles de prévision numérique des services de prévision, leur permettant d'intégrer dans leurs simulations les caractéristiques de l'atmosphère sur cette partie du globe. Les mesures sont rares et précieuses sur les zones désertiques telles que les océans ou l'Antarctique. Il n'existe aucune autre station météo à moins de 1000 km à la ronde autour de Dumont d'Urville. Et très peu de stations implantées en Antarctique réalisent des radiosondages.

Les données recueillies sont également fournies aux laboratoires présents à Dumont d'Urville - biologie marine, géophysique, glaciologie.  L'équipe de Météo-France élabore enfin chaque jour un bulletin de prévision, indispensable à la sécurité de la base.

Le climat à Dumont d'Urville

Immense continent de 14 millions de km², l'Antarctique est situé sur le Pôle Sud géographique. En Antarctique, on distingue deux types de climat. Sur les hauts plateaux continentaux (jusqu'à 4000 m d'altitude), la température moyenne annuelle avoisine -60°C et le vent est faible.

Sur le littoral, les températures sont plus élevées (-10°C en moyenne sur l'année) et des vents forts soufflent régulièrement. Située sur l'île des Pétrels, la base Dumont d'Urville jouit d'un climat relativement "doux". La température moyenne annuelle y est de -11°C, avec une moyenne mensuelle maximale de -1,2°C en janvier (été austral), et une moyenne mensuelle minimale de -17,6°C en juillet (hiver austral). L'insolation moyenne annuelle,  2037 heures, est comparable à celle de Toulouse et supérieure à celle de Paris (à peine 1700 heures par an).

Sur le plateau antarctique, les précipitations sont quasiment absentes (de 20 à 50 mm par an seulement, essentiellement de la neige). À Dumont d'Urville, les mesures sont difficiles à effectuer : la neige est la plupart du temps balayée par le vent. Les météorologues comptabilisent en revanche les jours de neige, soit 100 jours par an en moyenne.

Le vent y souffle 115 jours par an à plus de 100 km/h et approche ou dépasse chaque année 200 km/h. La vitesse record a été enregistrée le 23 mai 1988, avec des rafales à 245 km/h. La station n'est pas située dans un couloir des terribles vents catabatiques (du grec [katabatikos], "aller vers le bas"). Ces vents violents, qui prennent naissance lorsqu'une masse d'air froid et dense dévale les pentes des hauts plateaux antarctiques sous l'effet de son propre poids, peuvent atteindre 300 km/h sur les côtes. Ils se produisent majoritairement au passage des perturbations à l'automne et au printemps, périodes de forts contrastes thermiques entre l'air marin et l'air continental.