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28/08/2014

El Niño: les dernières prévisions de Météo-France

El Niño: les dernières prévisions de Météo-France

El Niño: les dernières prévisions de Météo-France

28/08/2014

Dans l'océan Pacifique, le phénomène « El Niño », qui a pris naissance au printemps, a marqué une pause cet été. Les dernières prévisions saisonnières expertisées par Météo-France, actualisées le 27 août 2014, suggèrent une reprise de son développement au cours du trimestre prochain. L'intensité du phénomène devrait rester faible à modérée, et son influence se limiter aux zones tropicales et à l'Océan Pacifique, affectant ainsi les territoires et les départements d'outre mer français.

Concernant l'Europe, les modèles produits par les différents organismes météorologiques mondiaux indiquent dans leur ensemble une différence entre le Nord et le Sud, avec une probabilité renforcée que les températures du trimestre prochain soient plus chaudes que la normale sur le nord et l'est de l'Europe. Plus au sud, aucune tendance ne se dégage en revanche, ni pour les températures ni pour les précipitations.

 

Jean-Pierre Céron - © Météo-FrancePour en savoir plus sur les caractéristiques du phénomène El Niño et son influence sur le climat mondial, retrouvez l'interview de Jean-Pierre Céron, climatologue à Météo-France. (interview initialement publiée le 25 juin 2014) :

 

Expliquez-nous ce qu'est El Niño 

El Niño, et son pendant La Niña sont des phénomènes océaniques à grande échelle du Pacifique équatorial, affectant le régime des vents, la température de la mer et les précipitations. El Niño et La Niña correspondent aux deux phases opposées du phénomène couplé océan/atmosphère appelé ENSO (El Niño / Southern Oscillation).

À l'origine, l'appellation El Niño a été attribuée par les pêcheurs péruviens à la petite invasion d'eau chaude qui se produit chaque année le long des côtes du Pérou et de l'Équateur aux environs de Noël  - d'où son nom : en espagnol, El Niño désigne l'enfant Jésus. Par extension,  le phénomène climatique correspondant au réchauffement accentué des eaux de surface près des côtes de l'Amérique du Sud porte aujourd'hui le nom d'El Niño. Nous savons qu'il est lié à un cycle de variations de la pression atmosphérique entre l'est et l'ouest du Pacifique, couplé à un cycle du courant océanique le long de l'équateur.
Lors d'un épisode El Niño,  les hautes pressions du Pacifique Sud  diminuent. Les alizés (qui soufflent d'est en ouest) faiblissent, voire se renversent. Les eaux chaudes de surface, accompagnées de nuages et de précipitations, refluent de l'ouest vers l'est.

Est-ce un phénomène fréquent et régulier ?

Les événements El Niño apparaissent d'une manière irrégulière, tous les 2 à 7 ans. Ces épisodes débutent en général en milieu d'année et durent de 6 à 18 mois. Ils atteignent leur intensité maximale vers Noël.
En 1997, un épisode El Niño très intense avait été observé, avec à la clef des impacts climatiques et sociétaux importants. Depuis, d'autres épisodes, d'importance moindre, se sont produits en 2002-2003, 2004-2005, 2006-2007 et 2009-2010.

Comment prévoit-on un tel phénomène plusieurs mois à l'avance ?

À l'échelle de la saison, l'évolution de l'atmosphère est fortement influencée par les variations des océans. En associant des modèles de prévision météorologique à des modèles de prévision océanique, il est possible de réaliser des prévisions sur le climat des six mois à venir. C'est ce que l'on appelle des prévisions saisonnières. Il ne s'agit pas de prévisions classiques décrivant dans le détail des situations météorologiques, mais d'indications sur les évolutions possibles à très grande échelle, notamment en matière de température et de précipitations.
Pour réaliser ces prévisions, nous comparons les sorties de plusieurs modèles. La synthèse établie à partir de ces différentes simulations numériques nous permet de prévoir l'évolution des paramètres climatiques et de dire si, pour une région donnée, le climat a des "chances" de s'écarter du climat standard.   
La prévision des épisodes El Niño relève de la prévision saisonnière. L'évolution de la température de surface de la mer, et en particulier celle de l'océan Pacifique équatorial, peut être prévue à ces échéances avec une précision bonne, voire élevée pour les prévisions concernant l'automne et l'hiver boréal. Les variations de cette température constituent un bon indicateur de la survenue éventuelle d'un phénomène El Niño ou La Niña. Lorsque les prévisions s'accordent sur une augmentation de la température des eaux de surface du Pacifique équatorial, un scénario de type El Niño est probable. Les épisodes El Nino/La Nina sont les phénomènes ayant la meilleure prévisibilité à cette échelle de temps.

Anomalies de température océanique dans l'océan Pacifique équatorial, en moyenne sur le mois de mai 2014 en surface - © Mercator
Anomalies de température océanique dans l'océan Pacifique équatorial, en moyenne sur le mois de mai 2014 sur les 300 premiers mètres - © Mercator
Anomalies de température océanique dans l'océan Pacifique équatorial, en moyenne sur le mois de mai 2014.
Carte du dessus : en surface.
Carte du dessous : "contenu de chaleur" des 300 premiers mètres.
© Mercator
Cliquer sur les cartes pour les agrandir

 

Quels impacts El Niño a-t-il sur les conditions météorologiques dans les différentes régions de la planète ?

De par son ampleur (augmentation de température de l'ordre de 1°C ou plus des couches océaniques superficielles dans le rail équatorial pendant plusieurs mois) et  l'étendue de la zone concernée (au niveau de l'équateur, le bassin pacifique tropical s'étend sur une zone large de plus de 10 000 km),  El Niño affecte le climat mondial dans son ensemble. Lors des épisodes précédents, différents types de phénomènes ont été observés :
- déficit pluviométrique en Australie orientale, Indonésie, Inde, Afrique australe, Caraïbes, nord-est du Brésil ;
- tempêtes tropicales plus à l'est qu'à l'habitude et venant affecter la Polynésie française ;
- excédent pluviométrique sur la côte ouest de l'Amérique du Sud, dans le nord de l'Argentine et en Uruguay, en Afrique de l'Est équatoriale, dans les îles du centre du Pacifique tropical et dans le sud des États-Unis pouvant entraîner inondations et glissement de terrain;

Par ailleurs, à l'échelle du globe, la température moyenne a tendance à être anormalement élevée pendant les années concernées par ces épisodes  Ce fut le cas en 1998, année qui a suivi un fort épisode El Niño.

Observe-t-on des phénomènes analogues ailleurs sur la planète ?

Seul l' ENSO a un impact planétaire aussi marqué. Les deux autres bassins océaniques, Indien et Atlantique, sont trop peu étendus pour permettre un phénomène de couplage aussi important entre circulations atmosphérique et océanique, même s'ils subissent aussi des remontées d'eaux profondes et des régimes d'alizés.

Le changement climatique a-t-il un impact sur ce phénomène ?

Il n'y a pas, actuellement, de consensus sur la question.
Les modèles d'évolution du climat dont nous disposons ne permettent pas de prévoir l'effet du changement climatique sur la survenue et l'intensité des épisodes ENSO. Dans quelques années,  les progrès de la modélisation climatique de l'océan (circulation verticale plus précise) et de l'atmosphère (meilleure simulation du régime des alizés) devraient permettre d'y voir plus clair.

 

26/08/2014

Un mois d'août record aux Kerguelen

Un mois d'août record aux Kerguelen

Un mois d'août record aux Kerguelen

26/08/2014

L'archipel des Kerguelen, qui fait partie des Terres Australes et Antarctiques Françaises, a connu des conditions météorologiques exceptionnelles au cours de ce mois d'août 2014. La base de Port-aux-Français a subi une météo particulièrement rude. Le 11 août, le record absolu de froid de la station a notamment été battu, avec une température minimale de -9,5°C.

Carte implantations MF outre-mer

 © Météo-France


Un climat subpolaire océanique
L'archipel des Kerguelen est situé dans le sud de l'océan Indien, à 2000 km des côtes de l'Antarctique et 3400 km de la Réunion. En cette période hivernale, une cinquantaine de personnes vivent dans la base scientifique et technique de Port-aux-Français fondée en 1950, seul établissement permanent des Kerguelen.

Le climat des îles Kerguelen est un climat subpolaire océanique, les variations de température y sont nettement atténuées par la présence de l'immense océan austral : la température moyenne varie entre 2,3°C* en juillet et août - les mois le plus froids- et 8,4°C en février. En moyenne, il y gèle 101 jours par an, avec seulement 2 jours sans dégel.

 

Un mois d'août particulièrement froid
Un nouveau record absolu de froid a été établi le 11 août 2014, avec une température minimale de -9,5°C (ancien record : -8,9°C le 7 juillet 1964). Le 23 août, le record absolu de la plus basse température maximale a été battu à son tour, avec - 4,0°C seulement au meilleur de la journée (ancien record : -2,8°C le 24 août 1959, ancienne localisation de la station).
Durant la journée du 23 août, il a neigé, avec des rafales de vent atteignant 112 km/h. Dimanche 24, la couche de neige atteignait 22 cm au sol, une valeur qui n'avait plus été mesurée depuis le 18 juillet 1991, mais toutefois assez éloignée du record de 40 cm du 6 juin 1966,

Entre le 1er et le  25 août, la température moyenne n'a pas dépassé -0,6°C, ce qui fait d'août 2014 un des mois les plus froids observés sur l'archipel. Au 26 août, on dénombre au total 6 jours sans dégel, ce qui place août 2014 juste derrière août 1959 et août 2006 (7 jours sans dégel). En juillet 1964, on avait enregistré 10 jours sans dégel, valeur record.


Une forte descente d'air polaire
Ces conditions s'expliquent par la situation météorologique particulière que connaît actuellement l'archipel. Sur le sud de l'océan Indien se trouve un vaste système dépressionnaire, centré à l'est de l'archipel, alors qu'est positionné, à l'ouest, un anticyclone assez puissant (> 1030 hPa) qui favorise l'aspiration d'air polaire sur l'archipel, venu directement du continent antarctique.

 

Animation Arpège Kerguelen actu2
Pression au niveau de la mer et température à 850 h Pa (en violet et bleu les masses d'air froid, en jaune les masses d'air chaud) du 23 août à 00 UTC au 27 août 2014 à 00 UTC - Modèle Arpège du 23 août 2014 à 00 UTC © Météo-France  (Cliquez sur l'animation pour l'agrandir).


Ce mois d'août 2014 s'inscrit dans un contexte froid sur les hautes latitudes de l'hémisphère austral. La banquise antarctique connaît une extension record pour la saison depuis 1979 (début des mesures par satellites) et l'océan austral, qui adoucit habituellement les masses d'air polaire, a une température anormalement basse pour la saison.


* normales 1981-2010
 

 

26/08/2014

Gard : conférences des 30 et 31 août au Mont Aigoual

Gard : conférences des 30 et 31 août au Mont Aigoual

Gard : conférences des 30 et 31 août au Mont Aigoual

26/08/2014

Observatoire du Mont Aigoual© Météo-France
Du 19 juillet au 31 août, l'Observatoire du Mont Aigoual propose chaque samedi et dimanche des conférences à destination du grand public, animées par des spécialistes de Météo-France.
Les nuages, les satellites, l'atmosphère, la climatologie et les changements climatiques, les phénomènes extrêmes en Méditerranée, l'art et les difficultés de la prévision numérique, le climat de l'Antarctique, les techniques de mesures font partie des thèmes abordés au cours de ces rencontres.

Situé au sommet des Cévennes méridionales (Gard, 1567 m), l'Observatoire du Mont Aigoual propose de mai à fin septembre une découverte ludique, vivante et variée de la météorologie au travers de rencontres avec les prévisionnistes, d'expositions photos, de conférences, de vidéos et de jeux... Il accueille près de 80 000 visiteurs chaque été.

 

"De l'Aigoual à l'Antarctique, météo au gré du vent"

Proposée par Frédéric Miens, technicien Météo-France à la direction de la prévision à Toulouse.

Samedi 30 et dimanche 31 août à 15h30.


Retrouver le programme complet des conférences de cet été (fichier pdf)


Informations pratiques :
Observatoire du Mont-Aigoual

30570 Valleraugue
Tél : 04 67 82 60 01 ou 04 67 42 59 83
aigoual@meteo.fr et infos@aigoual.fr

Entrée libre et gratuite
De 10h à 13h et de 14h à 18h en mai, juin et septembre
De 10h à 19h en juillet et août

Réservation fortement conseillée pour les ateliers et conférences et pour les groupes

 

26/08/2014

Un lundi automnal au nord, estival dans le sud

Un lundi automnal au nord, estival dans le sud

Un lundi automnal au nord, estival dans le sud

26/08/2014

Lundi 25 août après-midi, les conditions ont été très contrastées sur l'Hexagone : pluvieuses et fraîches au nord de la Loire, ensoleillées et chaudes sur les régions méridionales.

Une perturbation active s'enroulant autour d'une dépression au large de l'Irlande a été à l'origine du temps maussade sur le nord du pays tandis que le Sud a été protégé par des conditions plus anticycloniques.

 Image du satellite Meteosat le lundi 25 août 2014 à 12h UTC UTC © Météo-France
Image du satellite Meteosat le lundi 25 août 2014 à 12h UTC
© Météo-France  (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Lundi à 16h, au nord de la Loire, sous la pluie, les températures ont été dignes d'un mois d'octobre avec 15°C à Rouen (-6°C / normale*), 17°C à Brest (-3°C / normale), 18°C à Paris (-6°C / normale) ou encore 19°C à Dijon (-5°C / normale).

Côté pluie, on a relevé au passage de cette perturbation des cumuls importants :
41 mm** à Abbeville, soit l'équivalent de 18 jours de pluie* en août,
35 mm à Rouen, soit l'équivalent de 17 jours de pluie en août,
33 mm à Quimper, soit l'équivalent de 16 jours de pluie en août,
13 mm à Paris, soit l'équivalent d'une semaine de pluie en août.

Animation radar du 25 août à 10h UTC au 26 août à 00h UTC © Météo-France
Animation radar du 25 août à 10h UTC au 26 août à 00h UTC © Météo-France (Cliquez sur l'animation pour l'agrandir)

L'atmosphère a été nettement plus estivale au Sud où les températures ont été proches des moyennes d'une fin août avec par exemple 25°C à Biarritz (+1°C / normale), 28°C à Nîmes (-1°C / normale), 30°C à Carcassonne, à Toulouse et à Calvi (+1 à 2°C / normale).

 Carte de l'écart à la température maximale quotidienne le lundi 25 août 2014 (normale 1981-2010) © Météo-France
Carte de l'écart à la température maximale quotidienne le lundi 25 août 2014 (normale 1981-2010) © Météo-France (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Dans les jours à venir, à la faveur d'une légère poussée anticyclonique, les pluies devraient se faire plus rares et moins abondantes sur le nord et les températures retrouver un niveau proche des normales d'une fin d'été. Le beau temps devrait quant à lui persister dans le Sud-Est.

* : normales sur la période 1981-2010
** : 1 mm correspond à 1 L/m2

22/08/2014

Prévoir la production du phytoplancton pour adapter les stratégies de pêche

Prévoir la production du phytoplancton pour adapter les stratégies de pêche

Prévoir la production du phytoplancton pour adapter les stratégies de pêche

22/08/2014

Le Pacifique équatorial est l'une des plus grandes régions de pêche au monde : en moyenne, plusieurs millions de tonnes de poissons y sont capturées chaque année à des fins commerciales. Mais les prises varient très fortement d'une année à l'autre, notamment en lien avec les fluctuations climatiques El Niño / La Niña. Lors des phénomènes La Niña, les eaux profondes, froides et riches en nutriments, remontent à la surface. La production primaire du phytoplancton, base des chaînes alimentaires marines, augmente alors significativement, ce qui conduit à des stocks de poissons importants. À l'inverse, le phénomène El Niño appauvrit l'océan de surface, ce qui peut entraîner une diminution drastique de certains stocks de poissons. Ce stress environnemental s'ajoute alors à la pression anthropique liée à la pêche.

Pour la première fois, des chercheurs de Météo-France, du CEA et du CNRS* ont évalué la capacité d'un modèle climatique utilisé pour les travaux du GIEC à prévoir les variations naturelles de la production primaire du phytoplancton dans le Pacifique équatorial. Ce modèle couple une représentation du système climatique à une représentation simplifiée de la chaîne trophique marine. Les chercheurs ont comparé les résultats des simulations aux observations satellitaires du phytoplancton des 15 dernières années. Cette comparaison montre que ce modèle couplé est capable de prévoir les variations naturelles de la productivité primaire du phytoplancton de 2 à 5 ans à l'avance.

courbes_phytoplancton

Variations interannuelles de la température de surface de l'océan (a), de la productivité primaire (b) et des estimations de prises de thons rouges et thons jaunes par senne tournante (c) de 1997 à 2009. Les observations ou estimations satellitaires sont représentées par des aplats de couleurs ; les reconstructions de modèle (figures a et b seulement) sont représentées par les lignes noires épaisses. Sur le panneau c, seules les estimations de prise de thons sont représentées par la courbe noire avec, en hachure, les incertitudes associées à la mesure de ces prises de pêche.

Cliquer sur l'image pour l'agrandir



« Ce potentiel de prévision dépasse largement celui des paramètres climatiques comme la température de surface de la mer. Cela s'explique vraisemblablement par la lenteur des mécanismes mis en jeu : les variations des quantités de nutriments générées par les phénomènes El Niño / La Niña le long des côtes péruviennes se propagent dans tout le bassin océanique en plusieurs années » explique Roland Séférian, chercheur à Météo-France et co-auteur de la publication.

Ces travaux permettent d'envisager le développement de nouvelles approches dans la gestion des ressources marines, et notamment halieutiques, s'appuyant sur des systèmes de prévision couplant modèles climatiques et biologiques. Ils ouvrent de nouvelles perspectives sur de possibles stratégies de pêche raisonnée à l'échelle pluriannuelle.

Pour en savoir plus, consulter notre communiqué de presse.


* : Séférian R et al. (2014) PNAS doi: 10.1073/pnas.1315855111