Glossaire

front occlus

On constate souvent sur les cartes synoptiques qu'une perturbation des zones tempérées, une fois parvenue à maturité, développe une trace frontale s'élevant depuis la surface terrestre pour se courber en altitude jusqu'au centre dépressionnaire de la perturbation ; cette nouvelle trace est dirigée, dans l'ensemble, plutôt vers le nord-est dans l'hémisphère Nord (et vers le sud-est dans l'autre hémisphère), et sa projection au niveau moyen de la mer, appelée un front occlus, forme donc la branche supérieure d'un "lambda" (ou, dans l'hémisphère Sud, d'un lambda renversé) dont les deux branches inférieures sont déjà constituées et représentent les traces horizontales respectives du front chaud plus à l'est, et du front froid plus à l'ouest. Bien que cette trace frontale sépare deux masses d'air froides — celles du front chaud et du front froid qui se rejoignent — , ces dernières gardent des caractéristiques suffisamment distinctes pour que le front occlus marque effectivement une zone étroite de quasi-discontinuité dans les variations horizontales des principaux paramètres atmosphériques ; celles-ci se manifestent quelquefois par des écarts sensibles de température et, dans la plupart des cas, par des cisaillements horizontaux de vent ainsi que par le creusement d'un thalweg d'altitude associé à un système nuageux comportant des zones de précipitations particulièrement intenses.

La genèse d'un front occlus s'explique par des considérations relatives à la dynamique d'une perturbation tempérée. Lors de l'évolution du cyclone extratropical associé à ce genre de perturbation, il advient très fréquemment que la dépression tourne autour d'elle-même dans le sens cyclonique tout en se déplaçant à peu près d'ouest en est et génère de la sorte à l'échelle synoptique — ainsi que le révèlent les projections du temps sensible sur la surface du niveau moyen de la mer — un système de nuages, de précipitations et de cisaillement horizontal de vent s'appuyant sur deux axes qui tout d'abord convergent vers le centre de la dépression : le premier de ces axes marque le front chaud, séparant deux masses d'air dont celle qui a la température la moins élevée précède l'autre dans le mouvement de la perturbation, tandis que le second axe trace la limite du front froid, derrière lequel apparaît de nouveau une masse d'air plus froide qui suit la masse d'air chaude entourée par les deux fronts.

Or, ce système frontal est évolutif et le front froid tend à y rattraper le front chaud, soit que celui-ci se déplace à une vitesse moindre, soit même qu'il puisse être considéré comme un front quasi stationnaire (on convient qu'il en est ainsi quand sa vitesse de déplacement reste inférieure à 5 noeuds ) ; alors, la masse d'air enclose dans la région atmosphérique déterminant le secteur chaud occupe un espace de plus en plus restreint, dont la forme idéale — bien souvent altérée dans les faits — est celle d'un volume spiralé : à mesure que le temps s'écoule, ce volume, tout en subissant une rotation lente autour du centre de la dépression, est davantage cerné par les deux surfaces frontales et s'amenuise d'autant plus nettement que l'on se rapproche du centre à l'horizontale et que l'on descend suivant la verticale. Vient un moment où pareil processus, dénommé occlusion, finit par soulever l'air du secteur chaud, en sorte que cet air perd contact avec la surface terrestre et s'élève peu à peu, du moins là où les masses d'air froid du front chaud et du front froid se sont rejointes, c'est-à-dire, en général, dans la partie de la spirale dépressionnaire la plus proche de son centre : c'est cette région du cyclone qui constitue un front occlus ; son développement au sein du système frontal coïncide avec le comblement progressif de la perturbation, caractérisé par une distance grandissante entre le centre de celle-ci et les fronts froid et chaud ainsi que par l'isolement et le refroidissement concomitants de l'air chaud rejeté en altitude entre les deux surfaces frontales.