Glossaire

Bjerknes (Vilhelm)

Géophysicien norvégien (1862-1951). Mathématicien et physicien de formation, il ne tarda pas à s'intéresser aux applications de l'hydrodynamique à la météorologie et à l'océanographie ; l'atmosphère étant un fluide, la prévision du temps en vint-il à penser, constituait un problème dont la formulation était de nature mathématique et dont la résolution dépendait de conditions bien déterminées.

Dans les années 1907 à 1910, Vilhelm Bjerknes établit avec Johan Wilhelm Sandström qu'il était préférable d'analyser et prévoir l'atmosphère sur des surfaces isobares plutôt que sur des surfaces à altitude constante ; tous deux démontrèrent des théorèmes fondamentaux concernant la circulation atmosphérique. Après un séjour en Allemagne, entre 1913 et 1917, en qualité de Directeur du Nouvel Institut de Géophysique de Leipzig, Bjerknes revint en Norvège et fonda à l'université de Bergen, en 1917, un Institut de géophysique ; il y regroupa d'éminents météorologistes, parmi lesquels Halvor Solberg, Tor Bergeron, plus tard Ragnar Fjörtoft, et également son propre fils Jacob Bjerknes (1897-1975), qui par la suite devait être le premier à étudier, en 1957, les corrélations entre El Niño et les anomalies climatiques sur l'océan Pacifique et l'Amérique du Nord. Cette "école norvégienne" a laissé à jamais son empreinte sur le travail quotidien des prévisionnistes en élaborant une théorie des fronts directement applicable, dans les zones tempérées, à l'analyse et à la prévision des perturbations atmosphériques à l'échelle synoptique. Publiée en 1919 par Vilhelm et Jacob Bjerknes, puis présentée par eux à Bergen en 1921, cette théorie finira par être adoptée de par le monde au milieu des années 1930.

Il est vrai cependant que les résultats des mesures en altitude dont pouvaient alors disposer les météorologistes de Bergen étaient trop épars pour confirmer ou infirmer l'idée sur laquelle s'appuyait cette théorie, à savoir, une confrontation entre deux masses d'air, l'une "chaude", l'autre "froide", dont les différences thermodynamiques génèrent suivant leurs surfaces de contact — les fronts — des instabilités qui se développent en cyclones extratropicaux ; et de fait, certaines objections provenant de l'interprétation physique comme des mesures réalisées en aérologie ont fait évoluer depuis lors cette représentation "norvégienne" des perturbations, fondée sur l'existence de surfaces de discontinuité thermique en altitude et sur l'ascendance concomitante de l'air chaud sous la seule poussée de l'air froid : l'attention se porte de nos jours sur le rôle spécifique joué par les courants-jets dans la genèse des perturbations tempérées, au-dessus de zones où les variations méridiennes de la température suivant l'horizontale, parce qu'elles sont relativement élevées, entraînent d'importants cisaillements verticaux du vent près de la surface terrestre et au niveau de la tropopause.

Dans cette nouvelle approche, cependant, la notion de front reste aussi vivante et aussi essentielle que dans la théorie mise sur pied par Vilhelm et Jacob Bjerknes, auxquels les prévisionnistes — et le public — sont redevables du seul cadre conceptuel cohérent (et toujours efficace au niveau moyen de la mer ) à avoir pu être proposé durant des dizaines d'années pour se mouvoir et se repérer dans cette jungle phénoménologique que constitue la prévision du temps. En ce sens, Bjerknes apparaît comme l'initiateur de la météorologie moderne, tout comme il l'apparaît par ses qualités d'organisateur et par son intuition précise quant aux possibilités et aux conditions d'une prévision numérique scientifiquement fondée.