Glossaire

analyse objective

  Curieux  

En météorologie opérationnelle, les états successifs de l'atmosphère au-dessus des différents lieux terrestres sont décrits à mesure que le temps s'écoule par les valeurs de certaines grandeurs d'observation, relevées le plus souvent à des horaires UTC mondialement reconnus et se succédant à des intervalles de temps réguliers : les heures synoptiques. Ces valeurs peuvent être soit des nombres mesurant les paramètres caractéristiques de l'état présent de l'atmosphère — la pression atmosphérique, la température, le vent, l'humidité relative, etc. — , soit des estimations, des indices ou des symboles quantifiant ou spécifiant des phénomènes ou des événements relevés en un lieu et à un moment donnés, comme la hauteur de précipitation ou le temps sensible.

C'est la connaissance de ces valeurs qui, à l'instant initial où doit être lancée une prévision météorologique à une échéance donnée, constitue l'ensemble des données initiales de la prévision, servant à façonner une représentation descriptive de la situation à cet instant au sein de l'atmosphère et à ses frontières ; cette situation est appelée l' état initial de l'atmosphère. L'opération qui, à partir des données d'observation, conduit à une telle représentation de l'état initial est l'analyse objective ; elle est absolument indispensable à la conduite d'une prévision météorologique à partir de l'instant initial considéré, tout modèle numérique de prévision ne pouvant s'appliquer qu'à un état initial préalablement connu de l'atmosphère. Pareille représentation doit recouvrir la globalité du volume sur lequel s'effectuera la prévision ; suivant la nature du modèle employé, elle peut s'obtenir en principe, soit en précisant pour les grandeurs utilisées leurs valeurs aux seuls points de grille du modèle, soit en fournissant pour chacune de ces grandeurs une expression mathématique qui en donne une approximation explicite en tout point de l'espace abordé : les expressions ainsi obtenues, qu'elles soient discontinues ou continues, forment les conditions initiales du processus de prévision numérique.

Il est à noter que ce type de représentation est proche de celui qu'utilisait, avant même le recours aux modèles numériques, l'opération d'"analyse" de l'état initial par représentation cartographique, opération qui était tout autant nécessaire au lancement d'une prévision manuelle. Par ailleurs, la montée en puissance des ordinateurs a permis d'introduire des méthodes d'assimilation des données qui élargissent la signification et l'efficacité de l'analyse objective en prenant mieux en compte les contraintes auxquelles doivent obéir la répartition spatiale et l'évolution temporelle des valeurs que l'on choisit comme conditions initiales et en introduisant régulièrement, en conséquence, des réinitialisations du modèle au cours de la prévision.


  Initié  

Pourquoi "objective" ?

Aucune prévision météorologique, qu'elle soit manuelle ou effectuée à l'aide de modèles numériques de prévision, ne peut être ébauchée sans une connaissance préalable des valeurs des grandeurs à prévoir, et de celles des grandeurs qui concourent à les prévoir, à l'instant initial où est lancée la prévision (instant coïncidant généralement avec une heure synoptique), et cela sur un espace terrestre suffisamment étendu pour que soient étudiées et intégrées les interactions simultanées des paramètres, phénomènes et événements agissant sur l'évolution de l'atmosphère au sein et autour de cet espace. Pareille "analyse" de l'état initial de l'atmosphère, qui recourt à des outils spécifiques — dont les cartes météorologiques d'analyse, sur lesquelles sont tracées des isolignes — , présente l'inconvénient d'être visuellement et intellectuellement très complexe : en effet, elle présuppose que l'on étudie en détail un espace physique continu à trois dimensions alors que ses caractéristiques, par ailleurs nombreuses et étroitement corrélées, ne sont réellement connues qu'en un nombre limité de points inégalement répartis, non sans imprécisions d'ailleurs ; il est donc naturel qu'une telle étude ouvre la porte à des interprétations subjectives de la situation, différentes d'un analyste à l'autre.

Pour parer à cet inconvénient, l'application de méthodes relevant d'une part des mathématiques — analyse statistique, processus d'interpolation et d'extrapolation, analyse fonctionnelle — , et d'autre part d'algorithmes et d'appareils de tracé automatique développés en informatique, aboutit à une analyse numériquement et graphiquement assistée de l'état de l'atmosphère à l'instant initial sur l'espace où doit s'opérer la prévision. Ces méthodes, quoique relevant de critères parfois faillibles, ont l'avantage de s'appuyer sur un effort systématique et cohérent consistant à interpréter la répartition et la fiabilité des valeurs fournies d'une part, le comportement physico-mathématique de l'atmosphère d'autre part ; ainsi affranchissent-elles le prévisionniste des dangers couvant sous d'inévitables a priori hypothétiques, particulièrement là où les données initiales sont déficientes en qualité ou en quantité : c'est pourquoi l'on parle alors d'une analyse "objective", permettant de formuler rigoureusement les conditions initiales à partir des données obtenues directement ou indirectement par l'observation.