Mécanismes de formation des tempêtes
Qu'est ce qu'une tempête ?
En météorologie, une tempête peut être décrite comme une zone étendue de vents violents générés par un système de basses pressions (dépression).
Deux domaines de la météorologie apportent des informations complémentaires : En météorologie marine, une tempête correspond à la force 10 de l'échelle Beaufort. Cette échelle, allant de 0 à 12, permet d'estimer la vitesse moyenne du vent en fonction de l'état de la mer. La force 10, qualifiée de tempête, correspond à des vents moyens de 89 à 117 km/h et des rafales de 110 à 150 km/h. En météorologie tropicale, on appelle « tempête tropicale » une dépression observée au niveau des latitudes tropicales ou subtropicales dont les vents moyens sont compris entre 62 et 117 km/h. Au delà de ces valeurs, la dépression devient « cyclone
tropical ».
Par analogie avec ces définitions spécifiques, les météorologues nomment « tempêtes » les rafales de vent approchant les 100 km/h dans l'intérieur des terres et 120 km/h sur les côtes. Lorsque le vent atteint ces valeurs, la dépression est elle-même qualifiée de tempête. Ce terme désigne à la fois une zone étendue de vents violents et la dépression génératrice.
Comment se forme une tempête ?
Une tempête est générée à partir du creusement d'une dépression, lorsque les conditions suivantes sont réunies :
- un courant-jet très rapide (donc un fort contraste de température),
- soumis à des fluctuations importantes : accélérations, décélérations, changements de direction ;
- une dépression positionnée à gauche du jet.
Qu'est-ce que le courant-jet ?
Le courant-jet (ou jet stream) est un tube de vent très fort situé au sommet de la troposphère, première couche atmosphérique en partant du sol. C'est dans ces dix premiers kilomètres de l'atmosphère que se forment tous les phénomènes météorologiques. L'épaisseur de la troposphère varie suivant la latitude (plus on s'éloigne de l'équateur, plus l'épaisseur diminue) et la saison (la troposphère est plus épaisse en été). Son sommet, appelé tropopause, se situe entre 8 à 12 km d'altitude à nos latitudes.

La présence du courant-jet est liée à un fort contraste de température aux moyennes latitudes avec d'un côté de l'air chaud d'origine tropicale, et de l'autre de l'air froid d'origine polaire. La vitesse du courant-jet est proportionnelle à ce contraste. Ainsi, dans certaines conditions, elle peut atteindre 400 km/h.
Les caractéristiques du courant-jet sont les suivantes :
- altitude : généralement entre 8 et 12 km
- épaisseur : quelques km
- largeur : une centaine de km
- longueur : plusieurs milliers de km
- vitesse : entre 100 et 400 km/h
Le courant-jet joue un rôle majeur dans la formation des dépressions qui circulent à nos latitudes. Les météorologues suivent en permanence ses déformations et la position des dépressions par rapport à ce vent d'altitude.
Le courant-jet : le rail des dépressions
Le déplacement d'une dépression suit de très près la position du courant-jet. Elle est généralement située du côté droit du jet tout en étant peu marquée et assez loin de celui-ci (phase 1). Puis, au fur et à mesure de son évolution, elle se rapproche du jet et se renforce. Lorsqu'elle passe sous le jet et se retrouve du côté gauche, son creusement s'accélère brusquement. La dépression atteint alors son stade de maturité (phase 2). Enfin, en s'éloignant du jet, elle perd de son activité (phase 3).
Les météorologues ont surnommé le courant-jet « rail des dépressions », car il conditionne leur déplacement et leur activité. En moyenne, il est situé en été sur l'Atlantique nord, circulant au nord des îles britanniques, vers l'Islande et la Norvège. En hiver, il est plus rapide et circule plus au sud.

Illustrations : Copyright Météo-France
Formation de la tempête du 24 janvier 2009
La tempête « Klaus » a été générée par une dépression d'ouest « classique ». Son caractère remarquable est lié au courant-jet d'altitude, habituellement situé plus au nord en hiver. La dépression du 23 janvier, même si elle a été moins intense, résulte également de cette configuration. On peut comparer la tempête du 24 janvier 2009 avec celles de décembre 1999 : elles sont chacune associées à un courant-jet très rapide (400 km/h), positionné à des latitudes très basses pour la saison.
Le vendredi 23 janvier à 12 heures UTC, un contraste de température est présent de l'Atlantique à la France, entre 40° et 50° Nord (isolignes en pointillés plus resserrées). Un courant-jet très rapide est donc situé au niveau de cette zone de contraste.
Sur la carte des températures au milieu de la troposphère (environ 5500 m d'altitude), le contraste de température est marqué du proche Atlantique à la France, avec de l'air chaud au sud (en jaune sur la carte) et de l'air froid au nord (en bleu sur la carte). Au sommet de la troposphère, le courant- jet s'étire, d'ouest en est, jusqu'à la France, avec des valeurs de vent de 250 à 300 km/h. Il est figuré sur la carte par les isolignes noires, correspondant aux valeurs de vent de plus de 120 nœuds (250 km/h) observées au sommet de la troposphère.
Cette coupe perpendiculaire au courant-jet illustre ses principales caractéristiques: un tube de vent se déplaçant d'Ouest en Est à 9000 m d'altitude, à plus de 300 km/h.
Le film de la tempête du 24 janvier 2009
Du 23 janvier 00 UTC au 24 janvier 12 UTC, suivons le film de la tempête en nous intéressant à la structure du courant-jet et à la position de la dépression.
Sur les images suivantes, on distingue :
- le champ de pression au sol qui permet de positionner le centre de la dépression (cercle rouge),
- les zones de vent supérieur à 250 km/h (en vert et bleu) au sommet de la troposphère permettant de positionner les jets.

Le 23/01, entre 00 et 06 UTC, la dépression (cercle rouge) atteint le côté gauche du courant-jet (images 1 et 2). Une autre dépression, assez creuse (966 hectopascals), traverse la Manche : elle est située du côté gauche du jet, dans une zone de décélération de celui-ci (la vitesse passe rapidement de 350 à 250 km/h). Cette dépression a d'ailleurs été à l'origine d'un fort coup de vent sur la moitié nord de la France (image 2).
Le 23/01, entre 12 et 18 UTC, le jet, jusque là presque rectiligne, se déforme nettement. La dépression de surface, de plus en plus creuse, se situe tout près de cette déformation du jet, correspondant également à une décélération de celui-ci. Toutes les conditions de formation d'une tempête sont alors réunies : jet très rapide, dépression de surface située du côté gauche du jet, déformation et décélération du jet dans la région de la dépression.

Le 24/01, entre 00 et 06 UTC, le jet est plus au sud et sa zone de décélération située sur le nord de l'Espagne (image 5). La dépression va donc concerner la moitié sud de la France tout en continuant de se creuser (965 hectopascals en arrivant vers la Charente-Maritime). Cependant, à partir de 06 UTC, la dépression s'éloigne du courant-jet et faiblit progressivement (image 6). Le champ de pression fait apparaître des isobares (lignes d'égale pression) bien plus resserrées sur les parties sud et ouest de la dépression : c'est là que se produisent les plus fortes rafales.
Le 24/01 à 12 UTC, le jet s'est éloigné de la France et sa vitesse a considérablement diminué (environ 250 km/h). La dépression commence à perdre de son activité (978 hectopascals en son centre). Les isobares sont toujours resserrées au sud et à l'ouest de cette dépression, sur le Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et l'Aquitaine, régions les plus touchées par cette tempête.
© Météo-France
Tempêtes remarquables en France
Plusieurs tempêtes touchent chaque année l'Hexagone, présentant chacune des caractéristiques différentes : trajectoire, dimension, vitesse de déplacement, stade de développement, etc. Les zones touchées et les dommages occasionnés sont ainsi très variables. On distingue malgré tout deux principaux types de tempêtes sur la France :
- les tempêtes « océaniques » pour lesquelles les régions les plus exposées de l'Hexagone se trouvent situées entre les Pays de la Loire et la Normandie. Sont également concernés, mais à degré moindre, le Poitou-Charentes ainsi qu'une zone s'étendant de l'Île-de-France au Nord et à l'Alsace. Le Sud-Ouest est moins fréquemment touché, en particulier à l'intérieur des terres qui est rarement concerné.
- les tempêtes « méditerranéennes » qui touchent principalement le Sud-Est et le Massif central, mais qui peuvent parfois déborder sur les régions avoisinantes.
Graphe des tempêtes remarquables depuis 1980
Plusieurs tempêtes récentes ont marqué les mémoires
Lothar (25 et 26 décembre 1999) a balayé le nord du pays avec des rafales souvent supérieures à 140 km/h sur une vaste zone s'étendant de la Bretagne à l'Alsace. Des rafales de 173 km/h ont été enregistrées à Saint-Brieuc et Orly, 169 km/h à Paris et 155 km/h à Nancy. Les vents exceptionnellement forts ont concerné de très nombreuses régions de la moitié nord de la France. De ce point de vue, Lothar est sans nul doute la tempête la plus sévère en France depuis 1980.
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Martin (27 et 28 décembre 1999) a circulé nettement plus au sud : les vents forts ont concerné principalement la moitié sud de la France, épargnant toutefois une partie du Sud-Est. Des rafales de 198 km/h et 194 km/h ont été mesurées respectivement à Saint-Denis d'Oléron et à Royan, dépassant ainsi les valeurs maximales observées la veille lors du passage de Lothar. Toutefois, l'étendue géographique de la tempête Martin est restée en deçà de celle de Lothar.
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Klaus (24 janvier 2009) a principalement affecté le sud-ouest du pays . Si les surfaces touchées aussi bien par Lothar que Martin ont été plus larges que celles concernées par Klaus, les vents maximum enregistrés ont été aussi violents. Des rafales de 191 km/h ont été mesurées au Cap Béar, 184 km/h à Perpignan et 173 km/h au Cap-Ferret et à Biscarosse. Klaus se distingue aussi par la persistance des vents forts qui ont duré parfois pendant plus de 10 heures.
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Xynthia (27 et 28 février 2010) a traversé la France, des régions vendéennes et charentaises à celles du nord-est. La zone touchée par les vents supérieurs à 100 km/h est particulièrement étendue, plus vaste que lors de la tempête Martin. Mais la zone de vents les plus forts est beaucoup plus restreinte. Malgré cela, Xynthia a été extrêmement meurtrière : la tempête a produit des fortes vagues, mais également des élévations importantes du niveau de la mer (surcotes) qui, se produisant au moment de pleine mer avec une marée à forts coefficients, ont occasionné sur le littoral des phénomènes de submersion dont l'impact a été catastrophique.
Lire notre article sur Xynthia.
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Autres tempêtes remarquables
La tempête du 6 au 8 novembre 1982 de type « méditerranéenne » avec notamment des vents particulièrement forts de secteur sud à sud-est sur le Languedoc, l'ouest de PACA, l'Auvergne, le Limousin et jusqu'en Bourgogne. Cette tempête a été accompagnée de précipitations diluviennes sur les régions exposées du Sud-Est. Elle constitue l'événement majeur depuis 1980 dans cette catégorie de tempêtes dites « méditerranéennes ». Agrandir la carte
Pour la force des vents observés en France métropolitaine, la tempête des 15 et 16 octobre 1987 reste toujours la référence. C'est surtout l'ouest et le nord-ouest du pays qui ont été concernés. Sur les côtes bretonnes et normandes, les vents ont été le plus souvent supérieurs à 170 km/h. A Granville (Manche) et à la pointe du Raz (Finistère), les rafales ont même atteint 216 km/h ce qui constitue à ce jour le record en France métropolitaine. Agrandir la carte
Malgré des rafales de vent qui n'ont généralement pas atteint la violence de celles observées en 1999, la tempête du 3 février 1990 a été particulièrement meurtrière. Elle s'inscrit dans une période remarquable qui, dans les premières semaines de l'année 1990, a vu se succéder sur la France de nombreux événements tempétueux. Agrandir la carte
La tempête du 12 janvier 2004 qui a touché le nord de la France n'a pas occasionné de vents particulièrement forts au niveau du sol. Mais le radiosondage effectué à Brest le 12 janvier à 12 UTC a mesuré vers 12800 mètres un vent de près de 539 km/h ce qui semble être un record en France.