Quel temps faisait-il lors de ...

… la bataille de Verdun (21 février - 19 décembre 1916)

Un début de bataille dans la neige et le froid

La décision de lancer l’offensive sur Verdun, le 21 février 1916 à 7 h 15, par un début de journée anticyclonique glaciale, surprend, même si le rassemblement des troupes allemandes dans la zone avait laissé penser à l’état-major français que l’opération sur Verdun, décidée par le général von Falkenhayn (1861-1922), était imminente.

L’attaque, initialement planifiée par l’état-major allemand pour le 12 février, n’avait pu être lancée en raison de plusieurs jours de bourrasques de neige. Elle le sera finalement le 21 février au matin, à la faveur d’une accalmie de courte durée cependant. Dans la soirée, de nouvelles chutes de neige empêchent en effet l’aviation allemande de continuer à pilonner les positions françaises et gênent au sol les troupes allemandes lancées à l’assaut des positions françaises.

Le général Dubail (1851-1934) du groupe d’armées de l’Est jusqu’en janvier 1916 témoigne « Faut-il croire que le QG allemand ait fait son plan d’offensive sur le calendrier parce que, voulant atteindre tel jour un front donné, il a dû en déduire la date de l’attaque, sans tenir compte des conditions météorologiques ? C’est peu probable car les Allemands préparaient leurs opérations à ce point du vue spécial, avec un soin extrême et une égale méthode ».

En effet, à cette époque, le météorologue norvégien Vilhelm Bjerknes, qui révolutionnera à la fin de la guerre les méthodes de prévision du temps, travaille au nouvel Institut géophysique de Leipzig. Même s’il est en conflit ouvert avec Félix Exner (1876-1930) qui dirige le service météorologique pour les armées allemandes, Bjerknes est consulté (Fleming J. R., 2016). Il est donc probable que, comme l’écrit le météorologue Jules Rouch, la décision allemande se justifie ainsi : «  la densité des troupes est telle, dans la zone avancée, que tous les coups de l’ennemi portent et que prolonger l’attente dans l’espoir d’un temps propice, conduirait à des pertes plus graves que celles qu’entraînent des circonstances atmosphériques défavorables » ( Rouch J., 1931, p. 193).

Des conditions météorologiques très difficiles durant toute la bataille

Du point de vue météorologique, outre ce mois de février neigeux et venté, la bataille de Verdun est également marquée par des pluies torrentielles mi-avril – qui bloqueront une nouvelle tentative d’assaut allemande – et surtout par les pluies à l’automne et le début du terrible hiver 1916-1917.

Les témoignages des soldats sur les conditions qui règnent sur le champ de bataille sont édifiants, à l’instar de celui d’Eugène Pic (1895-1917), blessé deux fois à Verdun : « Verdun, la boue, la faim, l’horreur des combats, des marmites où l’on attend sans pouvoir faire un mouvement, esquisser un geste de défense, l’obus qui écrase. » (Pic E., 1918).

La boue aggrave les difficultés de ravitaillement. © Louis Gain - dépôt Météo-France par MIMDI. La boue aggrave les difficultés de ravitaillement. © Louis Gain - dépôt Météo-France par MIMDI.

Météo-France dispose d’observations recueillies à Châlons sur Marne (87 km à l’ouest de Verdun), Commercy (56 km au sud) et Nancy (90 km au sud-est). Elles confirment les témoignages des combattants et attestent des conditions météorologiques très rudes rencontrées par ces derniers tout au long de la bataille.

Température moyenne (°C)

Minimum absolu (°C)

Nombre de jours de neige

Nombre de jours de gelée

Nombre de jours d’orages

Février 1916

Châlons-en-Champagne

4

-7

6

12

1

Commercy

3,1

-9,5

7

13

Nancy

3,2

-7,5

9

15

1

Octobre 1916

Châlons-en-Champagne

10,7

-3

0

2

0

Commercy

9,6

-6,7

1

4

0

Nancy

9,7

-4,8

0

2

0

Novembre 1916

Châlons-en-Champagne

5,9

-4

1

9

2

Commercy

5

-5,3

1

12

0

Nancy

4,4

-5

1

13

0

Décembre 1916

Châlons-en-Champagne

3,5

-5,5

3

12

0

Commercy

2,7

-5,7

2

12

0

Nancy

2,7

-4,8

4

16

0

Les relevés pluviométriques disponibles sur le sud du bassin de la Meuse indiquent plusieurs épisodes de pluie importantes au cours de l’année : du 11 au 23 avril, du 17 au 21 septembre, du 16 au 20 octobre, puis du 24 au 31 octobre.

Lors du 23e colloque de l’Association internationale de climatologie, E. Savouret, J.-P. Amat, O. Cantat et P. Fillippucci ont présenté une chronique du temps vécu à Verdun pendant la guerre (Savouret et al., 2010). Outre les données climatologiques de Météo-France déjà citées, ils ont utilisé les relevés de la station allemande de Trêves (100 km au nord-est de Verdun) pour appuyer leur analyse de la pluviométrie et des vagues de froid qui ont émaillé la guerre en général, et la bataille de Verdun en particulier. En s’appuyant sur les annales du BCM, ils ont montré que 1916 est la 6e année la plus arrosée depuis 1877 dans le département de la Meuse, avec des excédents pluviométriques 8 mois sur 12.