Météo et armées

Météorologie et artillerie

Les avancées technologiques en matière d’armement rendent indispensable la prise en compte des paramètres météorologiques par les artilleurs

La période qui a suivi la guerre de 1870 a donné lieu à une modification substantielle de la conduite des politiques d’armement. La révolution industrielle a permis d’importantes innovations techniques. Les techniciens en balistique prennent conscience de l’importance des données météorologiques pour que les tirs de portée plus longue et de plus forte puissance puissent atteindre la cible visée.
En 1870, seuls 10 % des tirs atteignaient leur objectif : il fallait donc tirer en masse pour avoir une chance de détruire sa cible.
Pendant la guerre de 1914-1918, les choses vont évoluer rapidement. L’artillerie longue portée se développe. Il devient indispensable d'examiner tout ce qui peut affecter la trajectoire des obus.

Les paramètres à considérer

Au niveau météorologique, il faut tenir compte du vent aux différentes altitudes atteintes par les projectiles (force et direction) mais aussi de la pression, de l’humidité et de la température de l’air, qui influent sur sa densité et sa résistance.

À partir de 1915, à l’instigation de Robert Bourgeois, directeur du Service géographique de l’armée, des canevas de tir couvrant l’ensemble du front sont établis et modifiés en permanence grâce aux moyens d’observation (ballons, aviation). Ils permettent de localiser les positions des batteries ennemies (en bleu sur les cartes d’état-major alors que les positions alliées sont en rouge). Ces canevas servent de base aux opérations, qu’elles soient menées par l’artillerie ou l’infanterie. Des tables de calcul sont fournies aux officiers afin que les paramètres météorologiques soient évalués lors de la préparation des tirs. De nombreux témoignages relatifs au déroulement de ces opérations font état de calculs réalisés par ces derniers avant les tirs de batterie ou de canon. Les données météorologiques sont également utilisées lors de la mise en place du repérage par le son des batteries adverses. Cette technique a été développée par le mathématicien Ernest Esclangon et par le géophysicien Charles Maurain à la Direction technique des inventions, à la demande de Robert Bourgeois.

Batterie anti-aérienne (canon de 75) : ajustement des tirs en tenant compte des paramètres météorologiques, par un régiment russe. © ECPAD/France/1915/Queste, Paul
Batterie anti-aérienne (canon de 75) : ajustement des tirs en tenant compte des paramètres météorologiques, par un régiment russe. © ECPAD/France/1915/Queste, Paul

Les études menées par le Centre d’études de l’artillerie

Dès 1916, plusieurs centres d’instruction d’artillerie sont mis en place. Le président du Centre d’études de l’artillerie aux armées, le général Herr, met en place des formations aux évolutions des techniques à destination des officiers. Ces derniers y apprennent notamment comment utiliser les données relatives aux paramètres météorologiques.
Les échanges avec l’artillerie anglaise ou les interrogatoires d’officiers germaniques faits prisonniers montrent que la prise en considération des paramètres météorologiques est beaucoup plus avancée de leur côté. En cas de brouillard ou de pluie, les Allemands modifient la masse de leurs projectiles pour prendre en compte l’influence des paramètres météorologiques sur la résistance de l’air.

Instruments météorologiques

Le général Delcambre, féru de météorologie, spécifie les besoins en instrumentation météorologique des régiments et conçoit une « boîte aérologique » contenant des instruments et leur mode d’emploi. Ces boîtes seront ensuite acheminées sur le front.

Le général Delcambre. © Météo-France
Le général Delcambre. © Météo-France

Des cerfs-volants Nerlow sont également commandés en mai 1918 afin de leur permettre de disposer de mesures en altitude in situ. Les stations de radiosondages, qui se sont multipliées vu l’importance que prenait l’observation en altitude, sont également tenues de leur fournir leurs observations.
Enfin, l’artillerie réclame des prévisions afin de pouvoir programmer ses opérations, comme l’atteste le carnet météorologique du poste Lambert (côte 300) à côté de Baccarat.

Le cerf-volant Nerlow. © Météo-France
Le cerf-volant Nerlow. © Météo-France