Les réseaux d'observation météorologique

Le réseau d’observation militaire

Poste pluviométrique installé dans le jardin de la caserne de gendarmerie © Météo-France.
Poste pluviométrique installé dans le jardin de la caserne de gendarmerie. © Météo-France

La Première Guerre mondiale marque l'essor d'une météorologie militaire répondant aux besoin spécifiques de l'armée. L'histoire débute plus d'une année avant le déclenchement du conflit, dès janvier 1913, lorsque le ministère de la Guerre établit les premières bases de sa collaboration avec le Bureau central météorologique pour pallier l'inexistence d'un service météorologique prévisionnel propre à l'armée. Cet accord forma le prélude d'une collaboration qui devint opérationnelle dès l'entrée en guerre.

Dès août 1914, le premier service météorologique de l'armée était donc en place. Il recevait du Bureau central météorologique, trois fois par jour, des informations sur l'état de l'atmosphère et les prévisions du temps pour la journée suivante dans la zone où évoluaient les armées. Localement, chaque station météorologique militaire ajustait ensuite ces prévisions en fonction de ses observations et les adaptait aux besoins de l'armée avant de les communiquer aux postes de commandement sur le terrain. Mais cette organisation se révéla rapidement incapable de faire face aux besoins spécifiques des opérations militaires. Le Bureau central n'avait pas de postes de sondages aérologiques en service pour informer l'aviation sur les zones de vents forts en altitude et ses prévisions mettaient parfois du temps à arriver.

Les limites de la collaboration furent donc très rapidement atteintes. La défaite essuyée par l'artillerie française, lors de l'offensive de Champagne en septembre 1915, acheva de convaincre les plus indécis. L'armée décida de créer son propre service météorologique, rattaché au ministère de la Guerre. Dès octobre 1915, le général Robert Bourgeois, alors directeur du service géographique de l'armée et conseiller scientifique aux armées, fut désigné pour diriger sa mise en place. La première année fut consacrée à fournir le matériel météorologique aux armées, à organiser un service d'« avertissement des grains » et à accélérer les transmissions à partir de la télégraphie sans fil. Suite à cette expérience concluante, le Service météorologique aux armées vit ensuite officiellement le jour en novembre 1916 avec un réseau comprenant 6 stations météorologiques et 6 postes mobiles. Ce réseau s'étoffa tout au long de la guerre, pour finir avec 2 000 militaires gérant leur réseau de stations météorologiques, déployées du front français au Moyen-Orient et à l'Afrique, et un service de prévisions autonome.

Un exemple de relevés d'observation militaire : le registre de la station météorologique militaire de Malzéville (1er décembre 1916 - 16 juin 1917)

Le registre de la station météorologique militaire de Malzéville, établie sur un plateau au nord de Nancy pour les besoins de l'aviation, rend compte des évolutions en matière d'observations de surface et d'altitude et de méthodes de prévision du temps à court terme basées sur l'étude de la répartition des tendances barométriques (variation des mesures de pression espacées de quelques heures) et des vents relevés lors des sondages aérologiques. Ce registre a été légué à la bibliothèque de Météo-France par la famille de Georges Reboul, qui dirigeait la station de Malzéville en 1916. Il est accessible en ligne, en deux parties, sur le site Internet de l'établissement :

première partie, période du 1er au 10 décembre 1916,

deuxième partie, période du 11 au 20 décembre 1916.

Chaque journée météorologique y est décrite sur deux pages.

Cartes d'analyse, observations de vent et bulletin de prévision pour le 2 décembre 1916 Sondages aérologiques et étude de la situation météorologique du 2 décembre 1916.
Page 1 : Cartes d'analyse, observations de vent et bulletin de prévision pour le 2 décembre 1916 Page 2 : Sondages aérologiques et étude de la situation météorologique du 2 décembre 1916

Sur la première page figurent les cartes d'analyse en surface des pressions atmosphériques, des températures et des vents sur l'Europe et l'Afrique du Nord, tracées par les météorologues militaires à partir des éléments fournis par le Bureau central météorologique.

La prévision est faite pour la nuit à venir et la journée du lendemain. Les tendances barométriques sont portées sur un calque. Les valeurs de la pression et les barbules de vent (carte d'analyse en haut à gauche) sont reportées avec des couleurs différentes en fonction de la couverture nuageuse observée : orange pour un ciel pur, rouge pour un ciel nuageux, violet pour un ciel couvert et noir pour la pluie ou la neige. Le bulletin de prévision pour la nuit et la journée du 2 décembre 1916 est écrit en rouge tandis que l'examen critique a posteriori de la prévision apparaît en noir. Au-dessous : les mesures du vent au sol (direction, vitesse) commentées d'observations du ciel (brume, brouillard…) à chaque heure de la journée, depuis 20 heures la veille à 19 heures le jour. La visibilité, le vent et l'état du ciel étaient observés toutes les heures.

La deuxième page fournit les mesures des sondages aérologiques (vitesse et direction du vent en altitude) jusqu'au seuil d'altitude 5 000 mètres, effectués sur place, à Malzéville, ou communiqués par téléphone pour les autres stations du front. Une description de la situation météorologique du jour est ensuite méthodiquement renseignée dans le but de collecter les données nécessaires pour élaborer la prévision du temps selon les règles de l'époque.

La méthode de prévision du temps utilisée à l'époque a été décrite de manière détaillée par L. Dunoyer et G. Reboul dans un article paru en 1921 (L. Dunoyer, G. Reboul, Le problème de la prévision du temps, Le journal de physique et le radium, t. II, n°5, mai 1921, p. 129-141) dans lequel les auteurs soulignent l'importance des statistiques dans la méthode de prévision utilisée. Cette approche double, à la fois dynamique et climatologique, est toujours celle utilisée actuellement par les prévisionnistes.

Le déploiement du poste d'observation météorologique militaire dont Reboul avait la charge et les enjeux militaires associés y sont, quant à eux, évoqués en ces termes : « (…) nous reçûmes la direction d'une station météorologique à établir sur le plateau de Malzéville, près de Nancy, pour renseigner les groupes de bombardement qui s'y trouvaient alors réunis sous le commandement d'une des plus nobles figures de l'Aviation, le chef de bataillon Roisin. Résolu à profiter des moindres circonstances favorables pour tenter des expéditions offensives, le commandant Roisin était très disposé à accorder le plus grand crédit à nos pronostics. De la justesse de nos prévisions dépendait donc souvent, dans une assez large mesure, le succès des opérations de bombardement et l'existence des camarades au milieu desquels nous continuions à vivre quotidiennement. »