La science météo à l'époque

Le Bureau central météorologique au début de la Grande Guerre

 En 1914,  les prévisions météorologiques sont réalisées à partir d'un réseau de postes de mesure couvrant l'ensemble du territoire national, centralisé par le Bureau central météorologique de Paris, créé par décret du 14 mai 1878 et rattaché au ministère de l'Instruction publique. Chargé de recueillir et d'uniformiser les données issues du réseau des stations météorologiques, de réaliser les prévisions et de les diffuser aux ports et aux centres agricoles français, cet établissement national poursuivra sa mission durant toute la Première Guerre mondiale, malgré les difficultés, en assurant la diffusion de la prévision du temps, sur le territoire national et au niveau international.

Des effectifs et des moyens mis à mal par la mobilisation


© Météo-France

Lorsque tombe l'annonce de mobilisation en août 1914, le Bureau central météorologique est  dirigé par Alfred Angot, fondateur de la climatologie moderne, qui conservera son poste de directeur durant toute la durée du conflit. Le Bureau central compte alors au total trente-cinq fonctionnaires, agents techniques et administratifs confondus. Sept d'entre eux seront appelés sous les drapeaux, parmi lesquels trois météorologistes. Le Bureau sera contraint à se réorganiser en interne pour concentrer ses efforts sur les seules activités d'observation et de prévision qui présentaient un réel caractère fondamental. Les études de climatologie et celles relatives aux mouvements de l'atmosphère ou à la sismologie sont, quant à elles, reléguées au second plan pendant toute la durée de la guerre.

 

Les services du Bureau central réussiront à poursuivre leurs missions, en dépit de moyens humains et financiers limités et malgré la mobilisation de nombreux correspondants du réseau météorologique. Le service des avertissements aux ports et à l'agriculture, chargé de la prévision, et le service de la climatologie, responsable du réseau des observations, verront même leur utilité confortée.

 

Assurer la diffusion de la prévision du temps

Pour le Bureau central, l'une des premières difficultés fut de continuer à assurer la diffusion de la prévision du temps, sur le territoire national et au niveau international. Les observations, envoyées par dépêches télégraphiques au service des avertissements, chargé à son tour de les transmettre aux ports et aux centres agricoles français, arrivaient avec retard,  perturbant les analyses et les prévisions.
Pour des raisons de défense nationale, la communication des renseignements à la presse et au public fut suspendue et les informations météorologiques uniquement diffusées aux services des ministères de la Guerre, de la Marine et à la défense des aéronefs. Seul continua d'être édité, durant toute la durée du conflit, le Bulletin quotidien international, créé en 1857, du temps de l'Observatoire de Paris. À la demande du gouvernement britannique, sa parution fût toutefois retardée de vingt-quatre heures à une semaine, pour éviter que les renseignements météorologiques ne soient utilisés par l'ennemi. Depuis son origine, le  Bulletin quotidien international avait pour vocation de collecter les observations d'une centaine de stations d'Europe et d'Afrique du Nord, assorties de cartes synoptiques des isobares et d'analyses météorologiques.  Mais, dès août 1914, les  pays de la Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, rejoints par l'Italie en 1915) et l'Islande cessèrent de transmettre à Paris leurs informations. Fin octobre 1914, la Grande-Bretagne arrêta à son tour d'envoyer ses dépêches.

Carte montrant la provenance des dépêches quotidiennes reçues par le Bureau central
pour éditer le Bulletin quotidien international avant le déclenchement du conflit
Carte montrant la provenance des dépêches quotidiennes reçues par le Bureau central pour éditer le Bulletin quotidien international avant le déclenchement du conflit (source : La Nature, 13 juillet 1878, p. 97)

Pendant la guerre, le Bureau central eut également des difficultés à maintenir sur le territoire national un réseau d'observation satisfaisant.  Cette tâche était dévolue au service de la climatologie et des observations, qui gérait en 1914 un réseau de stations réparties selon trois groupes : les stations professionnelles et observatoires régionaux, les écoles normales primaires et les postes d'observateurs bénévoles. Durant le conflit, les observateurs furent mobilisés en nombre et beaucoup de postes d'observation fermés, notamment ceux situés à proximité des zones de combats.

Le développement des services météorologiques militaires

Dès le début de la Première Guerre, l'organisation des prévisions et des observations du Bureau central se révèle ainsi peu adaptée aux besoins du commandement militaire. Fragilisé par la mobilisation de la majeure partie de ses observateurs, le réseau météorologique existant montrera ses limites. Progressivement, des services météorologiques militaires dédiés aux besoins spécifiques de l'armée seront mis en place.