La science météo à l'époque

Le Bulletin international, mémoire climatique de la Grande Guerre

Une parution ininterrompue depuis 1857

En 1854, la flotte française engagée dans la guerre de Crimée est balayée par une tempête au large de Sébastopol. L'astronome et mathématicien Urbain le Verrier, alors directeur de l'Observatoire astronomique de Paris, se saisit de l'événement pour convaincre l'empereur Napoléon III de l'utilité de la création d'un service météorologique collectant des observations réalisées dans toute l'Europe. En 1856, un service météorologique international voit le jour au sein de l'Observatoire, qui reçoit des informations de stations européennes via le réseau de télégraphe électrique. La direction du service des avertissements météorologiques au port et à l'agriculture de l'Observatoire de Paris est chargée de la publication d'un Bulletin international de l'Observatoire de Paris1. Le premier d'entre eux paraîtra le 2 novembre 1857. En 1878, le service météorologique quitte l'Observatoire et devient le Bureau central météorologique (BCM), organisme sous tutelle du ministère de l'Instruction publique. Rattaché désormais au BCM, le service des avertissements météorologiques reste en charge de la publication du Bulletin. À  la création en 1921 de l'Office national météorologique, successeur du Bureau central, le bulletin prendra le nom de Bulletin international de l'Office national météorologique de France1, puis perdra sa dimension internationale en devenant Bulletin quotidien d'études1 et  Bulletin quotidien de renseignements1 dès 1923, avant de disparaître en 1985. Depuis, Météo-France continue d'éditer, sous forme numérique, un Bulletin climatique quotidien, accessible à tous.

Une source précieuse d'informations pour reconstituer la climatologie de la Grande Guerre

Le Bulletin international du Bureau central météorologique de France est paru sans interruption durant toute la durée de la Première Guerre mondiale. Dès août 1914, l' Allemagne et l' Autriche-Hongrie et l'Islande cesseront cependant de transmettre à Paris leurs informations.
Le BQI constitue aujourd'hui l'une des seules sources disponibles pour l'étude météorologique de cette période. Des informations complémentaires peuvent néanmoins être fournies par certains recueils annuels tels que les Annales du Bureau central météorologique, les Bulletins des commissions départementales et l'Annuaire de la Société météorologique de France, tous publiés a posteriori.

En 1914,  chaque bulletin international comporte 4 pages par jour, réunissant des cartes et des relevés d'observations de stations situées en France, en Europe et ailleurs dans le monde. Pour la métropole, ces stations sont essentiellement des observatoires régionaux, des sémaphores, des écoles normales et des observatoires de montagne (stations élevées). Chaque bulletin est établi à partir des relevés météorologiques de 7 heures du matin et de 6 heures du soir. À noter qu'en 1914, l'heure légale en France était différente de celle que nous utilisons aujourd'hui (les heures indiquées retardent de deux heures par rapport à l'actuelle heure d'été).

La collection des bulletins quotidiens internationaux est téléchargeable sur le portail documentaire de la Bibliothèque de Météo-France, pour la période de l'Observatoire de Paris de 1857 à 1878. La suite de la collection conservée à la Bibliothèque de Météo-France a été numérisée et sera prochainement mise en ligne.

Voici le bulletin quotidien international du 1er août 1914, jour de l'ordre de mobilisation :

Bulletin quotidien international, page 1 - © Météo-France Bulletin quotidien international, page 2 - © Météo-France
Tableau des observations quotidiennes (matin et veille au soir) des stations de surface de métropole et d'Afrique du Nord. Pour la métropole, ces stations sont essentiellement des observatoires régionaux, des sémaphores, des écoles normales et des observatoires de montagne (stations élevées). Les observations infra-quotidiennes de Paris, faites au Parc Saint-Maur, ont été assurées durant toute la durée des hostilités. Carte d'analyse en surface des pressions atmosphériques à 7 heures (matin) sur l'Europe et l'Afrique du Nord avec les isobares et la trajectoire du centre dépressionnaire. La situation générale du temps est décrite, accompagnée d'un avis de prévision des vents transmis à 10 heures (matin). À l'époque, les pressions atmosphériques sont exprimées en millimètres de mercure.
Bulletin quotidien international, page 3 - © Météo-France Bulletin quotidien international, page 4 - © Météo-France
Carte d'analyse de surface à 18 heures la veille sur l'Europe et l'Afrique du Nord et carte des températures  avec isothermes et cumul quotidien des pluies à 7 heures (matin), suivies du tableau des observations quotidiennes des stations européennes de l'Ouest. Suite du tableau des observations quotidiennes des stations d'Europe de l'Ouest. Cette page comporte, au 1er août 1914, une liste des stations étrangères pré-imprimées. À compter du 4 août, les stations qui envoient des données varient ; les noms seront désormais notés à la main, en fonction des observations reçues, qui arrivent souvent au compte-goutte, en raison des retards de transmission accumulés.
En dessous se trouvent les dépêches reçues d'Amérique et les observations météorologiques quotidiennes réalisées au Bureau central même et à la Tour Eiffel, ininterrompues durant toute la durée de la guerre.

1 : Toutes ces appellations sont regroupées sous le nom générique de Bulletin quotidien international, ou BQI