Impacts du changement climatique sur les phénomènes hydrométéorologiques

Changement climatique et cyclones

Changement climatique et cyclonesLe changement climatique peut-il avoir une influence sur la fréquence et la puissance des cyclones ? Depuis les années 1970, une tendance à la hausse est apparue dans l'Atlantique nord, mais le changement climatique n'est pas le seul facteur en jeu. Les simulations du climat pour le XXIe siècle indiquent que les cyclones ne devraient pas être plus nombreux. En revanche, les cyclones les plus forts pourraient voir leur intensité augmenter.

Des observations peu homogènes

Les climatologues disposent d'observations sur les cyclones tropicaux depuis la fin du XIXe siècle, surtout sur l'Atlantique. Ces phénomènes naissant sur les océans, ils pouvaient passer inaperçus avant l'arrivée des satellites.

Depuis les années 1970, la mise en place d'un réseau complet de satellites, scrutant la Terre en permanence, a permis de constituer une base de données homogène et précise. Grâce à ces observations satellitaires, les climatologues ont pu identifier des tendances fiables de l'activité cyclonique, de 1970 à nos jours.

On observe une augmentation de l'activité des cyclones tropicaux dans l'Atlantique nord depuis les années 1970. Leur fréquence semble augmenter plus fortement dans les années 2000. En 2005, on relève ainsi 27 systèmes cycloniques contre une dizaine par an en moyenne. Mais sur l'Atlantique nord en particulier, l'activité cyclonique varie naturellement selon des cycles de plusieurs dizaines d'années. Avec un recul d'une quarantaine d'années seulement, il est impossible de distinguer l'impact du changement climatique de la variabilité naturelle du phénomène.

Des travaux récents montrent que la latitude à laquelle les cyclones ont atteint leur intensité maximale a migré vers les pôles au cours des 35 dernières années dans les deux hémisphères. Cette constatation est cohérente avec l'expansion observée de la ceinture tropicale au cours de cette période. La ceinture tropicale est une zone, confinée de part et d'autre de l'Équateur par de larges zones désertiques, dans laquelle règne un climat chaud et humide. Son extension est déterminée par la circulation atmosphérique. Depuis quelques décennies, on constate que cette zone s'élargit en direction des pôles dans les 2 hémisphères. Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette expansion (variabilité naturelle, ozone stratosphérique, réchauffement des températures de surface, changement dans le profil vertical des températures…).

Des cyclones moins nombreux mais plus dévastateurs

En l'état actuel des connaissances, il n'est pas possible d'évaluer quelle est l'influence des activités humaines sur les changements de l'activité cyclonique observés au cours du XXe siècle. Par contre, pour le XXIe siècle, les simulations effectuées par les modèles climatiques montrent une possible baisse de la fréquence des cyclones tropicaux sur l'ensemble de la planète. Dans le cinquième rapport du GIEC (2013), les experts estiment aussi que les plus gros cyclones seront probablement plus puissants, avec des vents maximum plus élevés. Les précipitations liées aux systèmes cycloniques devraient être également plus intenses.

Une température de surface de l'océan plus élevée ne « facilite » en effet  pas forcément la naissance de cyclones. Mais un cyclone déjà bien formé « puisera » bien plus d'énergie pour se renforcer dans une atmosphère humidifiée au-dessus d'océans réchauffés. En effet, la capacité de l'atmosphère à contenir de l'humidité augmente avec sa température. Ce supplément d'humidité sera à l'origine d'un renforcement des pluies cycloniques qui elles-mêmes intensifient le système.

Encore beaucoup d'incertitudes

Le cinquième rapport du GIEC a mis en évidence la complexité des facteurs qui peuvent influer sur le développement et le cycle de vie des cyclones tropicaux mais aucune conclusion définitive n'a pu être tirée. L'impact des aérosols anthropiques sur l'activité cyclonique, notamment, fait l'objet de nombreux travaux scientifiques, mais leurs effets sont complexes à mettre à jour.

Les recherches menées à Météo-France

Météo-France a mené de 2008 à 2011 une étude sur la répartition des cyclones dans l'Atlantique nord au cours des prochaines décennies. Les résultats révèlent, pour la seconde moitié du XXIe siècle, un décalage de l'activité cyclonique vers le nord, qui rendrait la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique plus paisibles au détriment de la côte est des États-Unis. Cette étude n'a pas permis, pour l'instant, de préciser les causes de ce décalage. Il semblerait toutefois que la partie est du bassin Atlantique, où les systèmes précipitants liés à la mousson quittent l'Afrique, soit une zone clef à surveiller.
Bien que des études menées par d'autres groupes de recherche dans le monde commencent à montrer des résultats similaires, les climatologues manquent encore de recul pour confirmer cette tendance.