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La tornade du 3 août 2008 à Hautmont 

 

 

Le 3 août vers 22h30, à Hautmont dans le Nord, une tornade a entraîné la mort de trois personnes et provoqué des dégâts considérables. Retour sur un phénomène météorologique considéré comme le plus intense de tous et dont la prévisibilité reste très faible, compte tenu de sa petite dimension.

Conclusions préliminaires

La tornade a pris naissance au sein d'un front pluvieux qui a balayé le nord de la France, le dimanche 3 août au soir. Le front s'est considérablement renforcé sur le Hainaut-Cambrésis et l'Avesnois en prenant un caractère orageux à partir de 22h. Au sein d'une ligne de grains très marquée qui a balayé la zone, s'est formée une tornade. Elle a frappé le secteur de Maubeuge : les communes de Hautmont, Neuf-Mesnil et Boussières-sur-Sambre.

Pour aider à la détermination de la trajectoire, de la durée de vie et de l'intensité de la tornade, Météo-France a effectué une mission d'observation sur le terrain le 4 août ainsi qu'un vol de reconnaissance le 5 août.

Les relevés effectués (sur les dégâts causés aux cultures, arbres, bâtiments et équipements de voirie), associés aux témoignages des riverains, permettent de penser que le phénomène a débuté aux environs de 22h30 et a sans doute duré quelques minutes. Les premiers dégâts apparaissent à Pont-sur-Sambre, puis vers le nord-est, dans les champs au niveau de Boussières-sur-Sambre, et dans le Bois du Fay. C'est au sortir du bois, à Hautmont, que les dégâts sont apparus les plus impressionnants avec des maisons totalement détruites. Au total, le phénomène (dont la largeur semble avoir varié entre 100 et 200 mètres selon la zone) a parcouru une dizaine de km.

Concernant la force du vent, sur la zone elle-même, aucune mesure n'est disponible si bien que la vitesse probable ne peut être estimée qu'à partir des dégâts constatés. En s'appuyant sur l'échelle de Fujita reliant force des tornades et dégâts observés, et sous réserve de l'avis d'experts en construction notamment sur le caractère transposable de l'échelle de Fujita aux normes de construction européennes, on estime que les rafales de vent instantanées ont très probablement largement dépassé les 200 km/h sur la zone où les dégâts les plus importants ont été constatés.

Copyright Météo-France / Thérèse Escartin
Une reconnaissance aérienne est menée les 5 et 6 août par Météo-France.
La trace au sol de la tornade du 3 août forme une bande d'environ 50 m de large
sur une distance d'environ 10,5 km.
Comment expliquer ce phénomène ?

La situation météorologique du 3 août, caractérisée par le conflit entre un air très doux de surface (certaines températures ont atteint 24 degrés malgré la forte couverture nuageuse) et un apport d'air froid d'altitude a favorisé ce type de phénomène, dont la prévisibilité reste très faible, compte tenu de sa petite dimension.

Environ 80% des tornades se développent en période estivale, essentiellement de mai à septembre, entre 12 et 20h, et sont le plus souvent associées, comme la grêle, au phénomène d'orage. Tout comme la prévision des risques de grêle, la prévision des risques de tornades rejoint celle des orages violents et en particulier des supercellules (cellules d'une taille anormalement grosse et d'une durée particulièrement longue). Les conditions exactes de formation de ce type de phénomène demeurent mal comprises. La majeure partie des tornades observées se sont développées dans un environnement qui peut être décrit a posteriori et qui est principalement caractérisé par la présence d'un fort niveau d'instabilité atmosphérique associé à un cisaillement de vent important (rotation du vent avec l'altitude). Cependant, même avec des valeurs extrêmes des paramètres qui permettent de caractériser l'instabilité et le cisaillement de vent, la formation d'une supercellule ou d'une tornade reste incertaine.

Qu'est-ce qu'une tornade ?

Une tornade est une colonne d'air tourbillonnante, souvent en forme d'entonnoir, qui est rendue visible par les gouttelettes de condensation qui y naissent ou par la poussière et les débris qu'elle aspire. Elle ne doit pas être confondue avec les coups de vent sous orage (micro-rafales ou fronts de rafale) qui sont beaucoup plus fréquents et peuvent donner des dégâts tout aussi importants. Les micro-rafales correspondent à des courants d'air descendants d'un nuage, alors que les tornades correspondent à des courants d'air ascendants.

La tornade est le plus intense des phénomènes météorologiques. Elle produit des vents tournants, parfois supérieurs à 400 ou 500 km/h ce qui correspond au niveau F5 dans l'échelle d'intensités des tornades due à T. Fujita.

Les fortes tornades sont produites par les orages. Les plus violentes et les plus dévastatrices sont générées au sein des supercellules. Elles partent de la base des nuages et atteignent ou non le sol. Leur diamètre varie de quelques dizaines de mètres à quelques km, leur durée de vie de quelques minutes à plus de 2 heures, leur trajectoire de quelques centaines de mètres à plus de 100 km.

Il n'existe pas de climatologie complète des tornades car, du fait de leur petite taille, elles échappent la plupart du temps aux réseaux d'observations. Les climatologies sont donc surtout établies à partir des tornades qui ont donné des dégâts importants et déclarés.

Un pays comme les Etats-Unis, particulièrement touché par ce fléau, essuie chaque année plus de 1 000 tornades.

En France, si on essaye de rassembler les données existantes, on peut considérer une moyenne annuelle de l'ordre de :

- 15 pour les tornades de niveau F1 et + ;

- 2 pour les tornades de niveau F2 et +.

Le nombre de tornade F0 reste indéterminé.

Les régions les plus sujettes aux tornades seraient la Charente, le Poitou, la Gironde et le Nord – Pas de Calais.

L'augmentation du nombre de tornades, enregistré depuis quelques années, est plus vraisemblablement dû au développement des réseaux d'observateurs du temps. Aucun lien n'a encore pu être établi de façon fiable entre l'évolution de la fréquence des tornades dans le monde et les premiers signes du réchauffement climatique.