2014

Hiver 2013-2014 : bilan de l’enneigement dans les massifs français

La saison hivernale 2013-2014 se caractérise à la fois par une douceur générale remarquable et par un enneigement dans son ensemble très bon dans les différents massifs et même exceptionnel dans les Alpes du Sud, les Pyrénées et la Corse. Ce paradoxe apparent s'explique par le fait que l'hiver a été particulièrement arrosé. Toutefois, à cause de cette grande douceur, les altitudes modestes – en dessous de 1300 m environ – ont connu au contraire un enneigement très modeste.

La saison a bien démarré en novembre dans tous les massifs, grâce à une période perturbée et froide, qui a ensuite laissé place à un temps sec et très doux durant une bonne partie du mois de décembre. Un temps très perturbé avec d'abondantes précipitations a ensuite régné sur la plupart des massifs sans faiblir durant tout le reste de l'hiver, de fin décembre à début mars. Ces précipitations ont été particulièrement abondantes dans les Alpes du Sud et en Corse, où elles ont généré un enneigement remarquable durant toute la seconde moitié de l'hiver et des nouveaux records dans les Alpes-Maritimes.
Les massifs de moyenne montagne ont pour leur part reçu plus souvent de la pluie que de la neige, du fait de leurs altitudes moins élevées. Seules les zones les plus hautes du Massif central et du Jura ont bénéficié d'un enneigement bon, voire abondant. Plus bas, en particulier sur l'ensemble des Vosges, l'enneigement est resté modeste et intermittent.
Le printemps s'est partout installé de manière à la fois précoce, marquée et durable. Il a entraîné une fonte rapide et régulière du manteau neigeux dès la première semaine de mars et jusqu'à fin avril, entrecoupée seulement par une ultime offensive hivernale un peu avant fin mars.

  1. Alpes du Nord
  2. Alpes du Sud
  3. Pyrénées
  4. Corse
  5. Massif central
  6. Vosges
  7. Jura

Alpes du Nord

Un enneigement précoce et bon

L'enneigement a été satisfaisant tout au long de la saison, malgré une douceur hivernale remarquable. En effet, avec une température moyenne supérieure aux normales d'environ 2°C, l'hiver 2013-2014 se classe au 3e ou 4e rang des hivers les plus doux de ces cinquante dernières années. Ce paradoxe apparent s'explique d'abord par des précipitations globalement excédentaires sur l'ensemble de la saison, puis par plusieurs facteurs favorables :
- un bon départ de l'enneigement en novembre, avec des chutes de neige jusqu'à basse altitude et du froid,
- des épisodes neigeux, nombreux mais jamais très intenses, qui, après une pause courant décembre, se sont succédé quasiment sans interruption de fin décembre à début mars,
- et enfin par des limites pluie-neige rarement très élevées.

Le printemps s'installe ensuite de manière précoce, rapide et quasi définitive, avec des mois de mars et avril tous deux secs et surtout très doux. La fonte a ainsi commencé début mars jusqu'à haute altitude. Durant ces deux mois au caractère très printanier, elle n'est que temporairement interrompue par une importante offensive hivernale durant la dernière semaine de mars, puis par une autre, moins marquée, fin avril.


Graphe d'enneigement dans les Alpes du Nord - Hiver 2013-2014
© Météo-France


Au fil des mois
L'enneigement commence à se constituer dès début novembre à l'altitude des alpages et à partir de la mi-novembre en moyenne montagne, avec des chutes de neige importantes, près d'1 m à 2000 m, 20 à 40 cm à 1500 m. Ainsi, à la fin du mois, grâce aux températures devenues très basses, un vrai manteau neigeux d'hiver est en place.

Début décembre, le temps change radicalement : sec, ensoleillé et surtout très doux durant plus de deux semaines. L'enneigement diminue de manière plus moins importante selon l'altitude et l'exposition, devenant globalement bien modeste. Mais au début des vacances de Noël, un temps perturbé se met en place, avec à nouveau des chutes de neige. L'enneigement retrouve alors des valeurs conformes à celles d'une fin décembre.

Le mois de janvier voit se succéder les épisodes perturbés dans un courant de sud-ouest très doux et venteux, sans toutefois donner lieu à de fortes chutes de neige. Autre conséquence de la douceur, remarquable durant une bonne première moitié du mois, la montagne n'est que très temporairement blanchie en-dessous de 800 à 1000 m. En fin de mois, l'enneigement est très correct dès 1200 m d'altitude, tandis que plus haut, sans être particulièrement abondant, il reste sur l'ensemble des massifs dans la moyenne pour une fin janvier.

En février, la situation météorologique ne change guère : les passages perturbés continuent à défiler sur les Alpes dans une ambiance douce - un peu moins toutefois qu'en janvier. Les chutes de neige sont fréquentes et abondantes mais rarement intenses. Le manteau neigeux s'épaissit ainsi progressivement. À la fin du mois, sans atteindre des records, les hauteurs de neige sont très nettement excédentaires - moins en Savoie. Ce temps perturbé se prolonge jusque début mars. L'enneigement, qui atteint son maximum le 4, est alors très bon presque partout (durée de retour cinq ans environ).

Un temps anticyclonique sec s'installe ensuite sur les Alpes quasiment jusqu'à fin avril, seulement dérangé entre le 22 et le 24 mars par un épisode hivernal, qui apporte les dernières chutes de neige significatives de l'hiver (notamment 40 cm à l'Alpe d'Huez). Le soleil et une douceur printanière remarquable (par exemple +14,5°C le 17 mars à La Rosière - 1870 m en Haute-Tarentaise - record sur 30 ans pour le mois de mars) provoquent un tassement et une fonte du manteau neigeux très rapide et très régulière ; l'épaisseur de neige encore en place reste néanmoins confortable. À la fin du mois, la neige commence toutefois à manquer en Savoie, ainsi que dans tous les versants sud et à moyenne altitude (en dessous de 1300 ou 1400 m). Avec le temps ensoleillé et très doux du mois d'avril, le déficit d'enneigement gagne l'ensemble des massifs internes et toute la moyenne montagne jusqu'à 1800 m d'altitude environ. Ainsi à Bessans (1770 m - Haute-Maurienne) et au col de Porte (1325 m - Chartreuse) la neige disparaît respectivement les 15 et 17 avril, des dates précoces. Une des dernières offensives hivernales se produit du 25 avril au 3 mai. La neige descend jusque vers 1400 m, stoppant la fonte et faisant s'accroître le manteau neigeux de 20 à 50 cm au-dessus de 1800 m.

Le mois de mai se révèle assez arrosé et, contrairement aux mois précédents, plus frais que la moyenne. Des épisodes de chaleur se produisent toutefois, comme autour du 20, où l'isotherme 0°C grimpe jusqu'entre 3500 et 3700 m. La fonte du manteau neigeux, entamée début mars, se poursuit à un rythme qui reste soutenu, sauf à haute altitude (au-dessus de 2800 m), où le manteau neigeux gagne même un peu en épaisseur durant le mois à la faveur d'ultimes chutes de neige en altitude, notamment entre le 11 et le 15 (pentes blanchies temporairement jusque vers 1400 m, 10 à 25 cm de neige plus haut).
À la fin du mois, l'enneigement se maintient autour de la normale au-dessus de 2400 m, tandis qu'il reste excédentaire dans les massifs isérois de Belledonne et des Grandes Rousses.