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Tempête Dennis : les dépressions se succèdent

13/02/2020

Depuis le début de l'hiver, un nombre important de dépressions tempéteuses atlantiques ont concerné l'Hexagone et les pays voisins, parmi lesquelles, la tempête Fabien le 22 décembre ou encore la tempête Ciara du 9 au 11 février.

Ce jeudi 13 février, la dépression  Inès (nommée par Météo-France mercredi) apporte des vents localement tempétueux sur le nord de la France. D'autres dépressions, plus intenses et de plus grande ampleur, sont présentes ou en cours de formation plus au large sur l'Atlantique Nord, dont en particulier une nouvelle dépression, baptisée Dennis par le Met Office, qui concernera essentiellement les îles Britanniques ce week-end des 15-16 février.

Atlantique Nord : un contexte favorable aux tempêtes

En ce mois de février, et plus généralement depuis le début de l'hiver météorologique, le contexte atmosphérique de grande échelle sur l'Atlantique Nord et l'Europe, mais aussi plus largement sur l'hémisphère Nord, est marqué par de rapides courants d'ouest à sud-ouest dépressionnaires, véhiculant des perturbations pluvieuses et venteuses dans une atmosphère remarquablement douce.

Cette configuration est liée à la présence persistante d'intenses basses pressions sur le nord de l'Atlantique et les régions polaires, contrastant avec, au contraire, des hautes pressions plus importantes que la normale entre les Açores et le sud de l'Europe. Ce dipôle de basses/hautes pressions se traduit par des indices NAO (oscillation nord-atlantique) et AO (oscillation arctique) en phase fortement positive, comme l'illustre la carte ci-dessous.

Le 10 février, l'indice AO a même atteint un niveau record au moins depuis 1950 d'après les données de la NOAA, avec une valeur normalisée de +6.34 battant les +5.91 du 26  février 1990 (autrement dit, pour simplifier, un écart de pression environ 6 fois plus important que la moyenne entre les basses pressions polaires et les hautes pressions subtropicales). Concrètement, cela se traduit par des dépressions très intenses sur le nord de l'Atlantique et des vents d'ouest anormalement forts sur les moyennes latitudes de l'hémisphère Nord dont l'Europe.



Configuration atmosphérique depuis le début du mois de février, à la fois de type AO+ et NAO+.

Dennis, prêt à " exploser "

Ces vents forts se traduisent aussi par un puissant  courant-jet d'altitude entre les États-Unis et l'Europe, associé à de forts contrastes nord-sud de températures (plus ces contrastes sont forts, plus le courant-jet s'accélère).


 

Ce 13 février, dans ce contexte à fort contraste nord-sud de géopotentiels et de températures, l'image satellite entre l'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest laisse apparaître un chapelet de 3 dépressions tempétueuses, parmi lesquelles Inès, la plus modeste des trois, qui circule sur les îles Britanniques.

Plus au large en plein milieu de l'océan Atlantique, une très puissante dépression (non nommée) est en cours de creusement. Encore plus à l'ouest, sur l'est des États-Unis, il s'agit de l'embryon de Dennis qui est sur le point de se développer de façon « explosive » une fois qu'elle aura gagné l'océan vendredi (on parle de « cyclogénèse explosive » lorsque la chute de pression au coeur de la dépression est supérieure à 24 hectopascals (hPa) en 24 heures).

Les modèles de prévision prévoient en effet un creusement très rapide de Dennis, puisant son énergie dans un puissant courant-jet à plus de 400 km/h, pour aboutir samedi soir à une dépression inférieure à 920 hPa, pouvant même approcher des 915 hPa, un niveau extrêmement rare sur l'Atlantique Nord pour une telle tempête extratropicale (le record sur le bassin est estimé vers 914 hPa le 10 janvier 1993).

Animation : isolignes de pression atmosphérique, masses d'air en plages de couleur, courant-jet d'altitude (flèches rouges seuillé au-dessus de 250 km/h), modèle du CEPMMT , du jeudi 13 à 15 UTC au samedi 15 février à 15 UTC, la fin d'échéance correspond à la fin du creusement de Dennis avec une pression minimale exceptionnelle prévue par le modèle : 916 hPa !


La dépression elle-même ne devrait dans un premier temps pas toucher directement les îles Britanniques, restant plutôt au large, mais sa taille très imposante et le très fort gradient de pression associé seront suffisants pour engendrer d'importantes intempéries entre l'Irlande et la Grande-Bretagne (vent très fort, grosses vagues, précipitations abondantes).

En France, où les vents de sud-ouest se renforceront à partir de samedi près de la Manche, c'est surtout dimanche que les rafales seront fortes, atteignant possiblement 100 à 110 km/h près des côtes de Manche et 80 à 90 km/h dans l'intérieur (ces prévisions mériteront d'être affinées d'ici là).

Dans ce flux de sud-ouest, les températures repartiront nettement à la hausse ce week-end, pour atteindre un pic dimanche. Les 20°C seront dépassés dans le Sud-Ouest, voire localement sur le Centre-Est, et la barre des 25 °C pourrait être approchée au pied des Pyrénées. Les minimales nocturnes seront aussi remarquables, parfois supérieures à 10 °C jusque sur le nord du pays.
 

Actualité par Météo-France