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Décryptage : Peut-on prévoir un hiver glacial ?

27/09/2019

L'hiver 2019-2020 sera-t-il le plus froid depuis 30 ans ? Cette annonce revient chaque année, comme un serpent de mer, en début d'automne… Jean-Michel Soubeyroux, climatologue à Météo-France et Lauriane Batté, chercheuse Météo-France au CNRM (Centre national de recherches météorologiques), spécialiste des prévisions saisonnières, expliquent pourquoi on ne peut pas prévoir le temps de l'hiver au mois de septembre.
 
Vue du quartier d'affaires La Défense à la fin de l'épisode neigeux de février 2018.
Vue du quartier d'affaires La Défense à la fin de l'épisode neigeux de février 2018. - © Météo-France
 
Un hiver glacial cette année ? D'où vient cette affirmation ? 
Tout est parti d'une étude scientifique publiée outre-Manche. Il s'agit d'une étude de prévisions statistiques sérieuse de l'University College of London. L'étude, cependant, ne concerne pas la France mais le Royaume Uni. Et, si elle évoque de grandes tendances pour les températures, elle ne parle pas d'hiver le plus froid jamais connu. Cette étude se base en fait sur deux éléments : l'activité solaire et un indice sur la circulation stratosphérique au niveau équatorial. En s'appuyant sur ces éléments, les chercheurs ont construit un modèle qui leur permet de dégager, pour janvier-février, un scenario plus froid que la normale. Cette étude a été largement surinterprétée et déformée ! 
 
Peut-on prévoir le temps de cet hiver ?
Les prévisions météorologiques ont une anticipation maximum de 10 à 15 jours. Au-delà, il n'est possible que d'identifier des tendances basées sur l'influence de l'océan, des glaces de mer et des surfaces continentales sur l'atmosphère.
Pour cela, Météo-France a développé une approche physique : Météo-France utilise des modèles de climat pour élaborer des prévisions sur les trois mois à venir.
 
En quoi consistent ces prévisions saisonnières ?
Ces prévisions saisonnières ont pour objectif de déterminer le climat moyen sur la saison à l'échelle d'une région comme l'Europe de l'Ouest. Contrairement aux prévisions à échéance de quelques jours, l'information n'est pas détaillée ni chiffrée, mais présentée sous forme de prévisions probabilistes  qui renseignent sur les tendances (plus chaud ou plus froid, plus sec ou plus humide que la normale).  Ces prévisions à l'échelle de l'Europe sont peu fiables au-delà de trois mois : il faudra attendre le mois de novembre pour avoir une vision de ce qui nous attend cet hiver.
Les prévisions saisonnières sont plus performantes dans les régions intertropicales,fortement influencées par la convection en lien avec les états océaniques. 
Météo-France publie tous les mois pour le grand public et les décideurs des prévisions saisonnières sur l'Europe et nos territoires ultra marins basées sur l'analyse de différents modèles climatiques, en plus du modèle de Météo -France.
 
Quelles sont les tendances pour les 3 prochains mois ? 
Pour le trimestre prochain couvrant la période d'octobre à décembre, les modèles de prévisions saisonnières s'accordent sur des conditions qui devraient être plus chaudes que la normale sur une grande partie ouest de l'Europe dont la France. 
Prévisions saisonnières de températures pour les mois d'octobre, novembre, décembre
 
 
Qu'appelle-t-on le vortex polaire ? A quelle échéance peut-on le prévoir ?
Le vortex polaire n'est pas, en soi, responsable de grands froids. Le vortex polaire désigne en fait une dépression présente au niveau du pôle nord en hiver. L'intensité de ce vortex influence le type de temps à nos latitudes. C'est l'affaiblissement de ce vortex polaire qui peut induire un risque de vagues de froid et de tempêtes de neige sur l'Europe du Nord.
L'arrivée de vagues de froid sur la France correspond à des situations météo qui ne peuvent pas être prévues plus de deux semaines à l'avance. 
 
Dans un contexte de réchauffement climatique, n'est-il pas surprenant d'avoir des vagues de froid en métropole ?
Non, les vagues de froid continuent à se produire ! La France a connu plusieurs vagues de froid au cours de la dernière décennie, la plus récente en février 2018. Une incursion d'air polaire avait touché l'Europe du Nord et le Royaume-Uni, puis la France pendant quelques jours. Avec le réchauffement climatique, la probabilité d'avoir des événements froids durables et intenses a diminué, mais n'a pas disparu. 
 

Actualité par Météo-France