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David Salas y Mélia : "pour limiter le réchauffement de 2 °C, il faudrait des émissions nulles en 2080"

17/09/2019

David Salas y Mélia est le responsable du groupe de météorologie de grande échelle et climat du CNRM (Météo-France et CNRS). Au sein de la communauté internationale en climatologie, il a participé à l'important exercice de simulations numériques du climat, passé et futur, dont les conclusions contribueront de manière majeure au sixième rapport du GIEC.

David Salas y Mélia 
 
Vous avez présenté hier les nouvelles simulations des modèles de climat français qui seront utilisées dans le prochain rapport du GIEC en 2021. Que faut-il en retenir ?
Les nouveaux modèles simulent un réchauffement plus prononcé pour 2100 que l'ancienne génération de modèles. Les deux modèles français se rejoignent maintenant pour simuler un réchauffement climatique de l'ordre de 6 °C en 2100 par rapport à 1900 selon le scenario le plus pessimiste. 
 
Peut-on faire confiance à ces nouveaux modèles ?
Les deux modèles français sont devenus plus fiables par rapport aux anciennes versions de 2012. Ainsi pour des paramètres comme la température moyenne de l'océan en surface ou les précipitations sur le Pacifique tropical, les deux modèles ont nettement progressé. Et c'est vrai pour beaucoup d'autres indicateurs. Nous avons également "rejoué" le climat passé et constaté que les modèles reproduisent bien son évolution récente. Cela nous donne un certaine confiance en les résultats donnés par ces modèles. 
 
Comment se traduira le réchauffement climatique en 2100 ?
Outre l'augmentation de la température globale, on peut prendre deux exemples. 
  • Les précipitations vont évoluer dans le futur, d'autant plus que le scenario est fort en émissions de gaz à effet de serre. Ainsi pour le scenario le plus pesssimiste, les augmentations de précipiations sont très marquées sur le Pacifique tropical et en dimunutions de façon variable sur l'Est de l'Océan Indien. La diminution des précipitations est prononcée sur l'ensemble du bassin méditerranéen. Sur le nord de l'Europe, les précipitations augmentent d'une manière générale, quel que soit le modèle et le scénario.
     
  • La banquise régresse actuellement rapidement. C'est ce qu'on observe depuis trois décennies. Ces diminutions observées sont bien simulées par les deux modèles français. La banquise va continuer à se réduire, que ce soit à la fin de l'été arctique ou à la fin de l'hiver. Mais la diminution sera plus prononcée en été qu'en hiver. A partir de 2050, selon les scenarios, la banquise pourrait disparaître completement en été. Selon l'un des modèle (celui de l'IPSL) elle pourrait même disparaître entièrement à la fin de l'hiver, au mois de mars, selon le scenario le plus fort. 
Que peut-on faire ?
Il est possible de calculer quelles devraient être les émissions de dioxyde de carbone par l'homme jusqu'en 2100 de façon à respecter différents objectifs de températures. Si l'on prend comme référence le scenario le plus pessimiste, il n'y a pas de contrôle particulier des émissions de dioxyde de carbone. Par contre, si l'on souhaite suivre l'accord de Paris, c'est-à-dire tendre vers un réchauffement de 2 °C, et continuer des efforts pour arriver à 1,5 °C, il faut faire beaucoup plus d'efforts. On estime notamment que pour arriver à un objectif de 2 °C, il faudrait que les émissions deviennent nulles à partir 2080 puis légerement négatives. Pour une cible à 1,5 °C, il faut qu'elles deviennent nulle en 2060 puis négatives. On voit donc qu'entre la cilble 1,5 et 2 °C il y a une différence de 20 ans par rapport aux objectifs d'émissions !
 
 

Actualité par Météo-France