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Changement climatique : un nouvel outil pour définir le budget carbone restant

19/07/2019

Depuis la publication du cinquième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) en 2014, le concept d'un budget carbone est devenu un outil scientifique populaire permettant de guider les politiques climatiques.

Roland Séférian, chercheur à Météo-France, a participé à une étude publiée mercredi dans la revue Nature qui propose un cadre méthodologique pour comprendre dans quelle mesure les facteurs climatiques ou sociétaux peuvent jouer sur le budget carbone restant pour limiter le réchauffement climatique à 1 ,5 °C ou 2 °C. 

Le communiqué de presse à lire ici.

Roland Séférian

Qu'est-ce que le budget carbone restant ? 
 
En deux mots, le budget carbone restant est notre marge de manœuvre pour mettre en place des mesures ambitieuses de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre à l'échelle mondiale. On parle souvent de budget carbone compatible pour un seuil de réchauffement donné (comme 1,5 °C ou 2 °C) car il existe une relation entre le réchauffement planétaire et le cumul des émissions de CO2 depuis l'ère industrielle. Le budget carbone restant rend compte de ce que l'humanité et ses activités ont émis dans l'atmosphère sous forme de CO2 depuis l'ère industrielle en retranchant du budget carbone les émissions de CO2 passées. 
 
Comment ce concept est-il utilisé aujourd'hui ?
 
Ce concept représente un des rares outils (quasi-opérationnel) permettant de traduire les connaissances sur le climat, le changement climatique et le cycle du carbone en mesure d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Il est utilisé à la fois par les décideurs comme outil de négociations, mais aussi par les ONGs comme outil de communication. 
 
Quelles en sont les limites ?
 
Les limites de ce concept sont les mêmes que celle associées aux projections climatiques : la vitesse à laquelle le système climatique peut se réchauffer, le devenir des puits naturels de carbone, restent des sources d'incertitude. Par ailleurs, s'appuyer uniquement sur la relation linéaire entre le réchauffement et les émissions cumulées de CO2 ne prend pas en compte d'autres gaz à effet de serre comme le méthane, les gaz fluorés, l'oxyde nitreux, et le aérosols qui affectent également les températures mondiales.
 
Vous avez participé à une étude récemment parue dans Nature pour affiner cette notion : que proposez-vous ?
 
Dans cette étude nous avons proposé un cadre méthodologique permettant de confronter les différentes estimations des budgets carbone et de suivre en détail quelles sont les sources de variations. En effet, nous avons décompté plus de seize études fournissant des estimations du budget carbone compatible avec un réchauffement planétaire 1,5° C. Ces différentes estimations couvraient une gamme de valeur importante qu'il est nécessaire d'expliquer. C'est en particulier le cas entre les estimations faites dans le 5ème rapport du GIEC et celles que nous avons produites dans le rapport spécial du GIEC sur un réchauffement planétaire 1,5° C : le budget carbone a été doublé en raison d'un changement de méthodologie prenant en compte toutes les dernières avancées scientifiques. Les travaux de recherche sur la sensibilité climatique ou sur le cycle du carbone amèneront sûrement à réviser nos estimations mais notre cadre méthodologique permettra de clairement identifier et expliquer les raisons de ces changements. 
 
Ce nouveau cadre change-t-il les perspectives d'action des Etats pour respecter l'accord de Paris ?
 
Tout à fait, dans notre étude nous avons mis en avant des sources de variations qui ont un rapport avec les bases physiques et chimiques du climat (et leurs incertitudes) et celles qui sont directement liées à des choix sociétaux ou politiques. Un exemple très simple est la période de référence, le réchauffement planétaire est calculé par rapport à la période préindustrielle qui est considérée comme la moyenne sur la période 1850-1900. Un changement de cette période de référence peut amender des différences importantes sur les estimations des budgets carbone. Il en est de même sur le mix d'émissions de gaz à effet de serre et des aérosols futur qui est un choix de société. L'utilisation de technologie de production d'énergie propre basée sur les carburants fossiles peuvent conduire à émettre moins d'aérosols mais tout autant de CO2, et donc à amplifier le réchauffement et réduire le budget carbone. 
 
Référence Rogelj J, Forster P, Kriegler E, Smith C, & Séférian R (2019). A framework to estimate and track remaining carbon budgets for stringent climate targets. Nature DOI: 10.1038/s41586-019-1368-z
 
L'intégralité de la publication à lire ici : https://www.nature.com/articles/s41586-019-1368-z

Actualité par Météo-France