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Changement climatique : la canicule de juin 2019 liée à l’activité humaine

10/07/2019

Le changement climatique d'origine humaine augmente significativement la fréquence et l'intensité des vagues de chaleur comme celle que la France a connu en juin 2019. C'est la conclusion du groupe de recherche World Weather Attribution auquel Météo-France participe1.

Coucher de soleil sur la plage de Bonneveine à Marseille le 27 juin 2019
Coucher de soleil sur la plage de Bonneveine à Marseille le 27 juin 2019 - © Infoclimat

Les scientifiques ont évalué le rôle du changement climatique dans la probabilité qu'un tel événement se soit produit et son impact sur son intensité. Pour cela, ils ont comparé le climat observé aujourd'hui lors de cet épisode de canicule inédit avec le climat tel qu'il aurait été sans avoir été modifié par l'activité humaine.

Dans un contexte de changement climatique, les canicules d'une telle intensité sont au moins 5 à 10 fois plus fréquentes aujourd'hui qu'il y a un siècle. Elles sont aussi jusqu'à 4 °C plus chaudes que si elles s'étaient produites au siècle dernier. D'ici la fin du siècle, les vagues de chaleurs seront plus fréquentes, plus intenses, et se produiront sur une période élargie de mai à octobre…

Vagues de chaleur observées en France entre 1947 et juin 2019
Vagues de chaleur observées en France entre 1947 et juin 2019 - © Météo-France
 

 

"Les canicules comme celle de juin 2019 seront 4 fois plus fréquentes en 2040"

Aurélien Ribes, chercheur Météo-France au Centre National de Recherches Météorologiques (CNRM), spécialiste de l'analyse et de la modélisation de l'atmosphère et du climat, fait partie de l'équipe du World Weather Attribution qui s'est penchée sur le lien entre la récente vague de chaleur et le changement climatique.
 

Quel rôle le changement climatique lié à l'activité humaine a-t-il joué dans la dernière vague de chaleur de juin 2019 ?

Toutes les analyses menées sur ce type d'événement concluent à une influence humaine significative sur leur occurrence et leur intensité. On discerne notamment une augmentation de la probabilité d'un tel événement (en raisonnant à intensité fixée) : selon nos analyses, un épisode de cette intensité a aujourd'hui environ 30 fois plus de risques de se produire qu'il y a un siècle, avec de larges incertitudes (facteur 5 à ~500). Nous constatons également une augmentation de l'intensité de ce type d'événement (en raisonnant à probabilité d'occurrence donnée) : le groupe de recherche international a conclu que cet épisode aurait été 4 °C moins chaud s'il s'était produit il y a 100 ans. Notre étude conclut quant à elle à un écart de 1,8 °C (1 °C à 2,6 °C). De tels épisodes sont donc nettement plus chauds et plus fréquents dans un climat modifié par l'activité humaine.

Comment êtes-vous parvenus à ces résultats ?

Pour faire ces calculs, on utilise des simulations climatiques qui couvrent l'ensemble de la période historique depuis 1850, soit le début de l'ère industrielle. C'est la date avant laquelle on considère qu'il n'y a pas d'influence humaine. À partir de ces simulations, on estime la probabilité d'observer en 2019 une vague de chaleur au moins aussi forte que celle effectivement observée. On fait ce calcul, alternativement, dans le monde factuel (incluant l'influence humaine) et dans le monde contrefactuel (sans perturbation humaine du climat). On compare alors les deux probabilités obtenues pour quantifier l'importance de l'influence humaine. On fait la même chose pour évaluer l'impact sur l'intensité, cette fois-ci en raisonnant à probabilité d'occurrence donnée.

Ces événements seront-ils plus fréquents, plus intenses dans la France future ?

Oui, tout à fait. La fréquence et l'intensité de ces événements vont continuer à augmenter, au fur et à mesure que les concentrations atmosphériques en gaz à effet de serre augmentent. En 2040, ce type d'événement (même intensité que 2019) sera environ 4 fois plus fréquent (2 à 6 fois) par rapport à 2019. L'intensité d'un événement aussi probable que 2019 sera augmentée d'environ 1,2 °C (entre 0,5 °C et 2 °C). 

Comment le sait-on ?

On utilise des projections climatiques, c'est-à-dire des simulations couvrant le futur (souvent le 21ᵉ siècle), avec une certaine hypothèse sur l'évolution des concentrations atmosphériques des gaz à effet de serre. À noter que l'influence du scénario est limitée pour les 20 prochaines années, mais nettement plus sensible au-delà.

 

1 Etude « Human contribution to the record-breaking June 2019 heat wave in France » réalisée par l'équipe européenne :  Geert Jan van Oldenborgh, Sjoukje Philip, Sarah Kew (KNMI), Robert Vautard, Olivier Boucher (IPSL Paris), Friederike Otto, Karsten Haustein (University of Oxford), Jean-Michel Soubayroux, Aurélien Ribes, Yoann Robin (Météo France), Sonia I. Seneviratne, Martha M. Vogel (ETH Zürich), Maarten van Aalst (ITC/University of Twente and Red Cross Red Crescent Climate Centre), Peter Stott (Met Office). 

Actualité par Météo-France