Imprimer Envoyer á un ami

45,9°C : un record en questions

05/07/2019

Vendredi 28 juin 2019, lors d'un épisode de canicule exceptionnel, la station météorologique de Gallargues-le-Montueux a relevé une température maximale de 45,9 °C. Jamais une telle valeur n'a été mesurée sur le territoire national, tous mois confondus : c'est un nouveau record absolu de chaleur pour la France. L'ancien record de 44,1 °C enregistré à Conqueyrac dans le Gard le 12 août 2003 est battu de 1,8 °C. Retour sur la genèse de cette température extrême.

La station météorologique de Gallargues-le-Montueux dans le Gard a enregistré le record absolu national de chaleur vendredi 28 juin
La station météorologique de Gallargues-le-Montueux dans le Gard a enregistré le record absolu national de chaleur vendredi 28 juin - © Dorian Dziadula _ Infoclimat
 

D'où vient cette valeur ?

45,9°C est la valeur relevée par la station de Gallargues-le-Montueux le 28 juin 2019 à 16 h 20, au plus chaud de l'après-midi.

Cette station du Gard fait partie du réseau professionnel d'observation en surface de Météo-France qui mesure de façon automatique la température et l'humidité sous abri.

Les mesures sont effectuées toutes les 6 minutes et transmises au centre Météo-France de Toulouse en temps réel ainsi que sur le système d'information de l'Organisation Météorologique Mondiale.

Peut-on s'y fier ?

Oui. Le réseau professionnel de Météo-France est soumis à des conditions particulièrement strictes d'installation des stations de mesure : les capteurs de température doivent être placés sous abri, la station elle-même doit être installée dans un endroit dégagé et le plus loin possible des surfaces urbanisées. En effet, l'environnement du thermomètre est décisif pour mesurer la température de l'air, et non celle du capteur. Un thermomètre de pharmacie, de voiture, mesure avant tout la chaleur de l'objet sur lequel il est posé ! Les mesures doivent donc répondre à des normes exigeantes.

Météo-France s'appuie sur une classification portée par l'Organisation Mondiale de la Météorologie qui classe les stations en 5 catégories où la classe 1 est optimale.

La station de Gallargues est classée 3. Cette catégorie s'explique par la présence d'un canal à 16 mètres du site. Le jour où le record a été enregistré, le canal n'a pu avoir aucune incidence sur la mesure de la température compte tenu de la situation météo, notamment de la direction du vent.

La fiabilité de la mesure est donc jugée bonne. Cette mesure a été expertisée par nos prévisionnistes, recoupée avec les valeurs mesurées dans les alentours. La station proche de Villevieille (30) a ainsi enregistré une température comparable de 45,4 °C. Le record de 45,9 °C a également été validé par l'OMM qui garantit la fiabilité des mesures.

Est-ce vraiment un record ? Peut-on trouver de telles valeurs avant le début des mesures ?

Globalement, on parle de records pour l'ère moderne à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, quand la qualité des mesures et des instruments permet de comparer les valeurs entre elles. On peut affirmer que les 45,9°C relevés le 28 juin dernier est une température qui n'avait encore jamais été mesurée en France. Avant cela, les mesures ne répondent pas aux normes actuelles et peuvent donc très difficilement être prises en compte.

La station de Gallargues-le-Montueux, ouverte en 1985, effectue des relevés de températures depuis plus de 30 ans. Dans l'ensemble de la région, de nombreuses stations, parfois centenaires, ont battu leurs records historiques. La station de Nîmes-Courbessac (30) ouverte en 1922 a ainsi enregistré 44,4 °C, battant à la fois son record historique et également l'ancien record national du 12 août 2003 de 44,1 °C. C'est aussi le cas d'Istres (13) ouverte 1920, qui a enregistré 44,3 °C.

La station centenaire du Mont-Aigoual ouverte en 1895, homologuée station centenaire par l'OMM pour la qualité de sa série de températures, a aussi enregistré ce vendredi 28 juin sa température maximale la plus élevée avec 29,9 °C à 1567 mètres d'altitude.

L'ensemble de ces données viennent confirmer le caractère historique de ce record de chaleur.

Certains articles mentionnent des températures de 50°C en 1930… Est-ce possible ?

Non. On parle de températures élevées jusqu'à 50°C le 28 août 1930 dans des coupures de presse. À cette date, Météo-France disposait de données fiables et mesurées dans de bonnes conditions. Ce jour-là, la température la plus élevée mesurée par nos stations est de 37°C au Cap Ferret. A Lyon, on a atteint 32,8°C. Des températures nettement au-dessus des normales, qui restent toutefois très loin des 50°C annoncés.

Dans l'ensemble de la base de données climatologiques de Météo-France, il n'existait pas de températures atteignant les 45°C avant le 28 juin dernier. Des mesures à 50°C ont pu être prises au soleil, sur un support surchauffé… Il ne s'agit pas d'une grandeur météorologique comparable aux données servant à l'analyse du climat en France.

 

Comment et pourquoi mesure-t-on
la température ?

L'observation des phénomènes atmosphériques est un préalable indispensable à la prévision du temps et à l'étude du climat. Elle est essentielle pour initialiser et valider les modèles de prévision numérique du temps et pour calculer les références climatiques permettant de caractériser le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes. L'observation du temps et la conservation du patrimoine climatologique fait partie des missions historiques de Météo-France.

Les pays membres de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) se sont réparti les observations à effectuer et les mettent à disposition de tous. Météo-France observe le temps en métropole et dans les départements d'outre-mer.

L'enjeu pour analyser le climat est d'avoir des valeurs fiables et comparables entre elles. Pour cela, il faut s'assurer des conditions de mesures. La température est mesurée sous abri entre 1 m 50 et 2 m au dessus d'un sol naturel représentatif de la région, et dans un environnement dégagé.

C'est l'OMM, l'Organisation Mondiale de la Météorologie, qui a pour mission d'élaborer les normes relatives à l'observation de l'état de l'atmosphère et les protocoles de transmission de l'information météorologique.

Dans ce cadre, Météo-France exploite aujourd'hui pour la climatologie environ 1 000 stations en métropole fournissant des données en temps réel. Le système d'observation de Météo-France a atteint après dix années d'automatisation et un programme de déploiement de radars débuté il y a vingt ans un niveau de qualité et de performance remarquable.

 

Actualité par Météo-France