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Le cyclone Kenneth frappe les Comores et le Mozambique

25/04/2019

Après avoir été baptisé le mardi 23 avril près de la pointe nord de Madagascar, la tempête tropicale Kenneth s'est ensuite renforcée en se déplaçant vers l'ouest dans la partie nord du canal du Mozambique, devenant, le mercredi 24, le 10e cyclone tropical de la saison sur le bassin océan Indien Sud-Ouest. Sur ce bassin, la saison 2018/2019 est ainsi la plus active en nombre de cyclones depuis la saison record 1993/1994, qui en avait aussi connu une dizaine.

Un cyclone tropical intense

Rencontrant des conditions favorables à son développement (en particulier des températures de surface de la mer plus chaudes que la normale et des conditions atmosphériques de grande échelle favorisant la convection), Kenneth a pu s'intensifier jusqu'au stade de cyclone tropical intense*, atteignant un maximum d'intensité le jeudi matin vers 06 UTC, avec des caractéristiques extrêmement rares pour la partie nord du canal du Mozambique : vent maximum moyenné sur 10mn : 115 noeuds soit 215 km/h ; rafales maximales estimées : 305 km/h ; pression au centre : 934 hPa.

Plus généralement, pour l'ensemble de l'océan Indien Sud-Ouest, il est très rare d'observer un cyclone d'une telle intensité à une date aussi tardive dans la saison cyclonique, qui s'échelonne traditionnellement de novembre à avril (nous sommes à la toute fin de la saison !).


Animation du satellite MSG4, canal visible, haute-résolution, ce 25 avril 2019 de 5 h à 13 h UTC, montrant le cyclone tropical intense Kenneth entre son pic d'intensité et son approche finale des terres du nord du Mozambique. © Météo-France.
(Cliquer sur l'animation pour l'agrandir)

L'île de Grande-Comore durement impactée

Dans la nuit de mardi à mercredi, l'œil du cyclone Kenneth a frôlé de très près la pointe nord de l'île de Grande-Comore (île principale de l'archipel des Comores), passant à près de 20 km des terres, avec des rafales estimées à plus de 200 km/h près de l'œil au moment de son passage. Des pluies torrentielles et des vents violents se sont abattus sur l'île.
La station météo de l'aéroport international de Moroni (capitale des Comores), relativement « abritée » sur la côte ouest de l'île, a relevé 214 mm de pluie et une rafale à 120 km/h (sachant que le vent a probablement soufflé bien plus fort sur le relief ou les côtes plus exposées de l'île, où les 200 km/h ont probablement été tutoyés).

Un cyclone d'une intensité exceptionnelle pour le nord du Mozambique

Après avoir touché Grande-Comore, le cyclone tropical intense Kenneth a continué sa route vers les côtes nord du Mozambique ce jeudi 25 avril, touchant terre en cette fin de journée de jeudi à environ 100 km au nord de la ville de Pemba, capitale de la province de Cabo Delgado, avec des vents proches de 200 km/h et des rafales maximales de l'ordre 280 km/h au niveau de la zone d'impact (encore donc au stade de cyclone tropical intense au moment de toucher terre, bien qu'un peu moins fort qu'au moment de son pic d'intensité).
 
La marée de tempête (ou surcote) associée au cyclone est aussi particulièrement forte, avec des estimations allant jusqu'à 3 à 5 mètres sur les côtes du Mozambique situées juste au sud du point d'impact, ce à quoi il faut ajouter le déferlement de la houle cyclonique. S'ajoutant au vent violent et à cette marée de tempête particulièrement intense au voisinage immédiat de l'œil, des pluies diluviennes touchant une plus grande superficie sont prévues sur la province de Cabo Delgado, au nord immédiat de Pemba, faisant craindre d'importantes inondations.

La partie nord du Mozambique (et plus précisément la province de Cabo Delgado) n'a jamais été touchée par un cyclone tropical depuis au moins 60 ans ! C'est donc un phénomène météorologique tout à fait inhabituel et particulièrement dangereux pour les populations du nord du Mozambique.
Les seules tempêtes tropicales à avoir frappé la région dans les dernières décennies remontent à 1987 et 1969 (et ce n'étaient « que » des tempêtes, pas un cyclone de la puissance de Kenneth). Les quelques cyclones qui ont frappé le Mozambique dans le passé ont circulé plus au sud.

Le Mozambique avait déjà été meurtri par le cyclone Idai à la mi-mars, avec des dégâts catastrophiques, de nombreuses victimes et des inondations majeures sur les provinces situées un peu plus au sud que celles qui seront directement impactées par Kenneth.


Trajectoire observée (en noir) et prévue (pontillés rouges) du cyclone Kenneth, (source : Centre météorologique régional spécialisé de Météo-France La Réunion). © Météo-France.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Mayotte touché à la marge, par la périphérie sud de Kenneth

Le passage de Kenneth à environ 200 km au nord de Mayotte autour de la journée de mercredi a nécessité entre lundi soir et jeudi matin une pré-alerte cyclonique, ainsi qu'une vigilance pour vent fort, houle et orages.
Dans la nuit de mardi à mercredi, entre 0 h et 3 h locales, une bande périphérique de Kenneth (qui à ce moment était classé au stade de forte tempête tropicale) a traversé Mayotte, occasionnant une activité électrique intense : 1 285 éclairs dont 343 impacts de foudre ont été relevés sur le territoire. Une rafale de 93 km/h a été mesurée à Pamandzi.

Suivre l'évolution de Kenneth sur le site de Météo-France La Réunion.

*À titre de comparaison, l'intensité maximale atteinte par le cyclone tropical intense Kenneth serait digne d'un ouragan de catégorie 4 sur l'échelle de Saffir-Simpson dans le bassin atlantique, même si cette échelle n'est pas utilisée officiellement dans l'océan Indien Sud-Ouest.

 

Actualité par Météo-France