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Interview : Samuel Somot, chercheur pour Météo-France

01/02/2019

 

Samuel Somot, chercheur pour Météo-France et responsable d'une équipe de recherche au Centre national de recherches météorologiques (CNRM) a répondu aux questions du ministère de la Transition écologique et solidaire, afin d'expliquer en quoi consiste son métier.

 

  • Quelles sont vos missions ?

En tant que chercheur, faire progresser les connaissances, en particulier sur le climat de la région Méditerranée. Je travaille pour cela essentiellement avec des outils de modélisation du climat à fine échelle. Le climat méditerranéen sur lequel portent mes recherches est un climat de transition entre l'Europe et l'Afrique. Je cherche à analyser, comprendre et anticiper ses variations, j'étudie également les tendances passées pour tenter de mieux cerner les évolutions futures attendues. On pense aujourd'hui en particulier que le climat méditerranéen va se réchauffer au XXIe siècle plus fortement que la moyenne des autres régions du globe et qu'il va s'assécher. Grâce à de nombreuses collaborations nationales ou internationales, je contribue aussi à l'étude des événements extrêmes tels les précipitations intenses en automne, les canicules sur terre ou en mer, les « médicanes » (sorte de petits cyclones tropicaux qui se produisent en Méditerranée), les tempêtes et les vents violents associés.

En tant que responsable de l'équipe de recherche, j'ai pour mission de coordonner les actions visant à modéliser, mieux comprendre et anticiper les climats régionaux sur plusieurs régions du globe, avec différentes méthodologies. J'encadre une équipe de 10 personnes employées par Météo-France, le CNRS ou sur contrats à durée déterminée (CDD, thésards). Il y a beaucoup de turn-over.  Par ailleurs, pour les autres services de Météo-France hors laboratoire, je suis expert référent sur les questions de climat régional en particulier sur la France. À travers ce rôle d'expert, je peux être amené à aider les décideurs à adapter leurs activités en fonction d'un climat changeant (du fait des activités humaines notamment). Par exemple, le ministère peut être amené à adapter des normes et directives en fonction des résultats des recherches menées dans l'équipe.

  • Qu'est-ce qui vous plaît le plus ?

La recherche me passionne depuis mes études et cela fait 15 ans que j'exerce dans ce métier. J'apprécie de travailler sur le long terme tout en progressant constamment et d'avoir une vision globale de l'ensemble des activités de recherche et non pas morcelée. Étape par étape, avec les membres de mon équipe, nous construisons une expertise unique en France. J'aime aussi travailler avec des gens passionnés dont beaucoup de jeunes plein d'idées et d'idéaux mais également de nombreux chercheurs dans les autres laboratoires européens, ce qui est très stimulant au quotidien. En outre, la recherche est un métier ouvert basé sur de nombreux échanges et communications entre les chercheurs d'un même laboratoire ou d'une même thématique. Enfin, le climat étant un sujet sociétal majeur, je suis parfois amené à informer directement des décideurs dont les choix impactent les citoyens et la manière de vivre en société.

  • Quels sont les principaux défis ?

Actuellement dans le domaine de la modélisation régionale du climat, j'identifie deux défis majeurs : d'une part, il faut passer à la très haute résolution pour représenter les phénomènes atmosphériques tels que les orages de façon très fine, jusqu'à l'échelle du kilomètre, en développant une nouvelle génération de modèles climatiques qui tourneront sur les super-calculateurs de demain. D'autre part, nous devons également être capables de simuler à haute résolution tous les comportements du système climatique d'une région d'intérêt : atmosphère, mer, fleuves, particules atmosphériques, activités humaines (irrigation, barrages, aérosols,…). Enfin, il faut maintenant s'engager dans une transmission vulgarisée des connaissances accumulées. En particulier, synthétiser les incertitudes des scénarios futurs d'évolution du climat de manière exploitable pour les décideurs, est un défi de communication. Par ailleurs en recherche, un défi récurrent est la compétition internationale : il faut se maintenir au plus haut niveau.

  • Avec qui travaillez-vous ?

Au quotidien, je travaille avec mon équipe composée de chercheurs, d'ingénieurs, d'étudiants, et aussi avec d'autres chercheurs, en particulier ceux qui travaillent sur les écosystèmes naturels ou les activités humaines impactées par le changement climatique. Au niveau européen, je travaille avec une communauté de recherche très structurée par des projets de grande envergure. Enfin, je travaille avec le service climatique national (équivalent du service météorologique) développé à Météo France.

  • Quel a été votre parcours ?

Un parcours classique de classes préparatoires à Marseille, suivi de l'École normale supérieure de Lyon, puis un master à Paris et une thèse en physique du climat à Toulouse. J'ai ensuite été recruté par Météo-France il y a 15 ans en tant que chercheur au CNRM. J'ai également effectué des visites scientifiques longues en Angleterre, au Canada et aux États-Unis, et depuis 3 ans, je suis responsable d'une équipe de recherche dans mon laboratoire. Je considère que bouger et voir ce qui se fait ailleurs pour acquérir des compétences au contact des meilleurs spécialistes du domaine fait partie intégrante du métier de chercheur.

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