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Vague de froid en Amérique du Nord

31/01/2019

Une coulée d'air arctique s'est mise en place en cette dernière semaine de janvier depuis le centre du Canada vers le Midwest des États-Unis.

Une masse d'air extrêmement froide, initialement prépositionnée sur le centre-nord du Canada (vers le Nunavut) depuis déjà plusieurs jours, a été transportée dans un flux de nord à nord-ouest en direction du Midwest américain, pilotée par un vaste minimum dépressionnaire de grande échelle situé entre le centre et l'est du Canada*.

Étienne Kapikian, ingénieur prévisionniste à Météo-France, nous explique les raisons de ce phénomène :

 

Ce froid est associé à des vents soutenus, ce qui aggrave le ressenti glacial : températures sous abri de l'ordre de -25 à -40 °C, voire -45 °C côté canadien, mais avec un indice de refroidissement éolien ou « température ressentie » plutôt entre -35 et -50 voire -55, un niveau particulièrement dangereux pour l'être humain.

Certaines villes du nord des États-Unis ont par ailleurs approché les records historiques de froid, comme dans la région de Chicago, où il n'avait pas fait aussi froid depuis plus de 20 à 30 ans pour certaines villes.

Animation de la température de l'air à 850 hPa et géopotentiel à 500 hPa entre le  27 à 00 UTC et le  31 janvier 2019 à 09 UTC
Animation de la température de l'air à 850 hPa et géopotentiel à 500 hPa entre le 27 à 00h00 UTC et le  31 janvier 2019 à 09h00 UTC - © Modèle du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, développé en partenariat avec Météo-France.
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Un froid d'une intensité localement exceptionnelle

À Chicago

Températures mini/maxi exceptionnelles le 30 janvier 2019 à Chicago (aéroport O'Hare) :

  • Tmin : -30,6 °C, la plus basse température depuis le record absolu de froid datant d'il y a 34 ans (-32,8 °C le 20/01/1985)
  • Tmax : -23,3 °C, 3e après-midi la plus froide jamais vue (et la plus froide depuis 25 ans), seulement devancée par les -23,9 °C des 18/01/1994 et 24/12/1983.

Ces températures se situent 23 à 24 degrés sous les moyennes climatologiques de janvier (normale Tmin/Tmax à Chicago : -8 °C/+1 °C) !

Par ailleurs, avec un vent moyen proche de 30 km/h, l'indice de refroidissement éolien (parfois appelé « température ressentie ») est descendu jusqu'à -47, soit le 5plus bas refroidissement éolien à Chicago depuis 1929 (le record étant de -51 le 10/01/1982).

Carte des températures à 2 m relevées le 30 janvier 2019 au matin. On voit les 31 °C à Chicago
Carte des températures à 2 m relevées le 30 janvier 2019 au matin. On voit les -31 °C à Chicago - © Modèle du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, développé en partenariat avec Météo-France.
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Autres températures minimales remarquables (nord des États-Unis ou sud du Canada) :

  • -47,7 °C à Geraldton (Ontario, sud Canada) le 28/01, à 2,5 °C de son record absolu de -50,2 °C le 31/01/1996, date à laquelle il faut remonter pour y observer un froid plus intense ;
  • -45 °C à Kabetogama (Minnesota) le 27/01, température la plus basse de cet épisode aux USA ;
  • -43 °C à International Falls (Minnesota) le 27/01 (ce n'est pas un record) ;
  • -35 °C à Waterloo (Iowa) le 31/01, pas loin de son record absolu de -36,7 °C le 16/01/2009 ;
  • -35 °C à Rockford (Illinois) le 31/01, record absolu historique battant les -32,8 °C du 10/01/1982 ;
  • -36,1 °C à Moline (Illinois) le 31/01, record absolu historique battant les -33,3 °C du 03/02/1996 ;
  • -34,4 °C Cedar Rapids (Iowa)  le 31/01, record absolu historique battant les -33.9°C, 15/01/2009

Maximale diurne de -28,3 °C (au « meilleur » de la journée !) à Rochester (Minnesota) le 30/01, un record pour une 2e quinzaine de janvier dans cette localité.

Redoux temporaire prévu ce week-end avant un nouveau retour du froid

Cette vague de froid se caractérise surtout par son intensité, mais pas par sa durée : en effet elle sera interrompue sur le nord des États-Unis dès ce week-end, avec une nette remontée des températures liée à l'arrivée d'air très doux par le sud (Chicago pourrait gagner 30 à 40 degrés en 3 jours d'ici dimanche, avec des températures se rapprochant des 10 °C !). En revanche, l'air froid restera en embuscade côté canadien et pourrait envahir de nouveau une partie des États-Unis plus tardivement en cours de semaine prochaine mais a priori sans atteindre l'intensité actuelle.

Il faut aussi noter que d'autres régions d'Amérique du Nord connaissent au contraire des températures au-dessus des normales de saison en cette fin janvier, en particulier toute la façade occidentale du continent, de la Californie jusqu'en Alaska en passant par l'Ouest canadien.

Carte des températures relevées à 2 m le 31 janvier 2019 à 00 UTC
Carte des anomalies de température à 2 m relevées à 2 m le 31 janvier 2019 à 00 UTC - © Climate Reanalyzer.

(Cliquer sur la carte pour l'agrandir)

* Ce vaste minimum dépressionnaire associé à de l'air très froid est parfois appelé un « vortex polaire troposphérique » (terme un peu abusivement utilisé par les médias dans le sens où il s'agit du détachement d'une zone de tourbillon associé à de l'air froid depuis les latitudes arctiques vers les moyennes latitudes. De telles invasions d'air froid arctique aux moyennes latitudes sont liées à de fortes ondulations du courant-jet et peuvent être favorisées dans les semaines suivant l'éclatement du vortex polaire stratosphérique comme cela s'est produit vers le Nouvel An.

Actualité par Météo-France