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Décryptage : l’Europe au régime « blocage scandinave »

14/12/2018

Après une première décade de décembre marquée par un flux océanique omniprésent, apportant une grande douceur et un temps agité sur la France et ses environs, la configuration météorologique a changé en cette mi-décembre à l'échelle de l'Europe. De hautes pressions se sont installées sur l'Europe du Nord, et des dépressions plus en retrait sur le proche-Atlantique qui ont tendance à s'enfoncer vers le bassin méditerranéen. Cela amène un temps plus froid au voisinage de la France, en lien avec un flux plus continental.

Ces types de configurations météorologiques peuvent se classifier en des « régimes de temps » caractéristiques, bien connus par les climatologues :

- le flux océanique de la première décade était typique d'un régime NAO+ (oscillation nord-atlantique positive, marqué par des dépressions plus intenses que la normale sur l'Atlantique Nord et sur la frange nord-ouest de l'Europe).

- la situation de cette mi-décembre est typique d'un « blocage scandinave » (anomalie de hautes pressions vers la Scandinavie).

Pression réduite au niveau de la mer (en hPa) issue du modèle ARPEGE de Météo-France, superposée à l'image satellite MSG4 composition colorée, ce 14 décembre 2018 à 12h UTC. On y voit une puissante dépression sur l'Atlantique Nord (<960 hPa), une autre dépression circulant en Méditerranée occidentale près des côtes du Maghreb (baptisée « Flora ») et un anticyclone sur la Fennoscandie (>1035 hPa) symptomatique d'une configuration de « blocage scandinave ».
Pression réduite au niveau de la mer (en hPa) issue du modèle ARPEGE de Météo-France, superposée à l'image satellite MSG4 composition colorée, ce 14 décembre 2018 à 12h UTC. On y voit une puissante dépression sur l'Atlantique Nord (<960 hPa), une autre dépression circulant en Méditerranée occidentale près des côtes du Maghreb (baptisée « Flora ») et un anticyclone sur la Fennoscandie (>1035 hPa) symptomatique d'une configuration de « blocage scandinave ». - © Météo-France.
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Deux autres principaux régimes de temps existent :

  • le régime « NAO- » ou oscillation nord-atlantique négative, caractérisé par des basses pressions plus faibles que la normale à proximité de l'Islande et des dépressions plus actives plus au sud au voisinage des Açores;
  • le régime « dorsale atlantique », caractérisé par des hautes pressions sur le proche atlantique et des basses pressions sur le continent européen.

(cf. cartes schématiques en fin de page)

Il est intéressant de noter que ce régime de temps « blocage scandinave » (ou une variante s'en rapprochant) aura été particulièrement récurrent en cette année 2018, en particulier depuis la fin du printemps. On se souvient par exemple de la fin du printemps et d'une partie de l'été où le sud-ouest de l'Europe était sous des dépressions orageuses tandis qu'une bonne partie nord et centrale du vieux continent battait des records de chaleur et de sécheresse.

Il faut aussi remarquer que ces hautes pressions scandinaves sont associées à des anomalies chaudes sur le continent en saison estivale mais plutôt à des anomalies froides en saison hivernale (comme en cette mi-décembre), du fait d'une continentalisation plus forte des vents (chauds l'été, froids l'hiver).

anomalie moyenne de la pression réduite au niveau de la mer et du géopotentiel à 500 hPa observée du 1er janvier au 11 décembre 2018. On y voit une anomalie positive de pression (anticyclonique) sur la Fennoscandie combinée à une anomalie négative (dépressionnaire) de l'Atlantique Nord à l'Europe méridionale et à la Méditerranée.
Anomalie moyenne de la pression réduite au  niveau de la mer  observée du 1er janvier au 11 décembre 2018. On y voit une anomalie positive de pression (anticyclonique) sur la Fennoscandie combinée à une anomalie négative (dépressionnaire) de l'Atlantique Nord à l'Europe méridionale et à la Méditerranée. - © NOAA ESRL PSD (www.esrl.noaa.gov).
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En France (et en Europe), l'empreinte de cette récurrence de régime de temps sur l'année 2018 se voit en particulier sur la répartition des précipitations (nombre de jours de pluie excédentaire au sud, déficitaire au nord) ou sur l'ensoleillement (excédentaire au nord, comme par exemple au Touquet qui a dépassé ce jeudi 13 décembre la barre des 2000 heures de soleil cumulées sur l'année, ce qui ne s'était produit qu'en 2003 et 1959). Ce régime de temps a aussi participé, aux côtés d'autres configurations météorologiques, à la chaleur exceptionnelle de la saison chaude sur l'Europe (période avril-octobre de très loin la plus chaude jamais vue à l'échelle du continent) et à cette année exceptionnellement chaude sur la France, même si d'autres régimes de temps y ont aussi contribué (NAO+ en janvier par exemple).

Écart à la moyenne annuelle du nombre de jours avec plus de 1 mm de précipitation Rapport à la moyenne annuelle de la durée d'ensoleillement
(Cliquer sur chaque illustration pour l'agrandir)

 

Principaux régimes de temps hivernaux sur l'Atlantique Nord et l'Europe décrits par leurs anomalies respectives d'anomalies de géopotentiel à 500 hPa. À noter qu'il existe aussi une variante estivale à ces quatre principaux régimes de temps (non présentés ici).
Principaux régimes de temps hivernaux sur l'Atlantique Nord et l'Europe décrits par leurs anomalies respectives d'anomalies de géopotentiel à 500 hPa. À noter qu'il existe aussi une variante estivale à ces quatre principaux régimes de temps (non présentés ici). - © Météo-France
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Actualité par Météo-France