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Tempêtes et blizzards sur le nord-est de l’Amérique du Nord

15/03/2018

Trois tempêtes successives, appelées « nor'easter », ont touché le nord-est des États-Unis et l'est du Canada depuis le début du mois (les 1-3 mars, 6-8 mars, 12-14 mars). Celles-ci ont généré à leur passage de fortes intempéries (pluie, vent, neige) sur les États bordant le littoral nord-est du continent nord-américain. Cette succession de fortes tempêtes, avec des hauteurs de neige parfois remarquables, est exceptionnelle à cette période de l'année.
Images satellites GOES-16 des 3 tempêtes. (Via CIRA-RAMMB, from @Chris Dolce sur Twitter).
 

Un défilé de nor'easters

Les nor'easters sont des dépressions longeant la côte est du continent, depuis le nord de New-York jusqu'au Canada, suffisamment creuses pour donner des conditions tempétueuses. Ils surviennent lorsque des vents de composante nord-est touchent les côtes nord et est des États-Unis, sur le flanc nord-ouest d'un vaste système dépressionnaire dont le minimum se trouve en mer. Ces tempêtes peuvent se produire à n'importe quelle période de l'année, même si elles s'avèrent plus violentes et fréquentes de septembre à avril. Elles se développent à des latitudes situées entre 30° et 40° (entre les États de la Géorgie et du New-Jersey), caractérisées par un minimum dépressionnaire généralement très proche de la ligne côtière. Elles continuent alors à s'intensifier rapidement tout en progressant vers le nord-est, pour atteindre leur intensité maximale sur la Nouvelle Angleterre* ou les provinces maritimes du Canada. 
 
La phase de « cyclogenèse explosive» (développement et intensification rapide du système dépressionnaire) est favorisée, surtout autour de la période hivernale, par un contexte de fortes variations longitudinales de températures, entre l'air arctique qui s'écoule depuis les grandes plaines nord-américaines vers la côte atlantique et les courant chauds et humides qui remontent à l'avant depuis le golfe du Mexique et la Floride le long du Gulf Stream.
 
Si le système dépressionnaire draine un vaste front sur l'Atlantique, c'est l'enroulement autour du minimum dépressionnaire, s'accompagnant de vents de nord-est, qui occasionne les intempéries sur le continent. Des bandes de fortes précipitations s'y développent. Associées à l'invasion d'air polaire, elles se produisent généralement sous forme de neige modérée à forte dans l'intérieur des terres. La neige peut également atteindre le littoral et y tomber parfois fortement. Les vents tempétueux sur le littoral contribuent alors à des conditions de blizzard**.
 
Le troisième nor'easter (12-14 mars) s'est par exemple développé à partir des résidus d'un système perturbé ayant traversé une grande partie des États-Unis. La phase de réintensification et de développement de la tempête s'est opérée aux larges des côtes des Caroline en première partie de journée du 12, le renforcement se prolongeant durant le parcours du minimum vers le large de la Nouvelle Angleterre* en journée du 13 mars. Ce système stationne encore aujourd'hui entre Québec et Terre-Neuve.
 
Pour suivre l'évolution de la situation, consulter le site du Service météorologique américain.
Animation des champs de pression au niveau de la mer et de masse d'air issus du modèle CEP du 12 à 12 h UTC au 14 mars 2018 à 12 h UTC. © Météo-France.
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Rafales de vents, inondations et chutes de neige 

Ces trois tempêtes successives ont apporté leur lot de phénomènes violents : vents tempétueux, fortes pluies et inondations liées également à une élévation du niveau de la mer, chutes de neige.
 
  • 1-3 mars : 
Vent : rafales généralisées de 80 à 100 km/h le long des côtes de la Virginie au Massachusetts où une rafale proche de 150 km/h a été mesurée.
Hauteurs de neige : l'État le plus touché a été celui de New-York (30 à 60 cm sur l'État de New-York, moins de 10 cm sur la métropole de NYC) et, à un degré moindre, la périphérie (notamment 25 à 50 cm sur une partie nord de la Pennsylvanie).
Cumuls de précipitations : jusque 150 mm dans le Connecticut.
 
  • 6-8 mars :
Vent : inférieurs à 100 km/h en rafales.
Hauteurs de neige : de 25 à 50 cm sur une grande partie de l'État de New-York et la Nouvelle Angleterre*, avec localement des hauteurs supérieures à 75 cm (près d'un mètre dans le Vermont).
Cumul de neige lors du nor'easter du 6-8 mars 2018 (1 inch = 2,54 cm). © NOAA/NWS
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  • 12-14 mars :
Vent : rafales généralisées supérieures à 100 km/h, principalement sur la partie côtière du Massachusetts (rafale maximale de 130 km/h).
Hauteurs de neige : chutes de neige remarquables avec souvent de 40 à 70 cm généralisés sur le Maine, le Massachusetts, le New Hampshire, une partie sud du Vermont (chutes de neige encore en cours sur le nord de la Nouvelle Angleterre*), 20 à 50 cm en général sur l'État de New-York. Il est notamment tombé 37 cm sur Boston en 24 heures le 13 mars, soit la plus forte valeur quotidienne pour un mois de mars. D'autres valeurs exceptionnelles ont pu être relevées sur la zone. 
 

Une situation inédite à cette période de l'année

En hiver, la côte Est des États-Unis subit régulièrement ces phénomènes de fortes chutes de neige et de blizzard. En revanche, de telles conditions météorologiques à cette période de l'année (mi-mars) restent remarquables. Jamais une succession aussi rapide de tempêtes n'avait frappé la côte nord-est des États-Unis à cette période de l'année, à la suite d'un hiver où il y en eu peu***. L'année passée déjà, une tempête de grande ampleur avait affecté ces régions les 13 et 14 mars, apportant par exemple une vingtaine de centimètres de neige à New-York et Boston.
Une nouvelle tempête pourrait se développer dans le courant de la semaine prochaine.
 
*La Nouvelle Angleterre regroupe les États du Maine, du Vermont, de New Hampshire, du Massachusetts, du Connecticut et de Rhode Island.
**Le blizzard est la conjonction de vents et/ou rafales de vents fréquents de 56 km/h ou plus et de chutes de neige conséquentes réduisant la visibilité à moins de 400 m durant au moins 3 heures (source : NOAA). 
***La principale tempête de l'hiver est celle survenue les 4 et 5 janvier au cœur d'un épisode de grand froid. Elle apporta notamment 15 cm de neige sur Boston.

Actualité par Météo-France