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Crue de la Seine : quelle météo en 1910 ?

09/03/2016

En Île-de-France, le principal risque naturel est celui d'une crue majeure de la Seine, comme celle qui s'est produite au début du XXe siècle. Entre le 20 et le 28 janvier 1910, Paris connaît en effet une crue centennale : la Seine déborde et envahit les rues de la capitale, qui se transforment en canaux. Le 28 janvier 1910, le niveau du fleuve atteint une hauteur exceptionnelle : 8,42 m au Pont de la Tournelle et 8,62 m à la station de Paris-Austerlitz. La décrue commencera le lendemain, mais la Seine ne retrouvera son lit normal (moins de 2,5 m à Paris-Austerlitz) que le 16 mars.

 

Paris pont des Saints Pères inondé Janvier 1910          Paris pont d'Austerlitz Janvier 1910

Inondations de Paris, le 21 janvier 1910, un bateau est coincé sous le pont des Saints-Pères ;  La Seine au pont d'Austerlitz, de janvier à mars 1910. (Cliquer sur les images pour les agrandir)


Les météorologues parisiens du Bureau Central Météorologique de l'époque ont été les observateurs privilégiés de cet évènement. Dans son rapport au Directeur de 1910, le BCM déplore d'ailleurs les dégâts provoqués par la montée des eaux dans la bibliothèque de l'établissement : Une certaine quantité de volumes, rangés dans les salles du rez-de-chaussée, ont eu malheureusement à souffrir des inondations de janvier 1910. Le rapport précise cependant que, malgré les inondations, les observations n'ont pas été interrompues un seul jour au Bureau, même dans le jardin où on circulait en bateau.
Si des évènements de cette ampleur sont difficilement prévisibles, il est certain qu'un jour la Seine débordera à nouveau de son lit, comme lors de cette crue record. Pour se préparer à cette éventualité, la Préfecture de Police organise du 7 au 18 mars 2016 un exercice de gestion de crise, EU Sequana 2016, simulant une crue majeure en Île-de-France.

Un scénario réaliste

L'exercice repose sur une hypothèse réaliste, qui simule la montée des eaux de la Marne et de la Seine et leur débordement, entraînant des inondations.
Les conditions météorologiques jouent un rôle majeur dans la survenue de ce type d'évènement. Les prévisionnistes de Météo-France ont donc été sollicités en amont pour produire un jeu de bulletins météorologiques correspondant au scénario de l'exercice, proche de celui de la crue de 1910, et cohérents avec les bulletins du Service de Prévision des Crues. Les bulletins émis couvrent une large période entre le 15 février au 11 avril, avec un pas de temps quotidien pendant toute la période de montée supposée des eaux (29 février au 13 mars).

L'objectif est de recréer un contexte météorologique propice à la survenue d'une crue majeure, comme cela a été le cas en 1910.

Paris avenue Dausmenil inondée Janvier 1910
Paris inondé : avenue Daumesnil (Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Une situation particulière en 1910

Les conditions météorologiques à l'origine de la crue de la Seine en 1910 se sont mises en place dès l'automne précédent. Mais c'est la succession d'épisodes pluvieux en janvier  qui sera l'élément déclencheur de l'épisode. Les climatologues de Météo-France ont retracé la chronologie des évènements :

•    Des sols saturés dès la fin de l'année 1909

La fin de l'année 1909 a été très humide : les précipitations observées sur les quatre derniers mois étaient supérieures de 38% aux normales. Le mois de novembre a été assez sec, mais la faible évaporation à cette période a maintenu les sols humides et ainsi contribué à accélérer leur saturation en décembre. Décembre 1909 a été à la fois abondamment et régulièrement arrosé, avec un excédent de pluie de l'ordre de 50 %. Fin 1909, les cours d'eau du bassin de la Seine atteignaient déjà des niveaux élevés.

•    Un mois de janvier globalement très humide

En janvier 1910, les précipitations (pluies et neige) ont été fréquentes sur le bassin versant de la Seine : des cumuls de l'ordre 100 mm sur la moitié nord-ouest du bassin et de plus de 140 mm sur l'autre moitié, voire 250 à 300 mm dans le Morvan (*). Ces valeurs mensuelles élevées n'expliquent pas à elles seules l'ampleur sans précédent de la crue. C'est la succession d'épisodes pluvieux rapprochés au cours du mois sur des sols gorgés d'eau, combinée à la fonte de la neige sur un sol gelé (et donc limitant l'infiltration) qui a constitué l'élément déclencheur.
 

Bassin de la Seine en amont de Paris - Crue de 1910

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

•    Des épisodes pluvieux à répétition

Au cours du mois de janvier 1910, trois périodes perturbées distinctes apportant de la pluie et de la neige ont provoqué le phénomène de crue.

•    Le premier épisode, du 9 au 12 janvier, accompagné de précipitations modérées, a probablement contribué à saturer les sols sur une grande partie du bassin versant de la Seine.
•    Plusieurs perturbations actives se succèdent ensuite dans un rapide courant d'ouest du 17 au 20 janvier, générant des pluies très abondantes. En quatre jours, la moitié Nord du bassin de la Seine a recueilli 30 à 50 mm, la moitié Sud 60 mm à 100 mm, voire plus de 130 mm sur le Morvan. Ces cumuls sont exceptionnels en cette saison sur une durée aussi courte : ils correspondent sur la moitié Sud du bassin aux hauteurs relevées habituellement au mois de janvier.
•    Du 23 au 25 janvier, un troisième épisode a apporté des précipitations modérées sur l'ensemble du bassin amplifiant le phénomène de crue déjà amorcé. En deux jours, on relève 19 mm à Paris, 20 mm à Auxerre, 23 mm à Avallon et 36 mm à Bar-sur-Aube.

Depuis 1910, la Seine a connu deux autres crues majeures, toutefois moins importantes : en 1924 et 1955.

* normales mensuelles de précipitations (1971-2000) : 50 mm sur Paris et 170 mm sur le Morvan