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Décryptage : El Niño influence l’activité cyclonique mondiale

29/10/2015

Sécheresse en Amérique centrale ou en Afrique australe, précipitations intenses sur les côtes du Pérou et de l'Équateur, température moyenne à l'échelle du globe anormalement élevée … Le phénomène El Niño, qui affecte le climat mondial dans son ensemble, impacte également l'activité cyclonique à l'échelle planétaire : certaines zones océaniques enregistrent une activité plus faible que la normale alors que d'autres, comme le bassin Pacifique, connaissent des cyclones particulièrement dévastateurs. C'est le cas cette année, marquée par le développement d'un El Niño de forte intensité.


Une saison cyclonique 2015 record dans le Pacifique

L'ouragan Patricia, qui a frappé le Mexique le 23 octobre 2015, est le plus puissant jamais observé dans l'Est du Pacifique. Ce phénomène cyclonique exceptionnel est le dernier en date d'une longue série de cyclones de forte intensité qui ont pris naissance cette année dans l'océan Pacifique. Depuis le début  de l'année, on comptabilise en effet 25 cyclones tropicaux majeurs * dans le Pacifique (dont 15 dans le Pacifique Ouest et 10 dans le Pacifique Est), contre 13 en moyenne chaque année.  

Cette activité cyclonique particulièrement intense est liée à l'épisode El Niño très fort en cours. Fin septembre 2015, l'anomalie moyenne de température de surface de la mer atteignait +2,2°C dans la région de l'océan Pacifique équatorial servant à surveiller le phénomène (zone géographique dite "Niño 3.4" couvrant approximativement le centre de l'océan Pacifique équatorial).
 

El Niño et la Niña impactent l'activité cyclonique mondiale

Les cyclones sont des systèmes dépressionnaires qui se forment au-dessus des eaux chaudes de la zone intertropicale. Pour qu'un cyclone naisse et se développe, la température de l'océan doit être élevée dans les 60 premiers mètres. Une température élevée permet en effet une évaporation intense et des transferts d'humidité de l'océan vers l'atmosphère, qui alimente en énergie les cyclones.

On constate que l'activité des cyclones majeurs sur le Pacifique est corrélée avec la survenue d'épisodes El Niño et de son pendant la Niña, qui sont les deux phases opposées du phénomène couplé océan/atmosphère appelé ENSO (El Niño /Southern Oscillation). Lors des événements El Niño (qui correspondent à une anomalie chaude des eaux de surface au centre de l'océan Pacifique équatorial), on observe un excédent de cyclones majeurs sur l'ensemble du Pacifique. À l'inverse, les années la Niña sont marquées par une activité cyclonique moindre sur cette région.

Ce phénomène océanique de grande échelle influence également l'activité cyclonique au-dessus des autres bassins océaniques. Ainsi sur l'Atlantique les phénomènes El Niño sont défavorables à l'activité cyclonique. Depuis le début 2015, 3 cyclones seulement ont été observés, contre 6 en moyenne.  L'anomalie chaude du Pacifique a pour effet de modifier la structure verticale des vents sur l'Atlantique, qui agit elle-même sur la formation des systèmes cycloniques. Dans le Pacifique Sud, la Polynésie, généralement épargnée, est ainsi plus exposée au risque cyclonique en période El Niño. La Nouvelle-Calédonie est, quant à elle,  exposée en période La Niña.
 

Focus sur le Pacifique

Le graphique ci-dessous représente le nombre de cyclones majeurs observés chaque année dans le Pacifique Ouest et Est en fonction de la phase du cycle ENSO.

Les années pour lesquelles l'anomalie de température de surface de la mer (dans la zone Niño 3.4) est positive (respectivement négative) sont représentées en rouge (respectivement en. bleu).
La surface des disques reflète l'intensité de l'anomalie de température observée entre juin et décembre **. Les points les plus gros correspondent donc aux années où cette anomalie - chaude ou froide - a été la plus marquée.


Activité des cyclones majeurs sur le bassin Pacifique en lien avec l'ENSO
Télécharger le graphique agrandi en pdf (8 ko)


Lors des épisodes El Niño, on observe généralement plus de cyclones dans le Pacifique, aussi bien sur la partie occidentale que sur la partie orientale du bassin.  
Lors du dernier épisode El Niño majeur survenu en 1997, on avait ainsi observé 18 cyclones de catégorie 3 ou plus, 12 dans le Pacifique Ouest et 6 dans le Pacifique Est.
Lorsque les eaux du Pacifique tropical sont au contraire anormalement froides, l'activité cyclonique est beaucoup plus faible. C'est ce qui s'est produit par exemple en 1999, avec 7 cyclones seulement sur l'ensemble du bassin Pacifique.


* L'intensité d'un cyclone est déterminée par la force du vent. Les cyclones majeurs correspondent à des événements de catégorie 3 (vents supérieurs à 178 km/h), 4 (plus de 209 km/h) et 5 (au-delà de 252 km/h) sur l'échelle de Saffir-Simpson.
** entre juin et septembre pour 2015


A consulter :

- Notre actualité sur l'épisode El Niño en cours
- Notre dossier sur les cyclones
- Ouragan, cyclone, typhon : y-a-t-il une différence ?

 

Actualité par Météo-France