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Un épisode El Niño de très forte intensité

20/10/2015

L'évènement El Niño qui a débuté au début de l'année sur le Pacifique équatorial a continué à se renforcer régulièrement depuis le début du mois de mai. L'anomalie moyenne de température de surface de la mer atteint à la fin du mois de septembre la valeur de +2,2°C (Figure 1) dans la région de l'océan Pacifique équatorial servant à surveiller le phénomène (zone géographique dite "Niño 3.4" couvrant approximativement le centre de l'océan Pacifique équatorial). Cette anomalie correspond à un événement El Niño très fort.

 

Evolution mensuelle de l'anomalie de température de surface de l'océan Pacifique dans la zone Niño 3.4 depuis octobre 2013
Figure 1 : Evolution mensuelle de l'anomalie de température de surface de l'océan Pacifique dans la zone Niño 3.4 depuis octobre 2013 (source Mercator Océan)


Le phénomène, en place maintenant depuis plusieurs mois, influence sensiblement l'ensemble du système climatique océan-atmosphère, augmentant notablement son inertie. De ce fait, la prévisibilité des évolutions du système climatique est renforcée dans les régions tropicales. Les simulations des différents modèles de prévisions saisonnières de part le monde sont ainsi particulièrement cohérentes et unanimes pour prévoir que le phénomène El Niño devrait  atteindre un maximum d'intensité vers la fin de l' année puis commencera à faiblir en début d'année 2016. Il s'agit d'un schéma d'évolution temporelle "classique".
Cet épisode devrait très probablement figurer parmi les plus puissants observés depuis 1950, d'une intensité comparable à celui de l'hiver 1997-1998.
 

Anomalie de température de surface de l'océan Pacifique dans la zone "Nino3.4"
Figure 2 : Anomalie de température de surface de l'océan Pacifique dans la zone "Nino3.4" prévues par les modèles de l'ensemble EUROSIP (Météo-France, Centre Européen de Prévision Météorologique à Moyen Terme, Met Office, National Centers for Environmental Prediction). En pointillés bleus : les observations des mois passés, en jaune et orange : les prévisions pour les mois à venir. 50% des simulations se trouvent dans la partie orange foncé du panache, 15% supplémentaires dans chaque zone voisine en orange clair, et encore 8% supplémentaires dans chaque zone jaune. On constate que le panache est peu dispersé, ce qui  donne une bonne confiance dans l'évolution temporelle du phénomène. La probabilité est très forte que  l'anomalie de température se maintienne au dessus de +2°C dans les prochains mois et commence à décroitre en début d'année 2016.


 

Anomalies de température de surface des océans prévues pour le trimestre prochain (novembre-décembre-janvier)
Figure 3 : Anomalies de température de surface des océans prévues pour le trimestre prochain (novembre-décembre-janvier). Moyenne des modèles de l'ensemble EUROSIP (Météo-France, Centre Européen de Prévision Météorologique à Moyen Terme, Met Office, National Centers for Environmental Prediction). Du jaune au rouge, les zones de température de surface océanique supérieure à la normale, du bleu clair au bleu foncé les zones de température de surface océanique inférieure à la normale.
Le phénomène El Niño est clairement visible dans l'océan Pacifique au niveau de l'Equateur (eaux plus chaudes que la normale, en rouge).

 

Des conséquences au niveau planétaire

Le phénomène El Niño en cours a déjà profondément modifié le régime des précipitations autour du Pacifique, notamment dans l'archipel Indonésien, qui subit une importante sècheresse. Ses effets devraient s'étendre à d'autres régions du globe dans les prochains mois. Les conséquences classiques du phénomène sont un risque accru de sécheresse sur l'Amérique Centrale et le nord de l'Amérique du Sud ainsi que sur le sud de l'Afrique, et à l'inverse, un risque accru de précipitations supérieures aux normales sur le Mexique et le sud des États-Unis, sur le sud du Brésil, l'Uruguay et l'Argentine ainsi sur l'est de l'Afrique et le sud-est de l'Asie. Des précipitations intenses sur les régions côtières du Pérou et de l'Equateur se produisent généralement pendant un épisode El Niño.
La carte des précipitations prévues par les modèles de prévisions saisonnières de l'ensemble EUROSIP pour le trimestre prochain (Figure 4) confirme que la situation actuelle s'inscrit dans un schéma conforme aux statistiques.

 

Probabilité d'anomalies de précipitation prévues pour le trimestre prochain(novembre-decembre-janvier)
Figure 4: Probabilité d'anomalies de précipitation prévues pour le trimestre prochain(novembre-decembre-janvier) par la moyenne des modèles de l'ensemble EUROSIP (Météo-France, Centre Européen de Prévision Météorologique à Moyen Terme, Met Office, NationalCenters for Environmental Prediction). Du vert clair au vert foncé, les zones où les précipitations devraient être supérieures à la normale. Du marron au beige, celles où elles devraient être inférieures à la normale. En blanc,les zones où aucun scénario sec ou humide ne prédomine (le scénario normal prédomine ou les 3 scénarios sont équiprobables).



Le phénomène El Niño en cours a également profondément modifié la localisation des surfaces océaniques les plus chaudes. Or, c'est dans ces zones que naissent les cyclones. La saison cyclonique qui va débuter dans l'hémisphère Sud pourrait connaître une répartition inhabituelle des cyclones. Dans le Pacifique Sud, la Polynésie, généralement épargnée, est ainsi plus exposée au risque cyclonique en période El Niño.

Vers une température globale record en 2015 ?

Au niveau global, un phénomène El Niño est souvent associé à des années plus chaudes que la normale.
Les anomalies chaudes constatées depuis le début de l'année 2015 dans le Pacifique (intégrant aussi les effets de la PDO, l'Oscillation Décennale Pacifique, dans une phase positive depuis 2014*) conjuguées à un océan Indien également anormalement chaud pourrait ainsi contribuer à faire de 2015 une année record en termes de température moyenne globale.
Selon la NASA, la moyenne des températures planétaires du mois de septembre montre que l'année 2015 est toujours en lice pour devenir l'année la plus chaude depuis le début des relevés thermométriques (devant 2014, année record).


Pour en savoir plus sur les prévisions pour le trimestre à venir et le phénomène El Niño en cours, consulter le dernier bulletin de prévisions saisonnières et le site de Mercator-Ocean**, partenaire de Météo-France.


* L'oscillation décennale du Pacifique (PDO) est un phénomène d'oscillation des températures du Pacifique Nord, qui se produit à une fréquence plus faible  que les phénomènes ENSO (El Niño/ La Nina). Depuis 2014, la PDO est dans une phase positive forte, générant notamment des températures plus élevées que la normale le long des côtes ouest de l'Amérique du Nord


** Le Centre français d'analyses et de prévisions océaniques Mercator Océan fournit les états océaniques pour le modèle de prévisions saisonnières de Météo-France.

 

À consulter

- Notre dossier El Niño et La Niña

- Nos dernières prévisions saisonnières

 

Actualité par Météo-France