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Vers un épisode El Niño de forte intensité

28/08/2015

L'évènement El Niño qui a débuté au début de l'année sur le Pacifique équatorial a continué à se renforcer régulièrement depuis le début du mois de mai. L'anomalie moyenne de température de surface de la mer atteint à la mi-août la valeur de +2°C (Figure 1) dans la région de l'océan Pacifique équatorial (dite "boite Niño 3.4") utilisée pour analyser le phénomène. Si cette anomalie devait se maintenir à ce niveau au cours des 3 prochains mois, le seuil d'un événement El Niño fort serait atteint.

Evolution de l'anomalie de température de surface de l'océan Pacifique dans la boîte Niño 3.4
Figure 1 : Evolution de l'anomalie de température de surface de l'océan Pacifique dans la boîte Niño 3.4 (source Mercator).
(Cliquer sur la courbe pour l'agrandir).

 

Le phénomène, en place depuis plusieurs mois, influence maintenant sensiblement l'ensemble du système climatique océan-atmosphère, augmentant notablement son inertie. De ce fait, la prévisibilité des évolutions du système climatique, généralement meilleure à cette période de l'année, est encore renforcée. Les simulations des différents modèles de prévisions saisonnières de part le monde sont ainsi particulièrement cohérentes et unanimes pour prévoir la poursuite du renforcement du phénomène au cours des prochains mois. Les prévisions indiquent que le phénomène pourrait atteindre un maximum d'intensité en fin d'année, un schéma temporel "classique", et figurer parmi les plus puissants observés depuis 1950.

Anomalie de température de surface de l'océan Pacifique dans la "boite Nino3.4" prévues par les modèles de l'ensemble EUROSIP
Figure 2 : Anomalie de température de surface de l'océan Pacifique dans la "boite Nino3.4" prévues par les modèles de l'ensemble EUROSIP (Météo-France, Centre Européen de Prévision Météorologique à Moyen Terme, Met Office, National Centers for Environmental Prediction). En pointillés bleus : les observations des mois passés, en jaune et orange : les prévisions pour les mois à venir. 50% des simulations se trouvent dans la partie orange foncé du panache, 15% supplémentaires dans chaque zone voisine en orange clair, et encore 8% supplémentaires dans chaque zone jaune. On constate que 90% des simulations maintiennent l'anomalie au dessus de +2°C jusqu'à la fin de l'année. Plus de 50% d'entre elles dépassent +2.5°C à partir d'octobre. Il semble donc maintenant très probable que l'évènement en cours sera classé en intensité forte.

 

Anomalies de température de surface des océans prévues pour août septembre octobre
Figure 3 : Anomalies de température de surface des océans prévues pour le trimestre prochain (septembre-octobre-novembre). Moyenne des modèles de l'ensemble EUROSIP (Météo-France, Centre Européen de Prévision Météorologique à Moyen Terme, Met Office, National Centers for Environmental Prediction). Du jaune au rouge, les zones de température de surface océanique supérieure à la normale, du bleu clair au bleu foncé les zones de température de surface océanique inférieure à la normale.
Le phénomène El Niño est clairement visible dans l'océan Pacifique au niveau de l'Equateur (eaux plus chaudes que la normale, en rouge).

(Cliquer sur la carte pour l'agrandir).

 

Des conséquences au niveau planétaire

L'amplification des conditions El Niño au cours des derniers mois a déjà eu des impacts sur certains évènements actuellement en cours dans la zone Pacifique, comme l'importante sècheresse que connaissent l'Indonésie ou l'Amérique Centrale ou l'affaiblissement remarquable des alizés dans l'ouest du Pacifique. (voir dossier les conséquences d'un événement El Niño).

Vers une température globale record en 2015 ?

Au niveau global, un phénomène El Niño semble souvent associé à des années plus chaudes que la normale.
D'autres phénomènes peuvent également contribuer à l'augmentation des températures globales. C'est le cas de l'oscillation décennale du Pacifique (PDO), un phénomène d'oscillation des températures du Pacifique Nord qui se produit à une fréquence plus faible  que les phénomènes ENSO (El Niño/ La Nina). Or, la PDO est depuis 2014 dans une phase positive forte, générant des températures plus élevées que la normale le long des côtes ouest de l'Amérique du Nord (voir Figure 3).Un effet qui s'ajoute à celui du phénomène El Niño en cours et contribue en outre à le renforcer.

Or, d'après les chercheurs du Centre National de Recherche de Météo-France, les variations de température des eaux de surface du Pacifique sont la trace des cycles naturels de stockage d'énergie dans les profondeurs de l'océan puis de sa restitution en surface (voir communiqué de presse). Lorsque les eaux de surface du Pacifique sont anormalement chaudes, elles réchauffent donc l'atmosphère en lui restituant l'énergie emmagasinée jusque là dans les profondeurs océaniques.

Les anomalies chaudes constatées depuis le début de l'année dans le Pacifique conjuguées à un océan Indien également anormalement chaud pourrait ainsi contribuer à faire de 2015 une année particulièrement chaude.
L'agence américaine NOAA a d‘ores et déjà annoncé le  20 août dernier que les 7 premiers mois de l'année 2015 avaient été les plus chauds jamais observés à l'échelle du globe depuis 1880.

Pour en savoir plus sur les prévisions pour le trimestre à venir et le phénomène El Niño en cours, consulter le dernier bulletin de prévisions saisonnières et le site de Mercator-Ocean* (lien vers site Mercator), partenaire de Météo-France.



* Le Centre français d'analyses et de prévisions océaniques Mercator-Ocean fournit les états océaniques pour le modèle de prévisions saisonnières de Météo-France.