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Marée du siècle : quelles conditions météo ?

18/03/2015

(mis à jour le 20/03/15)

La première « marée du siècle » du 3e millénaire est prévue le 21 mars 2015. Elle affichera un coefficient1  de 119. Dans la baie du Mont Saint-Michel, l'un des endroits du monde où le marnage2 est le plus important, on attend en théorie 14,15 m d'écart de hauteur de la mer entre la pleine et la basse mer le 21 mars 2015. Le marnage moyen (correspondant à un coefficient de 70) y est de 8,7 m soit 5,45 m de moins. C'est en baie de Fundy au Canada que l'on peut observer le marnage le plus important sur la planète (jusqu'à 17 m).

Si le plus fort coefficient est attendu samedi, les grandes marées débutent dès jeudi 19 mars et s'achèveront lundi 23 mars. Les marées à fort coefficient sont à l'origine de courants plus forts et d'un niveau de la mer à marée haute plus élevé qu'en temps normal. Les conditions météorologiques peuvent amplifier ces phénomènes et les rendre dangereux. Ni dépression ni fort coup de vent ne sont attendus d'ici la fin du week-end. Le vent de nord à Nord-Est dominera avec quelques rafales entre 30 et 60 km/h près des côtes. Ce vent pourrait entraîner quelques débordements très limités lors des marées hautes de samedi et dimanche matin sur les côtes de mer du Nord, entre la frontière Belge et Calais. Coté ciel, les nuages domineront souvent dans une atmosphère fraîche pour la saison.

Pour plus de détails, consulter les dernières prévisions.

Une «marée du siècle» en moyenne tous les 18 ans

Le terme de « marée du siècle» est, comme l'indique le SHOM, en réalité « un peu abusif ». Ces marées de coefficients 119 ou 120 se produisent en moyenne tous les 18 ans. La dernière a eu lieu le 10 mars 1997 et les prochaines sont prévues les 3 mars 2033 et 14 mars 2051. De plus, les marées de coefficients autour de 115, plus fréquentes, présentent des marnages équivalents.

Marée et coefficient de marée

Le phénomène de marée résulte de l'attraction gravitationnelle de la Lune et du Soleil sur les mers et les océans. Les grandes marées se produisent à la faveur de facteurs astronomiques spécifiques (alignement des astres, position particulières sur leurs orbites…).
Le coefficient de marée1, calculé pour le port de Brest, par le Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM), représente l'ampleur de la marée par rapport à sa valeur moyenne. Il varie par convention entre 20 et 120. Plus le coefficient de marée est fort, plus le marnage2  est important : plus la mer monte haut et descend bas, et ce plus rapidement.

Les conditions météorologiques : un facteur d'amplification

La dangerosité des grandes marées peut être amplifiée par les conditions météorologiques. Des différences importantes peuvent en effet être constatées entre la hauteur d'eau imputable à la marée astronomique et la hauteur d'eau totale effectivement observée. Lorsque la hauteur d'eau est plus importante que celle imputable au seul coefficient de marée, on parle de phénomène de surcote (et de décote dans le cas inverse).  Cette différence est essentiellement d'origine météorologique et liée à trois processus principaux :

Schéma vagues-submersion

 

- la variation de la pression atmosphérique
L'atmosphère exerce une pression sur la surface de l'océan. Le niveau de la mer varie donc avec la pression atmosphérique. Lorsque cette dernière diminue localement, l'air appuie moins sur la surface de la mer à l'aplomb et le niveau de l'eau s'élève à cet endroit (cette élévation est estimée à 1 cm pour chaque hectopascal (hPa) en moins). La hauteur d'eau est donc accrue en situation dépressionnaire (surcote). C'est l'inverse en cas de conditions anticycloniques : lorsque la pression atmosphérique atteint par exemple 1023 hPa, soit 10 hPa de plus que la pression moyenne de référence (1013 hPa), la décote atteint 10 cm.
- le vent
Il génère, suivant sa direction et sa force, des courants qui peuvent provoquer une accumulation d'eau sur la côte en fonction de la configuration du littoral et de la bathymétrie (relief sous-marin).
- les vagues
En région littorale, elles affectent elles aussi le niveau de la mer. Elles produisent une élévation du niveau moyen sur la plage, qui représente environ 15 % de la hauteur des vagues au large (typiquement, de 10 cm à 1,5 m).

Depuis 2011, en cas de surcote présentant des risques pour le littoral, la carte de vigilance météorologique signale l'information. Lorsqu'un département est placé en vigilance vagues-submersion, une bande littorale de couleur jaune, orange ou rouge est matérialisée sur toute la longueur de la côte du département. En cas de vigilance orange ou rouge, le pictogramme de l'aléa vagues-submersion est affiché sur la bande littorale. Cette information est coproduite avec le SHOM.
 

Le cas de la tempête Xynthia

Les 27 et 28 février 2010, la tempête Xynthia a durement frappé la France. Du point de vue météorologique, Xynthia n'a pas atteint le caractère exceptionnel des tempêtes Lothar et Martin de décembre 1999 ou encore de Klaus en janvier 2009. Le centre de basses pressions et les forts vents associés à Xynthia ont en revanche provoqué une élévation du niveau de la mer (surcote) rarement atteinte, de l'ordre de 1,50 m à La Rochelle selon les observations réalisées par le SHOM. Xynthia est en effet arrivée sur les côtes françaises, dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 février, au moment de la pleine mer d'une marée d'équinoxe à fort coefficient (coefficient de 102)3 .
À la Rochelle, le 28 février 2010, la hauteur de la pleine mer attendue avec ce coefficient de 102 était de 6,49 m4 . Or, la hauteur d'eau totale a atteint en réalité 8,02 m, soit une surcote de 1,53 m.

Lire notre article sur la tempête Xynthia.

La Rochelle - grande marèe du 2 mars 2014          La Rochelle - 25 septembre 2014

La plus haute marée astronomique possible à la Rochelle est de 6,86 m. Malgré des quais à 7 m4 , les abords du centre de Météo-France (en arrière plan) sont plus ou moins submergés lors des grandes marées accompagnées de vents forts. Ici, à gauche lors de la grande marée de coefficient 115 du 2 mars 2014, la hauteur prévue était de 6,7 m avec une surcote de 0,3 m. À droite, la même vue le 25 septembre 2014, la peinture bleue sur les arbres matérialise la hauteur d'eau atteinte lors du passage de Xynthia.
© Météo-France / Michel Hontarrède - Benoît Binson

 

 1 Le coefficient de marée est un indicateur. Il est sans unité. Pour un même coefficient, la hauteur d'eau prédite par les calculs du SHOM peut varier de 30 à 50 cm dans un port.
 2 Marnage : différence de hauteur d'eau entre une pleine et une basse mer successives.
 3 Sur la côte atlantique, lors des grandes marées, les marées hautes ne se produisent jamais à midi mais plutôt le matin (4h-7h) et en fin d'après-midi (16h-19h). De plus, en hiver, la marée haute du matin est plus haute que celle de l'après-midi (c'est le contraire en été).
 4 Hauteur au-dessus du zéro des cartes marines.