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L'enneigement en montagne durant l'hiver 2010-2011

06/06/2011

 Bilan au 31 mai 2011

Copyright Météo-FranceCaractéristiques principales

Prometteur en début de saison,  l'enneigement de la saison 2010-2011 a été plus souvent décevant, surtout pour les Alpes du Nord, les Pyrénées et les massifs de moyenne montagne. Sur tous les massifs, le début d'enneigement est précoce. Fin novembre les valeurs d'enneigement sont partout conformes ou supérieures aux normales. La situation devient ensuite différente jusqu'en mars selon les massifs.

Sur les Alpes du Nord, la sécheresse (35 à 50% de déficit de précipitation de décembre à fin avril) maintient tout l'hiver des conditions d'enneigement nettement inférieures aux normales. Dans les Pyrénées, la sécheresse a été un peu moins marquée mais les épisodes perturbés, trop souvent accompagnés de douceur et de pluie à haute altitude, entraînent un enneigement très déficitaire en dessous de 2000 m.
Sur le Jura, les Vosges et le Massif-Central, les chutes de neige sont rares, le maximum d'enneigement se produit souvent en décembre et la neige disparaît pratiquement de ces massifs avant la mi-mars. Sur un grande partie nord des Alpes du Sud, l'hiver est moins sec, les chutes de neige régulièrement réparties permettent de maintenir, à partir de 1800 m, un enneigement très proche des valeurs normales.
Enfin, les massifs de Corse et du sud des Alpes du Sud sont les seuls à connaître un hiver plus enneigé que la normale presque tout l'hiver.
La fin de saison est alors la même pour tous les massifs. Les températures quasi-estivales du mois d'avril provoquent la fonte rapide de ces manteaux neigeux peu épais. La neige disparaît avec environ un mois d'avance et une couche continue ne persiste fin mai qu'en altitude, principalement en versants nord au-dessus de 2200 à 2500 m. 

Alpes du Nord

Le début de l'enneigement est précoce. Dès l'automne, les premières offensives de la neige semblent de bon augure. Fin novembre, un manteau neigeux s'est constitué en montagne, d'épaisseur conforme aux valeurs normales au-dessus de 1800 à 2000 m.
Pendant le mois de décembre, quelques perturbations se succèdent alternant entre de la neige à basse altitude et des épisodes de pluie jusqu'à plus de 2000 m. Ainsi, avant les vacances de Noël, l'enneigement est devenu faible vers 1200/1500m et toujours inférieur aux moyennes jusque vers 2500 m. Au-dessus de 2500 m, l'enneigement est alors tout juste conforme aux moyennes mais très irrégulier, conséquence de nombreux épisodes de vent fort.
En janvier et février, de solides conditions météorologiques anticycloniques s'établissent durablement. En conséquence, mi-février, à la veille des vacances d'hiver, l'enneigement est nettement déficitaire sur l'ensemble des Alpes du Nord, même sur les secteurs de haute altitude. Fin février, l'enneigement est l'un des plus faibles pour cette époque de l'année. Les conditions pour la pratique de la randonnée restent cependant correctes. En effet, la neige a persisté à assez basse altitude dans tous les versants ombragés et les fonds de vallon, les départs à skis sont généralement possibles dès 1000 à 1200 m.
En revanche, les pentes bien exposées au soleil sont le plus souvent déneigées jusqu'à 2200 à 2400 m. La qualité de la neige de surface est plutôt médiocre, le plus souvent irrégulière, dure ou croûtée. Les pentes où la neige est douce sont rares. Le mois de mars connaît quelques passages perturbés d'activité très inégale, insuffisants pour combler le retard accumulé.
En avril des conditions printanières très soutenues provoquent une érosion rapide du manteau neigeux et, en de nombreux points de mesures, on avait rarement connu de fin d'enneigement aussi précoce. En mai, la fonte s'est poursuivie sous l'effet d'un temps chaud et assez sec, maintenant en altitude des valeurs d'enneigement remarquablement faibles.
La principale cause de cet enneigement très déficitaire tout au long de la saison est la sécheresse remarquable de l'hiver. Le déficit de précipitation sur les 5 mois de décembre à avril varie de 35 à 50% selon les massifs. Pour tous les massifs des Alpes du Nord, cette période 2010/2011 se situe parmi les 7 plus sèches depuis 50 ans. Pour les Pré-Alpes, elle se situe parmi les 3 plus sèches depuis 50 ans et c'est même le record pour la Chartreuse.
Les températures particulièrement chaudes du mois d'avril à l'origine d'une fonte très précoce sont également à souligner. En effet, sur les relevés des stations automatiques Nivôse, la température moyenne du mois d'avril a dépassé de 3,5 à 4°C les valeurs normales, situant avril 2011 au deuxième rang des mois d'avril les plus chauds depuis 25 ans, après avril 2007.

Hauteurs de neige - Alpes du nord :
Grandes Rousses, 1860 m
Vanoises, 1970 m

Alpes du Sud

Le manteau neigeux commence à se constituer dès la fin octobre puis jusqu'au début décembre, une succession de perturbations dépose de la neige de plus en plus bas en altitude. Plusieurs chutes de neige se produisent encore en décembre mais ces épisodes sont souvent suivis de redoux où la pluie remonte temporairement à 2500 m.
A la fin de l'année l'enneigement reste déficitaire à basse altitude mais il est devenu conforme aux normales au dessus de 1800 à 2000 m et même excédentaire sur les massifs les plus au sud où les chutes de neige ont toujours été plus abondantes. Ce contraste s'accentue encore en janvier et février. Sur une large moitié nord et ouest un temps sec et de plus en plus doux prédomine, le manteau neigeux résiste bien en versant ombragé mais la neige fond progressivement dans les versants ensoleillés et aux plus basses altitudes. Sur les massifs du sud ainsi que sur la bordure frontalière jusqu'au Queyras, des chutes de neige répétées entraînent un accroissement régulier du manteau neigeux, les conditions anticycloniques n'y règnent que pendant la première quinzaine de février.
Le mois de mars est encore doux mais plusieurs épisodes perturbés maintiennent un enneigement correct en altitude et de plus en plus déficitaire en dessous de 1500 à 1800 m. Les chutes de neige ont été à nouveau plus abondantes sur les massifs les plus au sud et l'est du Queyras, les mieux enneigés. A la fin mars, les valeurs d'enneigement sont nettement excédentaires sur le Mercantour.
Changement brusque début avril avec l'installation d'un temps très chaud et très sec, l'isotherme 0°C remonte à 4000 m le 8 avril, provoquant une fonte très importante sur tous les massifs. A la fin du mois d'avril, l'enneigement est nettement inférieur aux valeurs normales pour la saison à toutes altitudes. En versant nord, la neige a presque disparu en dessous de 2000 m, mais l'épaisseur au sol atteint encore 50 cm à 1,50 m à 2500 m selon les massifs.
La fonte se poursuit au mois de mai pour ne préserver qu'un manteau neigeux peu épais en versant nord  au dessus de 2100 à 2500 m selon les massifs.
Pour les précipitations des 5 mois de décembre à avril, seuls les massifs les plus au sud du Mercantour et Haut-Var/Haut-Verdon présentent un léger excédent (7 et 12%). Pour tous les autres massifs, le cœur de l'hiver a été sec, le déficit de précipitation variant de 11 à 35%. C'est grâce à un début d'enneigement précoce que les valeurs d'enneigement sont restées le plus souvent conformes aux normales au dessus de 1800 à 2000 m jusqu'en mars.

Hauteurs de neige - Alpes du sud :
Mercantour, 1915 m
Thabor, 1860 m
 

Corse

Les premières chutes de neige se produisent le 17 octobre puis un enneigement durable se met en place en novembre. Fin novembre, l'enneigement est excellent en Corse avec une limite à 1300 m et des épaisseurs totales de neige avoisinant 40 cm à 1800 m et 140 cm à 2400 m.
Le mois de décembre est très agité les coups de froid neigeux et les redoux pluvieux parfois accompagnés de vents violents alternent, l'épaisseur de neige reste modeste mais le manteau neigeux devient compact et bien stabilisé.
En janvier, la douceur est majoritaire, les chutes de neige sont peu nombreuses, l'épaisseur de neige se maintient et atteint 40 à 60 cm à 1600 m et 180 cm à 2400 m à la station automatique de la Maniccia.
A partir de mi-février, la neige revient en force jusqu'aux premiers jours de mars. L'enneigement est alors conforme ou légèrement supérieur aux normales saisonnières. Vers 1600 m, on relève  50 cm sur le Cinto et jusqu'à 1m à 1,40m sur le Renoso. Un épisode de fortes pluies se produit au milieu du mois de mars provoquant une forte activité d'avalanches de neige humide puis la fin du mois est plus fraîche et plus calme ce qui limite la fonte du manteau neigeux.
A partir du mois d'avril, les conditions printanières l'emportent, sous l'effet d'un temps ensoleillé, très doux et particulièrement sec, la fonte du manteau neigeux s'accélère. Fin mai, au dessus de 2200 m, s'il ne reste que quelques traces de neige en versant sud, la neige est encore bien présente en versant nord.

Pyrénées

L'enneigement a été également déficitaire sur les Pyrénées cette saison, malgré un mois novembre prometteur.
Fin novembre, l'enneigement avait atteint celui d'un bon mois de janvier sur une grande partie ouest de la chaîne mais début décembre le temps s'est mis à la douceur et à la pluie, et la neige a fondu surtout à basse altitude. L'hiver ne s'en est jamais remis.
Jusqu'à mi-février, le temps a été sec avec des chutes de neige peu importantes. De plus, les quelques passages perturbés qui ont apporté des précipitations se sont parfois produit avec de la douceur et ont donc donné de la pluie. A ce régime l'enneigement a été très déficitaire en dessous de 2000 m, un des plus bas depuis le début des relevés qui remonte à 30 ans. Sur la moitié Est du massif, l'enneigement a été déficitaire à toutes altitudes.
A partir de mi-février, le temps est redevenu perturbé et les premières chutes de neige ont donné quelques jours très avalancheux. Les précipitations ont été abondantes surtout sur l'Ouest. Les hauteurs de neige, malgré parfois de la pluie à haute altitude, ont réussi à retrouver les niveaux de novembre.
Après une accalmie début mars, les précipitations ont repris au cours de la deuxième quinzaine mais toujours avec des températures si douces que la pluie tombait à haute altitude. A ce régime, les hauteurs de neige en dessous de 2000 m ont baissé rapidement pendant tout le mois de mars et des avalanches de neige humide ont parfois atteint des routes.
Enfin, si le mois de mars a été doux, le mois d'avril a été carrément chaud, voire estival. Dès le 10 avril, la neige a en grande partie disparu en dessous de 200m avec 3 semaines d'avance. La fonte ralentit un peu fin avril pour reprendre de plus belle en mai. Avant le 25 mai, la neige remonte au dessus de 2500 m d'altitude. A cette altitude, depuis 16 ans, une disparition de la neige aussi précoce ne s'était rencontrée qu'en 2006.

Hauteurs de neige - Pyrénées :
Canigou, 2140 m
Haute-Bigorre, 1745 m

Vosges

Les premiers flocons tombent début novembre puis l'hiver ne tarde pas à s'affirmer : 40 à 50 cm viennent recouvrir les crêtes des Hautes-Vosges et du Nord du massif entre le 23 et le 30 novembre, tandis que le Ballon d'Alsace est particulièrement bien servi avec pas moins de 80 cm de neige ; le sol blanchit jusqu'en plaine.
Dans une ambiance glaciale, cette poudreuse résiste sans peine jusqu'au premier redoux pluvieux à partir du 6 décembre réduisant alors le manteau neigeux à une hauteur de 15 à 30 cm solidement tassés sur les crêtes. Froid et neige prennent leur revanche en milieu de mois, et ce sont alors à nouveau 60 à 80 cm qui se déposent sur le massif en l'espace de trois jours, la neige tombant jusqu'en plaine. La couche atteint ainsi 1,15 m d'épaisseur au Ballon d'Alsace le 19 décembre. Les températures polaires et quelques épisodes neigeux ponctuels préservent le manteau pour de fêtes de fin d'année dans un paysage de carte postale.
Ensuite, dès le début de l'année 2011 le redoutable couple pluie/douceur s'acharne sur la neige dès le 7 janvier, la fait disparaître pour le reste de la saison au-dessous de 800 m et fait reverdir les chaumes. Seuls deux épisodes neigeux permettront à nouveau de recouvrir l'herbe. Le premier le 21 janvier apporte 30 à 40 cm de neige qui vont persister jusqu'au début février. Le quatrième et dernier assaut de l'hiver est bien timide mais coïncide avec les vacances scolaires, 10 à 20 cm de neige recouvrant les sommets entre le 16 février et le 3 mars. Et puis c'est la fin, le thermomètre s'envole et la neige fait ses adieux à la fin de la première semaine de mars.
En terme de durée d'enneigement, on relève tout de même 89 jours avec au moins 10 cm au Ballon d'Alsace, score médiocre par rapport aux 115 jours de l'hiver précédent mais loin des saisons catastrophiques récentes comme 2006-2007 (46 jours) ou 2000-2001 (61 jours).
Ces chiffres doivent tout au très bon enneigement de la fin 2010.
En revanche, l'épaisseur de neige est restée remarquablement faible au cœur de l'hiver. Les 50 cm n'ont jamais été dépassés au delà du 9 janvier. L'enneigement moyen du mois de février au Ballon d'Alsace n'était que de 10 cm, seules 4 saisons ont réussi à faire pire depuis le début des mesures en 1963.

Enneigement de l'hiver 2010/2011 sur le massif des Vosges

 

Jura

Un hiver peu enneigé malgré de fréquentes chutes de neige en novembre et décembre.
L'enneigement débute assez tôt en novembre. Entre mi-novembre et début janvier, de fréquentes chutes de neige se produisent mais elles sont généralement faibles et entrecoupées de deux épisodes de redoux important les 6-7 décembre et 19-20 décembre provoquant une fonte importante. Il neige faiblement mais de façon continue à Noël, on mesure alors une couche totale variant de 20 à 50 cm selon les altitudes.
A partir du début du mois de janvier, la douceur est souvent présente et la neige se fait désirer. Une maigre couche se limite rapidement aux plus hauts sommets dans les secteurs abrités. Durant la seconde quinzaine de février (du 15 au 28), de belles chutes de neige intéressent les zones situées au-dessus de 800 m d'altitude et reconstituent temporairement une couche plus épaisse. Puis le manteau neigeux souffre terriblement avec le temps rapidement printanier de mars sans aucune chute de neige observée et disparaît complètement du massif avant la fin du mois.
Une particularité de cet hiver est la très faible épaisseur de neige avec un maximum de l'enneigement qui s'est produit fin décembre. On mesurait alors 20 cm vers 900 m et 40 cm vers 1100 m. Même sur les sommets forestiers, l'épaisseur maximale a peu souvent dépassé les 60 cm. Ce sont des valeurs très inférieures aux normales. On mesurait alors 20 cm vers 900 m et 40 cm vers 1100 m. Même sur les sommets forestiers, l'épaisseur maximale a peu souvent dépassé les 60 cm. Ce sont des valeurs très inférieures aux normales.
Le nombre de jours avec au moins 10 cm de neige est également très faible ; 25 à 35 jours vers 900 mètres, soit la moitié de la normale, 40 à 60 jours à 1100 mètres pour une moyenne de 90 jours. Il n'y a que par endroits, dans les combes, sur les sommets des massifs forestiers du Risoux, du Massacre, des Monts Jura que l'enneigement, quoique faible, est continu entre mi-novembre et mi-mars. 

Enneigement de l'hiver 2010/2011 sur le massif du Jura
 

Massif-Central

L'hiver a été précoce mais très court. Les premières chutes de neige saupoudrent les sommets fin septembre, fin octobre et début novembre.
L'enneigement en montagne ne débute vraiment qu'à partir du 20 novembre avec l'installation d'un régime de Nord-Ouest froid et perturbé. Il neige presque tous les jours jusqu'au 4 décembre, le manteau neigeux atteint alors 70 à 80 cm à 1400 m, et 40 cm vers 1000 m. Ce sera l'épaisseur maximale de la saison. En décembre quelques chutes de neige alternent avec des périodes plus douces et le manteau neigeux n'est présent que par intermittence en dessous de 1500 m.
L'année 2011 débute par deux mois très sec, le déficit de précipitation en janvier et février est d'environ 60%. L'enneigement naturel reste donc très faible. Un petit sursaut de l'hiver fin février redonne un peu de blancheur au massif du Sancy, la neige tient jusque début mars vers 1300 m puis soleil, douceur et quelques passages pluvieux écourtent définitivement la saison hivernale.
Au Mont-Dore, à 1300 m, seulement 10 jours ont connu une épaisseur de neige au sol de plus de 30 cm, contre 62 jours l'hiver 2009-2010. Pour retrouver un hiver aussi atypique et si peu neigeux après Noël, il faut remonter à la saison 1992-1993.
 

 

 

 

Actualité par Météo-France