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Chercheurs en météorologie… Rencontre avec Béatrice, spécialiste de chimie atmosphérique, Unité de recherche climatique (3/4)

03/11/2004


Météo-FranceCette semaine, rendez-vous avec Béatrice, spécialiste de chimie atmosphérique, Unité de recherche climatique
 

En quoi consistent ces travaux en chimie atmosphérique ?


Béatrice : Mon équipe a conçu et développé un modèle baptisé Mocage qui reproduit la chimie atmosphérique à l'échelle de la France. Mocage signifie MOdèle de Chimie Atmosphérique de Grande Echelle.
C'est, comme pour la prévision du temps, une simulation informatique complexe du comportement des divers composés chimiques présents dans l'atmosphère : leur déplacement et bien sûr l'évolution de leur concentration.
 

Quel est votre rôle au sein de cette équipe ?


Béatrice : Je suis chargée de la modélisation de la partie dite « transport » de Mocage : l'émission des polluants, leur trajectoire verticale jusque dans les nuages d'orages (les cumulonimbus), et enfin leur lessivage par les pluies. Les précipitations ont pour effet de modifier la concentration des polluants : ils se dispersent et sont dilués dans les sols. J'étudie donc l'effet des nuages sur la composition chimique de l'atmosphère. Mocage prévoit l'évolution de la composition chimique de l'atmosphère à une échéance allant de 1 jour à 100 ans.
 

A quoi sert un modèle comme Mocage ?


Béatrice : Ce type de modèle, moins connu du public que ceux destinés à la prévision du temps, offre pourtant de nombreuses applications. Elles varient selon l'échéance. Mocage contribue d'abord à notre vie quotidienne. Il permet de simuler pour les 2 ou 3 jours à venir le transport et la concentration de polluants et donc de prévoir les épisodes de pollution de l'air. Avec Mocage, Météo-France réalise aussi pour le jour même et le lendemain des prévisions d'Index UV, c'est-à-dire, de l'intensité du rayonnement solaire ultraviolet. Plus il est élevé (l'indice va de 1 à 8), mieux vous devrez vous protéger lors d'une exposition.
 

Peut-on utiliser Mocage en cas de pollution atmosphérique accidentelle ?


Béatrice : Tout à fait, Mocage sera bientôt également utilisé en cas d'accidents industriels ou d'éruptions volcaniques pour calculer le déplacement des nuages de polluants ou de cendres dangereux pour la navigation aérienne. Si on connaît leur trajectoire au cours des prochains jours, on peut protéger la population et dérouter les avions des zones à risque.
 

En quoi Mocage contribue-t-il à la recherche climatique, vocation de votre unité ?


Béatrice : La prévision climatique a également recours à Mocage. Le modèle climatique Arpège/Climat reproduit les interactions des différentes composantes du système climatique (atmosphère, océans, continents, végétation, banquise, etc.) Avec Mocage, les chercheurs simulent l'évolution de la composition chimique de l'atmosphère dans 50 ou 100 ans. On part d'un scénario donné – par exemple le doublement de la quantité de gaz carbonique émis – et Mocage calcule l'impact de cette modification sur la chimie de l'atmosphère et son action sur la température, les précipitations…
 

Qu'est-ce qui vous plaît personnellement dans votre travail ?


Béatrice : D'abord le travail en équipe. Nous sommes une dizaine de chercheurs à collaborer à un même projet. Depuis 5 ans, chacun apporte sa brique pour construire Mocage et toutes sont indispensables. Et cela a donné ce « bébé » dont nous sommes très fiers. Nous échangeons fréquemment avec d'autres laboratoires dans le monde, par exemple, récemment avec la Finlande ou les Etats-Unis. Des collègues finlandais m'ont fourni des observations avec lesquelles j'ai pu vérifier la justesse de la prévision de transport de Mocage. J'ai choisi de m'orienter vers la recherche dès que j'ai découvert cette filière à l'Ecole nationale de la météorologie.

 

Actualité par Météo-France