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Journal de Terre Adélie - Dumont d'Urville, une station météo presque comme les autres !

25/03/2009

Météo-France

Mars 2009 : Dumont d'Urville, une station météo presque comme les autres !

En ce mois de mars, la lumière change, devient rasante. La glace, encore fine et fragile, se reforme petit à petit sur la mer. La rudesse du climat adélien s'est manifestée quelquefois au cours des dernières semaines, même si les conditions météo sont conformes à la saison estivale. Le 11 Février, nous avons enregistré un record de vent en altitude depuis notre arrivée : 280 km/h vers 9500 m d'altitude. Le plus remarquable était la tranche d'atmosphère déplacée : plus de 185km/h de vent sur 4000 m d'épaisseur. Le premier ballon que j'ai lâché pour le radiosondage a éclaté pour retomber ensuite très lentement. Le responsable ? Un courant-jet, un courant aérien très puissant qui circule sur un axe à peu près horizontal autour du globe entre 8 et 12 km d'altitude. Dans ce vent en forme de tube, la vitesse maximale peut dépasser 360 km/h. Le courant-jet se déforme constamment, mais évolue habituellement plus au Nord, à des latitudes plus basses, à la rencontre entre masses d'air tempérées et polaires.

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Des cumulus à Dumont d'Urville.
Au fond, l'île Claude Bernard, au premier plan, un groupe de manchots s'apprête à plonger.
Le bâtiment Séjour
un soir d'été austral

La station Météo-France de la base Dumont d'Urville est dédiée à l'observation météorologique. Les mesures sont effectuées par les météorologues chaque jour, toutes les 3 heures, de 8h45 à 22h15 locales pour les paramètres suivants : température et humidité relative de l'air, pression, vitesse et direction du vent, rayonnement global et durée d'insolation. La nuit, une station automatique prend le relais. Nous nous intéressons également à la climatologie de la veille et notons les observations particulières comme la vitesse du vent qui viendront nourrir des bilans climatiques mensuels.

Autre tâche d'observation essentielle : le radiosondage quotidien qui ausculte l'atmosphère en altitude, jusqu'à 30 km environ. Chaque matin, nous lançons une sonde à l'aide d'un ballon en latex gonflé à l'hélium. Les deux éléments sont reliés à l'aide d'un dérouleur équipé d'un long fil (environ 40 m) qui stabilise l'attelage durant son ascension. Pendant le vol, la sonde envoie par radio les mesures de vent, température, humidité et pression relevées aux différents niveaux d'altitude chaque seconde. On obtient ainsi ce qu'on appelle un "profil" de l'atmosphère en un point, très utile pour connaître ce qui se passe au dessus de nos têtes, loin des mesures collectées au sol.

A Dumont d'Urville, le radiosondage est effectué tous les jours de l'année, sans exception, à 0hUTC (10h locales), quelles que soient les conditions météo. En général, nous préparons l'attelage vers 9h afin de bénéficier de temps supplémentaire en cas d'impondérable. Les données enregistrées par la sonde sont envoyées par satellite grâce à un message codé (message TEMP) à Météo-France Toulouse.

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Le bureau météorologique
surmonté du mât anémométrique
Un lâcher de ballon (radiosondage)
un matin d'été austral

Toutes les données observées en Terre Adélie sont transmises via le réseau mondial de télécommunications de l'Organisation Météorologique Mondiale aux services météorologiques nationaux. Elles alimentent les modèles de prévision numérique des services de prévision, leur permettant de bien prendre en compte les caractéristiques de l'atmosphère sur cette partie du globe. Les mesures sont rares et précieuses sur les zones désertiques telles que les océans ou l'Antarctique, immense continent de 13 millions de km2. Il n'existe aucune autre station météo à moins de 1000 km à la ronde autour de Dumont d'Urville ! Et très peu de stations implantées en Antarctique réalisent des radiosondages.

Les données recueillies sont également fournies aux laboratoires de DDU - biologie marine, géophysique, glaciologie - qui en ont besoin pour leurs activités. En campagne d'été, le Bureau météo est régulièrement sollicité pour planifier les tâches logistiques de la base et fournir une assistance aéronautique à notre hélicoptère et aux avions qui assurent la liaison avec la base franco-italienne Concordia à 1000 km au cœur du continent. Nous installons de novembre à fin février sur la piste D10 aménagée sur le continent, à 10 km de DDU, un anémomètre pour y mesurer les conditions de vent. Grâce à ces données complémentaires, nous affinons nos messages aéronautiques (METAR) et étudions le régime des vents sur le continent, différent de celui de l'île des Pétrels.

L'équipe de Météo-France élabore chaque jour un bulletin de prévision, indispensable à la sécurité de la base. Toute sortie - notamment sur la banquise - doit en effet être précédée d'une évaluation des conditions météorologiques prévues. Le Bureau météo signe le formulaire soumis à notre chef de district (le responsable de DDU) pour approbation et assure ainsi la compatibilité de la sortie avec le temps prévu.

Le radiosondage quotidien nous permet de déterminer la hauteur du plafond nuageux, difficile à estimer ici en raison du manque de repères visuels, comme des montagnes, dans les environs. Dans certaines situations, il contribue à prévoir les vents violents (catabatiques) : une couche de l'atmosphère soumise à un vent très fort à quelques centaines de mètres au-dessus de la base peut précéder un épisode de vent violent sur la base.

Lancer une sonde peut se révéler délicat ici... surtout lorsque souffle le blizzard ! Le 23 février, une forte perturbation a touché l'île des Pétrels : 70 m de visibilité, la neige qui fouette avec des rafales à 100km/h. Dans de telles conditions, nous avons craint d'endommager la sonde ou de faire éclater le ballon s'il heurtait un rocher ou l'abri de gonflage. J'ai dû tenir fermement le ballon qui se déformait en tous sens, au bord de la passerelle. A la faveur d'une accalmie, j'ai pu effectuer le lâcher, l'attelage a tournoyé, puis s'est envolé sans encombre.

Météo-France Vincent Lecomte
23 février 2009 : le blizzard réduit
considérablement la visibilité
Lâcher de ballon dans le blizzard le 23 février 2009
(Copyright Vincent Lecomte)

Le blizzard désigne une tempête de neige au cours de laquelle les rafales de vent, chassant la neige, abaissent la visibilité à moins de 200 mètres. Il souffle dans les régions où l'hiver est rude, par exemple, au Canada. L'épisode du 23 février, qui a durée toute la journée, était le premier depuis notre arrivée. Le vent a soufflé jusqu'à 108km/h en rafales et la visibilité limitée à environ 70 m nous empêchait de distinguer le bâtiment Séjour depuis le Bureau météo.

Dans ces conditions, chacun limite ses déplacements sur la base ou observe alors la plus grande prudence. Les rambardes des passerelles permettent de s'accrocher pendant les plus fortes rafales et de passer ainsi d'un bâtiment à l'autre. Par blizzard, des congères se forment régulièrement aux mêmes endroits. Ces vents forts soufflent en effet toujours de la même direction, les amas de neige se constituent ainsi aux mêmes lieux, recouvrant parfois les passerelles. La neige a recouvert les cailloux libérés lors de la fonte estivale, nous plongeant sans transition dans une ambiance hivernale.

Le mois de mars marque le début de notre véritable hivernage. Le 27 Février après-midi, l'Astrolabe s'est éloigné de l'île des Pétrels avec à son bord les derniers campagnards d'été. Il sera de retour l'été prochain, en novembre. Le départ de cette embarcation devenue familière signifie concrètement l'isolement de la base Dumont d'Urville durant les 8 mois d'hiver. D'un seul coup, ma perception de ce lieu a complètement changé. Un immense espace s'offre brusquement aux 26 hivernants. Nous avons aussitôt reconfiguré le séjour, supprimé tables et chaises désormais inutiles. Le 1er mars, pour fêter le premier dimanche de notre hivernage, nous avons organisé sur la DZ, la zone où se posait l'hélicoptère quelques jours plus tôt, un déjeuner dans un décor de rêve !

Météo-France Météo-France
L'eau transparente au sud-est de l'île des Pétrels Le Sud de l'île des Pétrels début mars 2009. Les cuves orange contiennent
notre gazole pour l'hiver.

Ce même jour a eu lieu une petite sortie qui me tenait à coeur depuis mon arrivée : une baignade à l'abri côtier. Avec l'aval de Laurence, la responsable de la Base Dumont d'Urville, et les recommandations de Caroline, notre médecin, les volontaires ont préparé maillots de bain, serviettes et thermos et sont descendus en file indienne sur la passerelle jusqu'au bord de l'eau. La baignade en été est une autre tradition à DDU, mais elle est bien entendu peu fréquente et nécessite une préparation rigoureuse et un encadrement compétent. Le choix de la date était judicieux : plein soleil, -4°C sous abri, pas de vent, température de l'eau de mer à -1.5°C d'après la sonde proche du marégraphe. J'étais assez curieux de connaître cette sensation - ça brûle - et je me suis baigné avec 11 autres adéliens. Une belle expérience, brève et tonique, qui donne un sacré coup de fouet !

François Gourand
et Isabelle Doudelle
Photographies :
Copyright Météo-France/François Gourand
Remerciements à Vincent Lecomte, "campagnard d'été" à Dumont d'Urville, pour sa photographie du Lâcher de ballon dans le blizzard le 23 février 2009.

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