Imprimer Envoyer á un ami

Nouveau climat, nouvelles forêts

04/08/2009

Météo-France/Nicole LépineLes arbres plantés aujourd'hui subiront les changements climatiques des prochaines décennies. Face à ces bouleversements, les forestiers français tentent d'anticiper les réactions de la végétation.
Le temps du forestier n'est pas celui des autres mortels… Les arbres qu'il exploite aujourd'hui ont été plantés par ses ancêtres. Les chênes qu'il met en terre seront coupés dans 100, 120, 200 ans... Et il peut s'en passer, des choses, en un siècle ! Des tempêtes et des incendies, des maladies et des attaques d'insectes, des sécheresses et des inondations…

L'incertitude a toujours fait partie des risques du métier de forestier, habitué à penser à l'échelle du siècle. Mais cette fois, le changement annoncé est d'une ampleur sans précédent : en France, sur la base d'un doublement des émissions de CO2, en 2060, les températures seront de 2 degrés de plus qu'aujourd'hui en moyenne annuelle, les précipitations connaîtront une hausse de 20 % en hiver et une baisse de 15 % en été.

Les arbres fruitiers déjà affectés
« Pour les forestiers, le plus important, ce sont moins les pics de chaleur de l'été que les températures trop élevées de l'automne et de l'hiver », explique Guy Landmann, directeur adjoint du GIP Ecofor. Un automne et un hiver trop doux empêchent un bon endurcissement des arbres pendant la période de dormance. « Des anomalies de développement ont déjà été observées sur des arbres fruitiers », poursuit l'expert.

Autre conséquence : la saison de végétation est allongée. Le débourrement – période de développement des bourgeons – intervient plus tôt, exposant les jeunes pousses aux gelées tardives. Et les automnes prolongés empêchent les arbres de se préparer à affronter le froid : la chute brutale des températures les surprend alors qu'ils ne se sont pas endurcis.
Les espèces du sud pourraient remonter vers le nord

A l'inverse, certaines espèces septentrionales ou montagnardes pourraient profiter d'automnes et d'hivers plus doux pour poursuivre une croissance habituellement stoppée par le froid. Conséquence de toutes ces réactions : les espèces du sud (comme le chêne vert) remonteraient vers le nord et la végétation d'altitude serait repoussée de plus en plus haut.

Quant aux températures extrêmes de l'été, la végétation peut y faire face. « Le problème, c'est surtout le manque d'eau qui les accompagne souvent », précise Guy Landmann. Les pluies trop abondantes de l'hiver représentent également un problème. « Beaucoup de sols forestiers sont naturellement imbibés d'eau, en hiver, précise Guy Landmann. Un excès d'eau prolongé provoque une asphyxie racinaire. »

Une croissance accélérée de la végétation
L'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère provoque également une accélération de la croissance de la végétation. Les hêtres atteignent un diamètre de 60 cm en 90 ans au lieu de 150. A 65 ans, ils mesurent 4 mètres de plus que les arbres du même âge en 1850. Cette accélération fragilise les arbres : pour leur nutrition, ils prélèvent davantage d'éléments minéraux dans les sols, qu'ils appauvrissent. Ils souffrent ensuite de carences nutritionnelles. « Les arbres dopés par le CO2 et mal nourris, poursuit Guy Landmann, sont plus vulnérables aux températures, aux données hydriques, aux insectes ravageurs et champignons. »

Or le réchauffement climatique modifie le comportement et la démographie de certains insectes. La chenille processionnaire du pin, par exemple, se déplace progressivement vers le nord. Les cycles de vie des scolytes sont accélérés : en une saison, ils peuvent donner naissance à deux voire trois générations au lieu de une à deux en temps normal.

Scénarios futurs : des questions et des solutions
Restent de nombreuses inconnues, qui empêchent d'écrire avec certitude les scénarios futurs : comment les multiples variables vont-elles interagir ? Quelle est la capacité à migrer des espèces ? Vont-elles gagner la lutte, face à des espèces avec lesquelles elles ne sont jamais entrées en concurrence ? Dans quelle mesure les arbres vont-ils s'adapter aux changements climatiques et limiter les dégâts ?

Face aux bouleversements à venir, la communauté forestière est divisée sur les solutions. Certains prônent une autre manière de gérer la ressource : laisser plus d'espace aux arbres, par exemple, pour qu'ils poussent encore plus vite ; les récolter à 40 ans au lieu de 60, afin de les exposer le moins longtemps possible aux difficultés. Mais certains objectent qu'une telle méthode ne produirait pas la même qualité de bois ou nuirait à la biodiversité.

Faut-il planter de nouvelles espèces ?
Autre solution : améliorer génétiquement certaines espèces, ou, carrément, les changer. « La mise au point de nouveaux matériaux forestiers est très longue, remarque Guy Landmann. Et planter d'autres essences, voire importer des espèces exotiques, peut être risqué si leurs exigences ne sont pas parfaitement connues. »

Les solutions retenues dépendront aussi de l'objectif recherché. Quand les grandes forêts ont été plantées, il y a deux siècles, elles devaient fournir du bois de chauffage. Au moment où ces arbres atteignaient leur maturité, les énergies fossiles avaient pris le relais. Avec la fin annoncée du pétrole, le bois pourrait redevenir un matériau de chauffage ou de construction. La forêt est aussi un puits de carbone important, des enjeux de biodiversité s'y jouent, et son rôle social change : poumon vert des agglomérations, elle accueille de plus en plus un public avide de nature. Autant d'acteurs qui participent aux choix à venir.

Evolution des aires de répartition des espèces avec le réchauffement climatique

INRA INRA
INRA INRA

Cartes établies par l'INRA comparant les aires d'accueil actuelles, en 2050 et en 2100 des espèces en fonction de données climatiques précises (température, pluie, gel, rayonnement solaire...). Le climat en 2050 et en 2100 est simulé par Météo-France sur la base du scénario B2 du GIEC. INRA-Nancy- UMR Ecologie & Ecophysiologie Forestières, Inventaire Forestier National.

Groupe 1 : essences de l'étage sub-alpin (aulne vert, cytise des Alpes, pin cembra…)
Groupe 2 : espèces de l'étage montagnard (érable à feuille d'obier, aune blanc, fusain à larges feuilles…)
Groupe 3 : espèces communes aux régions de montagne et à l'étage collinéen du quart nord-est (sapin, épicéa, sureau rouge…)
Groupe 4 : montagne et plaine (érable, hêtre, pin sylvestre…)
Groupe 6 : espèces de l'étage collinéen (châtaignier, bourdaine, cède de Chypre, néflier)
Groupe 7a : espèces de la moitié ouest (bruyère à balais, pin maritime, chêne tauzin…)
Groupe 8 : espèces méditerranéennes (chêne liège, olivier, genévrier oxycèdre, pin d'Alep…)

 

Copyright Cécile Maillard pour Météo-Le magazine

 


 

Actualité par Météo-France