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Prévoir la production du phytoplancton pour adapter les stratégies de pêche

22/08/2014

Le Pacifique équatorial est l'une des plus grandes régions de pêche au monde : en moyenne, plusieurs millions de tonnes de poissons y sont capturées chaque année à des fins commerciales. Mais les prises varient très fortement d'une année à l'autre, notamment en lien avec les fluctuations climatiques El Niño / La Niña. Lors des phénomènes La Niña, les eaux profondes, froides et riches en nutriments, remontent à la surface. La production primaire du phytoplancton, base des chaînes alimentaires marines, augmente alors significativement, ce qui conduit à des stocks de poissons importants. À l'inverse, le phénomène El Niño appauvrit l'océan de surface, ce qui peut entraîner une diminution drastique de certains stocks de poissons. Ce stress environnemental s'ajoute alors à la pression anthropique liée à la pêche.

Pour la première fois, des chercheurs de Météo-France, du CEA et du CNRS* ont évalué la capacité d'un modèle climatique utilisé pour les travaux du GIEC à prévoir les variations naturelles de la production primaire du phytoplancton dans le Pacifique équatorial. Ce modèle couple une représentation du système climatique à une représentation simplifiée de la chaîne trophique marine. Les chercheurs ont comparé les résultats des simulations aux observations satellitaires du phytoplancton des 15 dernières années. Cette comparaison montre que ce modèle couplé est capable de prévoir les variations naturelles de la productivité primaire du phytoplancton de 2 à 5 ans à l'avance.

courbes_phytoplancton

Variations interannuelles de la température de surface de l'océan (a), de la productivité primaire (b) et des estimations de prises de thons rouges et thons jaunes par senne tournante (c) de 1997 à 2009. Les observations ou estimations satellitaires sont représentées par des aplats de couleurs ; les reconstructions de modèle (figures a et b seulement) sont représentées par les lignes noires épaisses. Sur le panneau c, seules les estimations de prise de thons sont représentées par la courbe noire avec, en hachure, les incertitudes associées à la mesure de ces prises de pêche.

Cliquer sur l'image pour l'agrandir



« Ce potentiel de prévision dépasse largement celui des paramètres climatiques comme la température de surface de la mer. Cela s'explique vraisemblablement par la lenteur des mécanismes mis en jeu : les variations des quantités de nutriments générées par les phénomènes El Niño / La Niña le long des côtes péruviennes se propagent dans tout le bassin océanique en plusieurs années » explique Roland Séférian, chercheur à Météo-France et co-auteur de la publication.

Ces travaux permettent d'envisager le développement de nouvelles approches dans la gestion des ressources marines, et notamment halieutiques, s'appuyant sur des systèmes de prévision couplant modèles climatiques et biologiques. Ils ouvrent de nouvelles perspectives sur de possibles stratégies de pêche raisonnée à l'échelle pluriannuelle.

Pour en savoir plus, consulter notre communiqué de presse.


* : Séférian R et al. (2014) PNAS doi: 10.1073/pnas.1315855111