Glossaire

prévision (météorologique)

  Curieux  

L'observation de l'atmosphère en un lieu donné et à un instant déterminé, jointe à une connaissance acquise d'ordre climatologique sur les divers comportements possibles de l'atmosphère dans la région et à l'époque considérées, permettent-elles de prévoir l'évolution ultérieure du temps en ce lieu et à partir de cet instant — dit l'instant initial —, sur un ou deux jours par exemple ? Les peuples se sont posé cette question depuis toujours, comme en témoignent dictons et proverbes ; mais ce n'est qu'au milieu du XIX e siècle qu'une réponse véritablement positive a pu y être apportée, car nulle prévision météorologique ne saurait aboutir à des résultats fiables et quantifiés sans la présence d'un réseau d'observation fournissant rapidement et précisément au prévisionniste les valeurs prises à l'instant initial par plusieurs grandeurs physiques (notamment la température de l'air, la pression atmosphérique, les vitesse et direction du vent, l'humidité relative), et cela non seulement sur le lieu où l'on souhaite faire la prévision, mais aussi en d'autres sites qui appartiennent à un domaine spatial plus ou moins vaste englobant ce lieu : certains progrès décisifs des instruments de mesure et des moyens de transmission, ayant eu pour conséquence l'organisation d'un réseau de mesure de données et d'échange d'informations synchronisé au niveau international, puis mondial — il est maintenant géré par l'OMM —, ont ainsi permis la mise en place de l'infrastructure nécessaire à la réalisation des prévisions météorologiques et à la diffusion de leurs exposés.

Cette introduction de la prévision dans le domaine opérationnel a été stimulée en son temps par des applications immédiates dans des champs d'activité traditionnels — la mer essentiellement, aussi l'agriculture et la défense nationale — ou nouveaux — principalement l'aéronautique — , qui ont incité les météorologues à développer en premier lieu la prévision de la marche des perturbations traversant d'ouest en est l'Atlantique nord ; plusieurs méthodes furent consacrées à la détermination du parcours et du comportement de ces perturbations, mais c'est la "théorie norvégienne", conçue par Vilhelm Bjerknes et l'école de Bergen dans les années 1920, qui s'est révélée la mieux adaptée au traitement de la prévision à l'échelle synoptique en zone tempérée : si l'interprétation mécanique de la formation des perturbations, telle qu'évoquée par cette école, a été de nos jours complètement remise en cause, par contre la description fonctionnelle du système des fronts élaborée par Bjerknes et ses élèves reste valable et revêt une importance fondamentale pour la prévision du temps sensible.

C'est aussi Bjerknes qui, le premier, eut l'intuition de la possibilité d'une prévision numérique du temps à travers la résolution du système d'équations mécaniques et thermodynamiques liant les principales grandeurs météorologiques, pourvu qu'une analyse de l'atmosphère à l'instant initial permette de déterminer l'"état initial" de celle-ci. Toutefois, ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que sont apparus les premiers calculateurs susceptibles de réaliser de façon suffisamment rapide et précise les procédures numériques exigées par cette résolution : à l'heure actuelle, la très grande majorité des prévisions se fondent de la sorte sur une simulation de l'évolution atmosphérique à l'aide de tel ou tel modèle numérique de prévision météorologique implanté sur un ordinateur de très grande puissance. Si important soit-il, ce processus de simulation, précédé par une analyse objective, ne constitue pourtant qu'une part de la chaîne de prévision, qui débute en amont par le recueil et la transmission des données d'observation et par leur examen critique, et qui se continue en aval par l'expertise du prévisionniste et par la diffusion et le commentaire à heure fixe des produits de prévision.


  Initié  

Les prévisions météorologiques adoptent des aspects et des méthodes très différents suivant leur objet ou leur contexte. Ainsi peut-on discerner :

  • la spécificité du domaine d'application de la prévision. Par rapport à une prévision destinée au grand public, des adaptations ou des compléments seront apportés aux résultats obtenus lorsque la prévision se situe dans le cadre de la météorologie marine, ou de la météorologie aéronautique, ou de l'agrométéorologie, etc. : par exemple, les prévisions agrométéorologiques sont ciblées sur la qualité et la quantité de la production des produits agricoles, et donc sur les phases évolutives (développement, maturation, maturité) observées par les plantes, tandis que dans un domaine tout autre, des prévisions de vol exposent aux pilotes d'aéronef, avant chaque envol, quelles sont les conditions météorologiques qu'ils doivent s'attendre à rencontrer successivement ;
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  • la spécificité du produit de prévision. Elle est liée souvent — mais pas toujours — à celle du domaine d'application et s'attache à l'évolution de phénomènes particuliers, comme c'est le cas, entre autres, lors des prises de décision associées à la sécurité des personnes et des biens. Un exemple en est offert par les cartes de vigilance météorologique sur les départements fournies deux fois par jour par Météo-France et qui prévoient et évaluent selon une échelle de 4 niveaux l'occurrence et l'intensité de phénomènes dangereux : vent violent, fortes précipitations, orages, neige ou verglas, avalanches, canicule, vague de froid. De nombreuses autres circonstances, comme des manifestations publiques à ciel ouvert, peuvent faire l'objet de prévisions spécifiques ;
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  • l'étendue spatiale de la prévision. Les prévisions les plus classiques s'effectuent à l'échelle synoptique, donc sur un domaine d'environ deux milliers de kilomètres de profondeur horizontale. Mais il existe aussi des prévisions s'appliquant à une aire plus restreinte (voire très restreinte) ou plus vaste au contraire, jusqu'à la Terre entière ;
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  • l'échéance de prévision. Cet aspect est étroitement corrélé au précédent à travers la notion d'échelle spatio-temporelle, qui s'applique non seulement aux phénomènes météorologiques, mais aussi aux méthodes de prévision. De façon très générale, il s'établit des correspondances assez bien déterminées entre des créneaux de valeurs croissantes en échéance d'une part, en dimensions de l'aire de prévision d'autre part : ainsi, l'échelle synoptique est en principe associée à des échéances de un à trois jours ;
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  • la région et l'époque de réalisation de la prévision. Cette prise en compte de la composante propre du climat module la qualité à attendre d'une prévision suivant les types de temps et les phénomènes apparaissant dans cette région à cette époque. En outre, de vastes régions du globe sont marquées par leur climat au point d'exiger une adaptation approfondie de la météorologie en général, et de la prévision en particulier, à leur milieu naturel : tel est le cas en premier lieu pour la météorologie tropicale ;
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  • enfin, la précision de la prévision. Ainsi, les méthodes de prévision d'ensemble permettent d'allonger jusqu'à 7 à 10 jours l'échéance d'une prévision à l'échelle synoptique, au prix d'une évaluation de sa fiabilité par des indices de confiance. Au-delà encore, la prévision saisonnière, si elle renonce à l'obtention de valeurs précises des grandeurs à prévoir en des points et à des instants fixés, songe à fournir pour ces grandeurs des tendances générales sur de vastes étendues et des périodes prolongées.