Glossaire

pointe de pollution

La pollution atmosphérique, si elle a la capacité de se propager par diffusion sur des aires très vastes (y compris, dans certains cas, à l'échelle planétaire), n'en est pas moins produite initialement depuis des sources d'étendue restreinte. Certaines de ces sources, par exemple des volcans en éruption ou des forêts comportant des espèces spécifiques, sont naturelles et n'entrent en jeu qu'épisodiquement. Les autres, par contre, sont des sources humaines liées à l'activité de zones urbaines, surtout lorsque celles-ci sont importantes et industrialisées.

Or, ces zones, en raison des particularités climatiques et géographiques de leur site, sont fréquemment sous la dépendance de facteurs aggravants de la pollution de l'air, dont les effets peuvent d'ailleurs se combiner, et qui favorisent alors la genèse de pointes (ou pics ) de pollution plus ou moins intenses et plus ou moins durables. Ainsi, pour une ville côtière, l'alternance des brises de terre et des brises de mer accentue le matin les réactions photochimiques produisant des polluants secondaires à partir des polluants primaires qui ont été rejetés vers la mer en fin de nuit, et ces nouveaux polluants seront transportés vers la ville au cours de la journée. De même, l'effet de foehn peut rabattre des poussières et des émanations sur une cité située au flanc d'une barrière montagneuse ; plus généralement, les vents locaux ou régionaux, lorsqu'ils se lèvent et soufflent depuis une certaine direction, transfèrent quelquefois les polluants d'une zone industrielle vers une agglomération voisine. Par ailleurs, l'air des villes tend à être davantage pollué pendant l'été, où la température plus élevée favorise l'intensité des réactions photochimiques et la volatilité de produits polluants.

Les incidences courantes ou catastrophiques de l'activité humaine — variations de la circulation automobile, rejets accidentels de substances dangereuses, etc. — peuvent moduler ces facteurs préétablis et créer dans des circonstances précises, par leur coïncidence avec de tels facteurs, une situation à certains égards critique : en devenant exagérément polluée par un gaz, un aérosol, ou plus souvent par la combinaison de plusieurs de ces produits, le milieu ambiant que constituent les basses couches de l'atmosphère devient nocif pour les biens — par exemple, il peut détériorer les constructions en pierre — , pour les êtres vivants — par exemple, il peut nécroser les feuilles des arbres — , ou bien, surtout, pour les personnes — par exemple, il peut véhiculer une maladie épidémique — ou pour certaines catégories de personnes — par exemple, il peut altérer les fonctions respiratoires chez l'enfant et renforcer l'asthme.

Cependant, la cause première des pointes de pollution génératrices de telles situations critiques est l'état local de la basse troposphère du point de vue de la météorologie. En effet, la turbulence et le vent, agents fondamentaux de la dispersion des polluants, s'atténuent très sensiblement lors de conditions anticycloniques prolongées, où le calme et la stabilité de la couche limite planétaire favorisent le développement de pointes de pollution dans les zones situées aux alentours des sources de polluants urbaines ou industrielles. Le même genre de conditions atmosphériques — mais plutôt lors de la saison froide, cette fois — tend également à maintenir sur des durées inhabituelles des couches d'inversion de température, qui bloquent comme un couvercle les ascendances et empêchent ainsi la diffusion verticale des polluants en contraignant l'air qui les porte à s'étaler à faible altitude au-dessus de ces mêmes zones. La prévision météorologique de l'établissement et de la persistance de telles conditions contribue donc à préciser le risque de pointe de pollution et à en évaluer la nature, l'intensité et la durée.