Quel temps faisait-il lors de ...

…la bataille de la Somme (1er juillet - 18 novembre 1916)

  1. 1er juillet - août 1916
  2. Septembre -18 novembre 1916
  3. La guerre des gaz

1er juillet - août 1916

La bataille de la Somme est conduite par les troupes anglaises et françaises du 1er juillet au 18 novembre 1916.

Carte de la bataille de la Somme en 1916. Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_the_Somme Carte de la bataille de la Somme en 1916. Source : Wikipédia

C'est une bataille essentielle de la première guerre mondiale sur le front ouest et l'une des plus meurtrières de l'Histoire. Les armées françaises y ont participé activement, mais elle a moins marqué la mémoire collective française que celle de Verdun qui s'est déroulée à peu près en même temps. En revanche, elle a eu un impact profond en Grande-Bretagne et dans les pays du Commonwealth qui lui ont payé un très lourd tribut.

Les Britanniques comptèrent en effet 206 000 morts ou disparus, les Français 67 000 et les Allemands 170 000 pour un total de 1 060 000 victimes dont 442 000 morts.

Le 1er juillet 1916, premier jour des combats, fut la pire journée de l'histoire de l'armée britannique et un jour noir pour les peuples de l'empire britannique tout entier avec 58 000 soldats mis hors de combat dont 19 240 tués. Le 1er juillet est depuis une journée de commémoration au Royaume-Uni mais aussi au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud.

Malgré des mois de combats, les objectifs territoriaux de la bataille de la Somme ne furent pas atteints : les Allemands reculèrent de 5 à 12 km mais les villes de Bapaume et Péronne ne furent pas reconquises.

La météorologie de la bataille

La source principale d'informations sur les conditions météorologiques lors de cette bataille est le Bulletin quotidien international (BQI). La base de données climatologiques de Météo-France et les annales du Bureau central météorologique apportent des informations complémentaires. À partir de ces données, les climatologues de Météo-France ont reconstitué le temps qu'il faisait sur le front.

Cette analyse a été mise en perspective avec les témoignages des hommes pris dans la tourmente. L'écrivain Pierre Loti, qui s'est rendu sur le front en septembre 1916 en tant que reporter de guerre, avec le général Foch, en livre cette description :

« ... nous pénétrons dans ces zones inimaginables à force de tristesse et de hideur…et, quant au pays à l'entour, il ne ressemble plus à rien de terrestre : on croirait plutôt, c'est vrai, traverser une carte de la Lune, avec ces milliers de trous arrondis, imitant des boursouflures crevées.

Mais, dans la Lune, au moins, il ne pleut pas ; tandis qu'ici tout cela est plein d'eau à l'infini, ce sont des séries de cuvettes trop remplies, que l'averse inexorable fait déborder les unes sur les autres ; la terre des champs, la terre féconde, avait été faite pour être maintenue parle feutrage des herbes et des plantes ; mais, ici, un déluge de fer l'a tellement criblée, brassée, retournée, qu'elle ne représente plus qu'une immonde bouillie brune, où tout s'enfonce. »

Le paysage lunaire décrit par Pierre Loti, vu d'avion le 28 octobre 1916 à Bouchavesnes, canton de Péronne. Le village a été détruit en totalité en septembre 1916. © Louis Gain - dépôt Météo-France par MIMDI. Le paysage lunaire décrit par Pierre Loti, vu d'avion le 28 octobre 1916 à Bouchavesnes, canton de Péronne. Le village a été détruit en totalité en septembre 1916. © Louis Gain - dépôt Météo-France par MIMDI.

Une fin juin très humide

Le 24 juin, les artilleries françaises et britanniques commencent à pilonner un front de 40 km dans un triangle Albert-Bapaume-Péronne. L'attaque est prévue le 29 juin mais le général Rawlinson, commandant de la 4e armée britannique, indique dans son journal que les conditions sont si mauvaises que l'état-major décide de reculer l'offensive au 1er juillet. Entre le 23 et le 29 juin, une dépression centrée sur la mer du Nord pilote en effet un flux de nord-ouest dominant, qui apporte des pluies sur la région. La vingtaine de millimètres qui tombe au cours de cette période sur la zone du champ de bataille aurait rendu toute attaque très difficile. La pluie s'atténue toutefois le 29, puis s'arrête le 30, et le vent souffle assez fort ces deux jours ce qui permet de sécher les sols.

Un début d'offensive sous le soleil

Le 1er juillet à 7h30 du matin, les brumes matinales se sont déjà dissipées. Quand les troupes anglaises sortent en bon ordre des tranchées et s'avancent au pas dans le no man's land dévasté par une semaine de bombardements, c'est face au soleil levant et sous un ciel clément, avec quelques nuages, en l'absence de vent et une température voisine de 14 °C. Mais si les tranchées ont bien été détruites, les casemates en béton des Allemands ont tenu bon et, dès la fin des bombardements, les mitrailleuses ressortent des abris pour faucher les troupes anglaises. L'essentiel des pertes se produit entre 7h30 et 8h00. Le beau temps perdure toute la journée et les températures grimpent autour de 24 °C.

La carte de la situation générale le 1<sup>er</sup> juillet, issue du Bulletin quotidien international (BQI) émis par le Bureau central météorologique de France (BCM), montre l'anticyclone (765 mmHg soit presque 1 020 hPa) sur les Açores et s'étendant sur l'Europe de l'Ouest. Une dépression au nord des îles Britanniques apporte quelques gouttes de pluie à Calais. La carte de la situation générale le 1er juillet, issue du Bulletin quotidien international (BQI) émis par le Bureau central météorologique de France (BCM), montre l'anticyclone (765 mmHg soit presque 1 020 hPa) sur les Açores et s'étendant sur l'Europe de l'Ouest. Une dépression au nord des îles Britanniques apporte quelques gouttes de pluie à Calais.

Un mois de juillet plutôt frais

Le 1er juillet est suivi d'une autre belle journée ensoleillée mais, dès le 3, les perturbations se succèdent. Après quelques orages entendus à proximité du champ de bataille, la pluie tombe du 3 au 8 juillet apportant un cumul d'environ 42 mm, source des premières et sinistres boues de la Somme qui rendirent encore plus effroyables les conditions de vie dans les tranchées. Les températures, inférieures aux normales de saison (de l'époque), atteignent à peine les 20 °C.

Le 14 juillet, l'offensive sur la crête de Bazentin est un succès pour les Anglais qui s'enfoncent dans le dispositif allemand et conquièrent la deuxième ligne ennemie sur une largeur de 5,5 km. Le ciel est alors couvert mais il reste sec.

Le 19 juillet, pour exercer une diversion et soulager le front de la Somme, les Australiens sont lancés contre les défenses allemandes à Fromelles, dans le Nord. 5 533 Australiens et 1 400 Britanniques périssent en 24 heures, sans aucun gain territorial. Le temps est alors anticyclonique avec un ciel très nuageux mais sec et des températures assez fraîches (minimale de 10 °C et maximale de 20 °C).

Vague de chaleur fin juillet-début août

Durant l'essentiel du mois de juillet, les températures sont restées plus fraîches que les normales de saison. La transition entre juillet et août est en revanche marquée par une vague de chaleur. Du 28 juillet au 9 août, un puissant anticyclone stationne sur l'Europe de l'Ouest, avec à la clef un temps généralement beau et chaud. Les températures maximales grimpent et dépassent les 30 °C les 1er et 2 août, ajoutant la soif aux autres souffrances des soldats.

Retour d'un temps perturbé en août

Dès le 10 août, la pluie fait son retour : une dépression centrée sur la mer du Nord descend sur le Bénélux et le nord de la France. S'ensuit une période de temps perturbé avec des orages, de la pluie, du vent et des températures assez élevées, au-dessus de 20 °C. Elles atteignent parfois 24 à 27 °C.

La pluie est telle fin août que les tranchées sont inondées et que l'offensive britannique sur Guillemont est retardée au 3 septembre. Elle est lancée après trois jours de temps sec (du 31/08 au 02/09), alors que des pluies assez intenses (25 mm le 4 septembre) font leur retour les 3 et 4 septembre. Le village de Guillemont est néanmoins repris aux Allemands.