Météo et armées

Verdun, ou l’essor de l’aéronautique militaire

La bataille de Verdun (21 février - 19 décembre 1916) est une de celles qui structurent l’aéronautique militaire et, par conséquent, la définition de ses besoins en météorologie.
À Verdun, l’offensive terrestre allemande est précédée et soutenue par une offensive aérienne d’envergure. Plus de 280 appareils allemands, dont 40 chasseurs, ont été mobilisés pour préparer l’assaut. Côté français, la IIe armée qui a en charge cette partie du front ne dispose que de 70 avions. L’armée allemande met en place des barrages d'avions, les Luftsperre. Ces murs aériens sont constitués de patrouilles d'appareils qui interdisent le survol de la zone aux avions français (Sciacco G., 2005). Les tirs d’artillerie français, qui ne sont plus guidés, deviennent inefficaces.

Le général Pétain (1856-1951), nommé à la tête de la IIe armée à Verdun le 25 février 1916, confie alors au commandant Charles de Tricornot de Rose (1876-1916) la tâche de reconquérir l’espace aérien au-dessus de Verdun par une phrase restée célèbre : « Je suis aveugle, Rose balayez-moi le ciel ! ».
Rose va donc réorganiser l’aviation de chasse, réunir les escadrilles, les obliger à voler en patrouille de 3 ou 5 et plus en solitaire. Les « as » de l’aviation française répondent au défi. La reprise de la maîtrise du ciel dans la deuxième quinzaine de mars 1916 sera déterminante pour la suite de la bataille.

Un SPAD S.VII abîmé dans une cour de ferme. L'emblème de l'archer indique qu'il s'agit d'un SPAD de l'escadrille 31, commandée par Lucien Couret de Villeneuve. L'escadrille qui a combattu à Verdun est équipée de SPAD à partir de janvier 1917. © Louis Gain - dépôt Météo-France par MIMDI. Un SPAD S.VII abîmé dans une cour de ferme. L’emblème de l’archer indique qu’il s’agit d’un SPAD de l’escadrille 31, commandée par Lucien Couret de Villeneuve. L’escadrille qui a combattu à Verdun est équipée de SPAD à partir de janvier 1917. © Louis Gain - dépôt Météo-France par MIMDI.

Les conditions météorologiques, non seulement au sol mais également en altitude où évoluent les pilotes, doivent leur être communiquées. Jules Rouch rapporte ainsi que Georges Guynemer (1894-1917), blessé à Verdun le 13 mars 1916, s’enquérait toujours, avant de décoller, de la température à l’altitude de vol fixée : « Pour conserver ses moyens, il ne faut pas avoir trop chaud ou trop froid et un vêtement de plus ou de moins peut me faire perdre la fraction de seconde qui décide de la victoire » (Rouch J., 1931, p. 199). Après 53 victoires, le pilote finira par trouver la mort le 11 septembre 1917, près d’Ypres.

>La tenue des aviateurs de chasse dépend des conditions qu’ils trouveront à leur altitude de vol mais ils sont dans tous les cas plus habillés que s’ils étaient au sol. © Louis Gain - dépôt Météo-France par MIMDI. La tenue des aviateurs de chasse dépend des conditions qu’ils trouveront à leur altitude de vol mais ils sont dans tous les cas plus habillés que s’ils étaient au sol. © Louis Gain - dépôt Météo-France par MIMDI.

Rose va aussi exiger de meilleurs aéronefs, plus rapides et capables de voler plus haut. En août 1914, les avions Farman et Blériot qui équipent alors l’armée française ne peuvent voler au-delà de 75 km/h et ne montent que vers 2 000 m d’altitude. L’année 1915 permet d’améliorer un peu les choses mais il faudra attendre Verdun et l’avènement des chasseurs biplans SPAD et Nieuport pour atteindre des altitudes de 8 000 m et des vitesses de 220 km/h.

La Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a mis en ligne récemment sur le site du ministère de l’Écologie deux films, montrant l’essor des usines Farman pendant la guerre qui passent de 600 employés en 1914 à plus de 7 000 en 1916 et la mise au point des SPAD par Louis Blériot (1872-1936) à Verdun.