Météo et armées

L’observation météorologique par sondage

Les aérostiers réalisaient des observations météorologiques lors de leur ascension, afin de pouvoir permettre à l’artillerie de bien régler ses tirs. Cependant, ces informations se révèlent trop peu nombreuses et trop irrégulières pour disposer en routine des observations nécessaires au tracé des cartes de vent en altitude. Ces dernières sont indispensables pour la prévision et l’aviation. Les sondages aérologiques apparaissent donc comme incontournables.

Les développements techniques

Cerf-volant anémomètre. © Météo-France
Cerf-volant anémomètre. © Météo-France

Sous l’impulsion de Schereschewsky, un des principaux fondateurs du service météorologique aux armées, des travaux sont lancés pour mettre au point des ballons captifs du même type que les « saucisses », mais plus petits, équipés de capteurs météorologiques avec transmission filaire au sol où se trouvent les enregistreurs. Plusieurs spécialistes du cerf-volant (Frantzen, Nerlow, Pantenier et Pujo) sont également consultés et des essais comparatifs sont organisés à l’observatoire de Trappes. Deux modèles sont retenus afin d’équiper les armées et 150 cerfs-volants sont commandés en mai 1918.

Pierre Idrac. © Météo-France
Pierre Idrac. © Météo-France

En parallèle, Pierre Idrac, l’un des pères de la radiosonde, réalise, sous l’autorité d’Edmond Rothé, spécialiste en sismologie et passionné de météorologie, un montage radio électrique qui permet d’assurer les enregistrements non plus au sein du cerf-volant lui-même, mais directement au sol, ce qui allége l’appareillage et améliore les résultats. Il l’expérimente avec succès le 30 juin 1917. C’est un pas décisif pour l’aérologie. Un réseau de mesures en altitude se met en place et les données recueillies permettent de tracer les premières cartes de vent en altitude. Après la guerre, en 1925, Idrac sera nommé à la tête de l’observatoire de Trappes par le général Delcambre, qui avait pris la direction de l’Office national météorologique, issu de la fusion du Bureau central météorologique et du service météorologique aux armées, lors de sa création le 25 novembre 1921.


Pour suivre les ballons, Schereschewsky commande deux cents théodolites afin d’équiper les stations aérologiques. Mais les fabricants français d’optique de précision ne peuvent répondre à cette demande et des jumelles d’observation sont mises au point pour pallier cette pénurie. D’autres expériences sont également réalisées, comme les sondages dits par le son. Afin de pouvoir suivre le ballon, même lorsqu'il est l'intérieur d'un nuage, des sondages acoustiques ont été mis en place sur certaines stations. Le ballon était équipé de pétards que l'on faisait éclater tout au long de son ascension à des moments bien précis. Le délai mis par le bruit de l'explosion pour atteindre les microphones placés au sol permettait alors de déduire la localisation du ballon.

Le réseau d’observations en altitude en 1918

Extrait du carnet d'installation du poste de sondages de Balzeurche © Météo-France
Extrait du carnet d'installation du poste de sondages de Balzeurche. © Météo-France

Les informations des quinze premières stations de sondages aérologiques de 1917 se révèlent si précieuses que le réseau se densifie rapidement. Au 1er août 1918, on compte 10 stations météorologiques (Dugny, Clermont, Conty, Bazoches, Mont-Héry, Montmort, Fublaines, Bayon, Laheycourt et Belfort) auxquelles sont rattachés plus de 40 postes de sondages, sans compter les postes de sondages détachés.

Un exemple de carnet d’installation : le poste de sondages de Balzeurche

Météo-France dispose, dans sa bibliothèque, du carnet d’installation de ce poste de la fin avril 1917 au 22 juin 1917. Il ne s’agit pas d’un relevé de données météorologiques stricto sensu mais d’un carnet dans lequel le météorologiste en charge des sondages note le temps qu’il fait au jour le jour, les difficultés qu’il rencontre pour lancer ses ballons, l’état de la floraison… Le poste de Balzeurche, rattaché à la station météorologique de Belfort, à 1 080 m d’altitude, près de Gérardmer, est encore sous la neige lors de son installation le 25 avril.

Un exemple de poste de sondages : le poste de l’aéroport de Malzéville

Météo-France dispose également des données de sondages réalisées sur l’aéroport de Malzéville par G .Reboul et L. Dunoyer qui commandaient la station du 1er janvier 1916 au 30 juin 1917. À partir de ces données, Reboul et Dunoyer ont mis au point de nouvelles techniques de prévision qu’ils présenteront lors des séances hebdomadaires de l’Académie des sciences à partir de 1917. Ces séances seront l’occasion d’échanges tumultueux avec G. Guilbert, lauréat du concours international de prévision du temps de Liège en 1905 et auteur de la méthodologie de référence de l’époque « Nouvelle méthode de prévision du temps » avec des règles liées aux données de surface observées. Reboul et Dunoyer chercheront à intégrer les données de radiosondages pour améliorer de façon notable la prévision à 24 heures. Ils s’attacheront également à quantifier l’incertitude des prévisions qu’ils réalisent.