Météo et armées

Météorologie et gaz

La contre-offensive alliée, victorieuse sur la Marne le 9 septembre 1914, marque la fin de la guerre de mouvement qui laisse la place à une guerre de position. Les espoirs d’une guerre courte s'évanouissent alors que les armées s’enterrent de part et d’autre d’un front long de 700 km, qui traverse la France, de la Belgique à la frontière suisse.

Les états-majors décident alors de recourir à de nouvelles techniques, comme celle de l’arme chimique. De chaque côté, des études sont lancées et des essais programmés.

Soldats australiens équipés de masques à gaz, dans une tranchée dans le secteur d'Ypres, en 1917, par le Capitaine Frank Hurley
Soldats australiens équipés de masques à gaz, dans une tranchée dans le secteur d’Ypres, en 1917,
par le Capitaine Frank Hurley

Le 22 avril 1915, à Ypres, en Belgique, les Allemands lancent la première opération chimique offensive, utilisant du gaz moutarde. Les conséquences sur les troupes alliées sont effroyables et vont accélérer les recherches dans ce domaine dans les deux camps. Dès 1916, des deux côtés, on est prêt pour une utilisation en routine de cette arme. Les Allemands mènent quelques opérations pendant l'offensive sur Verdun, les alliés choisissent, quant à eux, d’utiliser cette nouvelle arme lors de l’offensive menée sur la Somme, qui débute le 1er juillet 1916.

Tranchée de Granville et de Grenoble - Photo vue d'avion d'une attaque au gaz .
Tranchée de Granville et de Grenoble - Photo vue d'avion d'une attaque au gaz .
E. d'Armancourt 12 juillet 1916 - Collection J-P Casaubon photos-images.fr

Météo-France conserve dans sa bibliothèque un carnet de tranchées, tenu à partir du 3 mai 1916. Il s'agit de celui de la compagnie 31/2 du 21e régiment du génie, installée dans la tranchée de 1ère ligne, Granville, face au village de l’Échelle-Saint-Aurin, dans la Somme. Le croquis présent en début de carnet indique la position des 21 postes d’observation établis le long de la tranchée, la plupart à l’intersection avec les différents boyaux la reliant à la tranchée de seconde ligne. Le poste de commandement porte le numéro 13.

Chaque jour, tous les quarts d'heure, les observateurs mesurent, grâce à leur anémomètre à main, la vitesse et la direction du vent et les consignent sur une page du carnet. Des gaz ont été émis sur l’Échelle-Saint-Aurin à plusieurs reprises pendant la bataille de la Somme en 1916, notamment le 12 juillet.

Ce carnet rend compte des conditions difficiles dans lesquelles ces soldats du génie (sapeurs) ont travaillé. Les noms des observateurs se succèdent, les sapeurs blessés ou morts sont remplacés par d’autres. Le carnet témoigne des nombreux déplacements de la compagnie. Avec le temps, les vagues d’émission deviennent de plus en plus routinières, comme en témoignent les journaux de marche de régiment.

Plan de la tranchée Granville © Météo-France
Plan de la tranchée Granville © Météo-France