2015

Hiver 2014-2015 : bilan de l’enneigement dans les massifs français

Durant la saison hivernale 2014-2015, la période d'enneigement de l'ensemble des massifs montagneux s'est révélée assez courte. En effet, l'enneigement a démarré tardivement après un automne doux et a connu une fin précoce avec le retour d'un printemps souvent sec et doux également. En revanche, au cœur de l'hiver, l'enneigement a été correct, voire très bon, à la faveur de températures proches ou inférieures aux normales et de précipitations parfois abondantes.
Dans les Alpes, l'enneigement a été en général en dessous des normales, en particulier dans les massifs internes de Savoie, du fait de précipitations souvent inférieures aux normales. À l'inverse, d'autres massifs ont bénéficié de précipitations normales, voir légèrement excédentaires, permettant un bon enneigement. Ce fut le cas, dans les Alpes du Nord, des massifs préalpins et de ceux de l'Isère, et, dans les Alpes du Sud, de celui du Queyras et surtout du Mercantour.
Les Pyrénées ont bénéficié une nouvelle fois d'un excellent enneigement au milieu de l'hiver, du fait de précipitations extrêmement abondantes durant cette période.
La Corse et les massifs de moyenne montagne - Vosges, Jura et Massif central - ont bénéficié d'abondantes précipitations neigeuses à partir de fin janvier, avec à la clef un très bon enneigement jusqu'à début mars, et même au-delà en Corse.


Pointe de Pinzi Corbini (2021 m, Corse - Massif du Rotondo)
Pointe de Pinzi Corbini (2021 m, Corse - Massif du Rotondo) juste après les abondantes chutes de neige de la mi-février 2015.

 

  1. Alpes
  2. Pyrénées
  3. Corse
  4. Massif central
  5. Vosges
  6. Jura

Alpes

Un enneigement correct, mais un démarrage tardif et une fin précoce

Malgré une température moyenne de l'hiver assez douce (entre 0,5 °C et 1 °C au-dessus des normales) et des précipitations parfois déficitaires (plutôt dans les Alpes du Sud et dans les massifs intérieurs de Savoie), l'enneigement a été globalement proche des normales au cœur de l'hiver dans l'ensemble des massifs. La neige s'est toutefois fait attendre en début de saison et l'enneigement n'est devenu satisfaisant le plus souvent que début février. Le printemps est ensuite arrivé de façon rapide et durable, et les quelques offensives hivernales observées de mars à mai n'ont fait que retarder une fonte rapide et précoce.


Enneigement dans les Alpes Saison 2014 - 2015
Cliquer sur le graphe pour l'agrandir.


Au fil des mois
La neige fait une première et timide apparition le 22 octobre dans les Alpes du Nord (5 à 30 cm au-dessus de 1 100 à 1 300 m), mais l'enneigement ne débute véritablement qu'avec les importantes précipitations des 4 et 5 novembre, particulièrement abondantes dans les Alpes du Sud. Du fait de températures encore douces, la neige ne tombe en quantité qu'au-dessus de 2 300 m environ. Puis, du 15 au 18 novembre, des chutes de neige encore plus importantes et généralisées se produisent, avec une limite pluie/neige qui s'abaisse progressivement entre 1 000 et 1 300 m. Le temps très doux et quasiment sec qui s'installe ensuite jusque fin novembre met à mal ce jeune manteau neigeux : il disparaît partout en dessous de 1 900 m à 2 200 m. Seules les pentes d'altitude dans les Alpes du Sud présentent encore un enneigement excédentaire, surtout dans le Mercantour, grâce à un épisode perturbé méditerranéen très actif entre le 25 et le 30 novembre.

En décembre, après un épisode neigeux par retour d'est du 6 au 9 dans les Alpes du Sud, les chutes de neige restent faibles et épisodiques, les principales se produisant le 17. Les températures, excepté au début du mois, sont douces. Ainsi, l'enneigement durant la semaine de Noël est très déficitaire dans toutes les Alpes du Nord, à moyenne altitude avant tout, où il n'y a pas de neige en dessous de 1 500 m. Il est en revanche normal dans la majeure partie des Alpes du Sud, excédentaire dans les Alpes-Maritimes (surtout dans le massif du Mercantour). Puis, l'épisode neigeux des 27 et 28 apporte de la neige jusqu'en plaine, en quantité très variable selon les massifs : de 10 à 80 cm du sud-est au nord-ouest des Alpes. L'enneigement se rapproche alors des valeurs de saison. La fin du mois est calme mais marquée par une offensive du froid, notamment le 29, journée la plus froide de l'hiver, avec -21°C en Savoie à Tignes (2 100 m) et à Bessans (1 700 m), -23°C dans les Hautes-Alpes à Villar-d'Arêne (1 660 m).

Durant la première quinzaine de janvier, la douceur domine à nouveau et les passages perturbés ne donnent de la neige qu'en altitude, souvent bien au-dessus de 2 000 m. La neige se tasse, fond en moyenne montagne : elle disparaît en dessous de 1 200 m dans les Alpes du Nord, en dessous de 1 500 à 1 800 m dans les Alpes du Sud. L'enneigement est alors quasiment partout déficitaire (sauf dans les Alpes du Sud au-dessus de 2 400 m). L'hiver revient enfin durant la seconde quinzaine de janvier, avec des épisodes neigeux souvent très actifs jusqu'en plaine :
-    les 16 et 17, avec 30 à 70 cm en général, moins dans les massifs intérieurs de Savoie,
-    du 19 au 26, avec 5 à 40 cm,
-    et enfin, du 29 janvier au 1er février, le plus important de ces épisodes, particulièrement intense dans les Alpes du Nord (70 cm à 1,40 m de neige fraîche), moins marqué dans les Alpes du Sud (10 à 60 cm).

L'enneigement devient ou redevient alors partout conforme aux valeurs de saison, voire légèrement supérieur dans certains massifs (ceux de la Haute-Savoie et de l'Isère, essentiellement).

La première semaine de février reste perturbée, avec une situation dite « de retour d'est » qui ne donne des chutes de neige vraiment importantes que près de la frontière italienne. Les températures durant cette période sont très froides, comparables à celles de fin décembre : -21°C à Bonneval-sur-Arc (1 800 m, Savoie) et -19°C à Maljasset (1 900 m, Haute-Ubaye) le 31 janvier, -22°C à Villar-d'Arêne le 3 février. Par la suite, les périodes ensoleillées et le plus souvent froides alternent avec des passages modérément neigeux, qui déposent chacun entre 5 et 35 cm de neige dès la moyenne montagne, parfois plus bas. Le maximum d'enneigement de l'hiver est souvent atteint au début du mois, soit 2 à 4 semaines plus tôt qu'habituellement. À la fin du mois, l'enneigement reste globalement conforme aux normales, avec un petit excédent plutôt en altitude (excédent plus marqué dans le massif du Mercantour), et de rares massifs en léger déficit (en Savoie, surtout la Haute-Tarentaise).

Les deux premières journées de mars sont agitées : la pluie remonte jusqu'à 2 500 m d'altitude, il souffle un violent vent d'ouest, avec 120 km/h enregistrés à la station automatique du Chevril à 2 560 m d'altitude en Haute-Tarentaise. La suite du mois se révèle plutôt calme, si l'on excepte un coup de vent de nord-est violent et glacial le 5 (152 km/h au dôme des Petites Rousses à 2 810 m d'altitude au-dessus de l'Alpe d'Huez, par une température de -16°C, ce qui représente un indice de refroidissement éolien de -33). Périodes de temps beau et doux alternent alors avec des épisodes neigeux ni très froids ni très actifs, excepté celui du 14 au 17 sur une étroite bande à la frontière avec l'Italie, qui reçoit entre 30 cm et 1 m de neige. Le mois se termine comme il avait commencé, avec de la pluie qui remonte jusqu'à 2 400 m et un fort vent de nord-ouest, localement tempétueux sur les sommets des massifs de l'est de la Savoie (plus de 250 km/h à La Grande Motte, au-dessus de Tignes). Du fait du début précoce de la fonte printanière (le 6 mars), l'enneigement à la fin du mois est le plus souvent déficitaire jusque vers 2 000 m d'altitude, proche des normale au-dessus, légèrement excédentaire toutefois en Haute-Maurienne, dans le sud de l'Isère et les Alpes du Sud (surtout le Mercantour).

Avril débute par un temps assez frais, marqué par les dernières chutes de neige significatives de l'hiver : 30 à 50 cm dans les Alpes du Nord, 2 à 20 cm dans les Alpes du Sud. Durant tout le reste du mois, une très grande douceur s'installe, parfois remarquable, l'isotherme 0 °C dépassant à plusieurs reprises 3 000 m d'altitude (3 400 m les 14 et 15). Le manteau neigeux devient printanier dans la plupart des pentes et la fonte s'accélère, plus précoce qu'à l'ordinaire. Toutefois, au-dessus de 2 300 m, elle est interrompue par un petit épisode neigeux entre le 16 et le 19 avril, puis par un autre plus actif du 25 au 28. À la fin du mois, l'enneigement est déficitaire à toutes altitudes dans la majorité des massifs, plus nettement toutefois en dessous de 2 000 à 2 300 m.

Le mois de mai est très arrosé dans les Alpes du Nord et au contraire très sec dans les Alpes du Sud. Les températures sont douces, particulièrement durant la première quinzaine. Du 1er au 5, des précipitations particulièrement abondantes s'abattent sur les Alpes du Nord, avec la pluie qui remonte jusqu'entre 3 100 et 3 300 m. Associées à la fonte des neiges, elles entraînent une très importante crue des rivières nord-alpines. Le soleil prédomine ensuite, la douceur prend un caractère estival du 10 au 14, l'isotherme 0°C approchant et même dépassant les 4 000 m, tandis que la température atteint +8°C à +10°C à 3 000 m. Cet avant-goût d'été est toutefois interrompu par d'ultimes offensives de l'hiver, aussi marquées que brèves. Le 15, la montagne blanchit dès 1 200 ou 1 300 m, tandis qu'en altitude il se dépose une couche de 20 à 50 cm dans les Alpes du Nord, 5 à 30 cm dans les Alpes du Sud. Du 19 au 21, il neige à nouveau au-dessus de 1 300 à 1 500 m mais en plus faibles quantités. La fonte du manteau neigeux, à nouveau temporairement interrompue au-dessus de 2 200 m, reste malgré tout précoce à toutes altitudes.

Globalement, durant le printemps, le manteau neigeux aura disparu avec 2 à 4 semaines d'avance selon l'altitude et le massif.