2012

L'enneigement en montagne durant l'hiver 2011-2012

 

22/04/2012

 

 Bilan au 22 avril  2012

 

Copyright Météo-France 

L'enneigement de la saison 2011-2012 s'est révélé très différent selon les massifs.
Les Alpes du Nord ont connu une excellente saison avec des conditions météorologiques contrastées et un début d'enneigement tardif.
Dans les Alpes du Sud, l'enneigement est plus précoce, dès novembre dans certains massifs. Ensuite, on observe un contraste marqué entre les massifs du nord qui bénéficient d'un bon enneigement jusqu'à début mars et ceux de l'extrême sud où il est resté faible toute la saison.
Dans les Pyrénées, l'hiver sec a maintenu un enneigement déficitaire en décembre, janvier et mars, déficit plus net encore sur l'est de la chaîne. Le manteau neigeux a malgré tout bénéficié de chutes de neige opportunes à la mi-décembre et début février qu'aucun redoux pluvieux n'a fait fondre prématurément. L'épisode froid de la première quinzaine de février, accompagné de chutes de neige, figure parmi les plus intenses depuis 30 ans.
Dans le Jura et les Vosges, le manque de neige s'est régulièrement fait sentir en dessous de 1000 m. Plus haut, l'enneigement a été plus abondant,  mais la fonte a été assez précoce en mars. Dans le Massif-Central, l'enneigement est resté faible tout l'hiver.

Alpes du Nord

Les conditions météorologiques de novembre 2011 n'ont pas favorisé un enneigement précoce, contrairement aux hivers précédents. Durant l'automne, la sécheresse a persisté jusqu'à très haute altitude, en particulier sur les massifs les plus au nord.

Début décembre, la montagne blanchit dès 600 m dans certains secteurs et la neige tombe en abondance en altitude. En deux semaines, l'enneigement au-dessus de 1500 m devient conforme aux normales pour une mi-décembre tandis que plus bas, le déficit de neige persiste. Du 3 décembre au 7 janvier, d'abondantes précipitations se produisent accompagnées de vents souvent forts (notamment dans la nuit du 5 au 6 janvier, avec des rafales jusqu'à 170 km/h au Mont Cenis à 2040 m, 178 km/h au dôme de Petites Rousses à 2800 m). Les hauteurs de neige relevées sont remarquables, parfois inédites depuis 30 ans (janvier 1982) pour cette période. Elles sont équivalentes aux hauteurs maximales atteintes habituellement entre début février et début avril selon l'altitude.

Fin janvier, après de nouvelles chutes, l'enneigement sur l'ensemble des Alpes du Nord est largement excédentaire pour la période, notamment en dessous de 2000 m. Il se situe parmi les dix hivers les mieux enneigés des 50 dernières années.

Février est le mois des records : d'une part une sécheresse exceptionnelle, d'autre part des températures remarquablement contrastées. Une vague de froid d'une rare intensité survient la première quinzaine, avec des valeurs remarquables relevées le 5 février au matin : -29,5°C à Tignes (2080 m), -28°C à Bessans (1710 m), -26°C à Méribel-Mottaret (1700 m). La deuxième quinzaine est marquée par deux pics de chaleur avec une valeur record de + 10,7°C à Tignes les 24 et 29 février. Fin février, l'enneigement est encore très bon, dès 900 à 1000 m en versant nord, 1200 à 1300 m en versant sud et les épaisseurs varient de 50 à 150 cm à 1500 m à de plus de 2 m à 2500 m.

En mars, le temps remarquablement sec, ensoleillé et doux se poursuit. L'épais manteau neigeux résiste même si la fonte continue. L'enneigement reste excédentaire pour la saison dans tous les massifs jusqu'à la mi-mars. Des conditions de neige printanière dominent avec des différences nettes suivant les versants et les massifs : l'enneigement est meilleur en Haute-Savoie que sur les massifs situés entre le Vercors à la Haute-Maurienne.

A partir du 5 avril, le temps devient maussade et frais, la neige recouvre à nouveau les pentes parfois dès 1000 m et le manteau neigeux s'épaissit au-dessus de 1500 m. Au 22 avril, à l'exception de la Haute-Maurienne, les épaisseurs de neige sont à nouveau conformes aux valeurs de saison ou légèrement excédentaires au dessus de 1500 m.
 

 

Copyright Météo-France
Bilan de l'enneigement dans le massif du Chablais


Copyright Météo-France
Bilan de l'enneigement dans le massif des Grandes Rousses


Copyright Météo-France

Bilan de l'enneigement dans le massif de la Vanoise

 

Alpes du Sud

Au début du mois de novembre, de fortes précipitations apportent de la neige au-dessus de 2000 à 2200 m et sur les plus hauts sommets. Mais le temps redevient rapidement sec et la douceur excessive associée à quelques épisodes de vent fort fait fondre une partie de cette neige.
Le contraste nord/sud s'installe en décembre et perdure tout l'hiver. Début décembre, les chutes de neige sur les Alpes du Nord touchent aussi le nord des Hautes-Alpes. Ces massifs bénéficient ainsi mi-décembre d'un enneigement conforme aux normales à 1500 m et même excédentaire au-dessus de 2200 m. Plus au sud, la neige est absente en décembre et l'enneigement est très déficitaire jusqu'à 2400 m mais conforme aux normales au-delà.

La situation se reproduit en janvier : les chutes de neige sont plus importantes au nord qu'au sud. Seul le dernier épisode de janvier apporte enfin des chutes de neige à basse altitude sur ces massifs. L'enneigement fin janvier est ainsi excédentaire de 20 à 50% sur les Hautes-Alpes. Il est déficitaire de 30 à 50% sur les Alpes-Maritimes et très irrégulier en altitude à cause des vents violents.

Février est un mois presque sec. Les températures sont très froides durant la première quinzaine, le 5 au matin : -29,5°C à Villar d'Arêne (1665 m), -25°C à St-Étienne-en-Dévoluy (1280 m). Sous ces conditions, le manteau neigeux évolue peu.

Puis entre la mi-février et la fin du mois de mars, quelques chutes de neige se produisent, un peu plus abondantes en bordure frontalière mais la douceur et un soleil généreux dominent et favorisent la fonte précoce de la neige. Ainsi, fin mars, le déficit d'enneigement est très sévère, surtout au sud. Il est compris entre -40 % et -60 % dans le nord des Hautes-Alpes, entre -70 % et -90 % dans tout le reste des Alpes du Sud.

Avril est marqué par le retour de la neige sur l'ensemble des massifs, souvent jusqu'à basse altitude. Le manteau neigeux réapparaît et s'épaissit à nouveau dès 1500 m d'altitude mais ne redevient conforme aux normales qu'au-dessus de 2200 m environ.

 

Copyright Météo-France
Bilan de l'enneigement dans le massif du Mercantour


Copyright Météo-France
Bilan de l'enneigement dans le massif du Thabor


 

Corse

Octobre et novembre étant secs et doux, les premières chutes de neige se produisent début décembre à partir de 1700 m. Mi-décembre, des chutes abondantes permettent au manteau neigeux de se constituer.

Début janvier, les conditions météo perturbées mais trop douces n'apportent de la neige qu'à partir de 2000 m. Au dessus de 1600 m, il ne reste qu'une mince couche. Vers 2000 m, on relève 15 à 40 cm selon les versants. Par la suite, l'enneigement n'évolue presque pas.

A partir du 26 janvier, les chutes de neige se succèdent jusqu'au 12 février; le froid est également au rendez-vous et la neige tient au sol dès 500 m. L'enneigement redevient bon, avec 60 à 70 cm à 1000 m et plus d'1 m au-dessus de 1500 m. Ces conditions se maintiennent une dizaine de jours. A partir du 23 février, les températures augmentent, marquant le début de la période de fonte.

En mars, des conditions printanières (soleil et douceur) persistent, entrecoupées par deux épisodes neigeux début mars puis le 24 mars, limitant temporairement l'érosion du manteau neigeux. Les limites de l'enneigement remontent progressivement vers 1500 à 1800 m mi-mars, puis 1800 à 2200 m début avril. Il ne reste alors que 50 à 60 cm de neige à 2000 m en versant nord.

A partir du 5 avril, c'est le retour de l'hiver pour la Corse et les Alpes. Les journées ensoleillées sont rares et les chutes de neige se succèdent, reconstituant une couche de neige en montagne. Le 22 avril, l'épaisseur atteint 15 à 20 cm à 1500 m et 60 cm à 1,20 m à 2000 m.

Copyright Météo-France
Bilan de l'enneigement à Cinto-Rotondo en Corse
 

 

Pyrénées

Les premières chutes de neige se produisent à la fin du mois d'octobre sur les crêtes frontières au-dessus de 2200 m. Cette première séquence se termine le 6 novembre par une perturbation de nord-ouest active qui dépose sur tout le versant nord des Pyrénées environ 50 cm à 2500 m et 10 cm à 2000 m.

En novembre, le temps reste plutôt doux, ponctué de quelques perturbations peu actives, puis sec début décembre. La neige fond sur les versants sud et remonte progressivement au-dessus de 2000 m en versant nord. L'enneigement se maintient au-dessus de 2200 m et à la mi-décembre il est déficitaire à toutes altitudes. Il neige alors le 17 décembre, de 70 cm sur l'ouest à 30 cm sur le Capcir et nettement moins sur le sud de la Cerdagne. Ces chutes suffissent à rendre l'enneigement normal pour la saison, malgré un net tassement provoqué par des températures élevées jusqu'en fin de mois.

Durant les premiers jours de janvier, plusieurs perturbations se succèdent avec de fortes variations de température. Elles prennent fin avec des pluies verglaçantes qui recouvrent toutes les Pyrénées d'une couche de glace lisse de 1 à 2 cm d'épaisseur, provoquant de nombreux accidents. La glace disparaît après les précipitations du 20 janvier et prend fin avec le retour des chutes de neige le 27 janvier. Le manteau neigeux est alors à nouveau très déficitaire, particulièrement sur l'Est et le versant espagnol.

Un épisode de froid intense s'installe jusqu'à la mi-février (-15°C à -20°C dans les stations). Pendant cette période, les chutes de neige sont très fréquentes, accompagnées de très forts vents de nord, accentuant le froid et dégarnissant de nombreux versants. Les hauteurs de neige deviennent alors à haute altitude conformes aux normales pour la saison et sont inhabituellement importantes à basse altitude.

Un temps calme s'installe le 18 février et persiste en mars, avec toutefois deux épisodes neigeux. D'abord entre le 4 et le 6 mars, il tombe environ 10 cm sur la chaîne ; puis entre le 18 et le 22 mars, il neige sur la crête frontière et l'est des Pyrénées, jusqu'à 80 cm sur la Cerdagne. Mais globalement, le temps doux et ensoleillé fait fondre la neige en dessous de 2000 m. A la fin mars, la neige a disparu en dessous de 1700 m, un mois en avance par rapport à la normale, et présente un déficit de 20% à 2500 m.

En avril, le temps redevient perturbé. Les chutes de neige, mais aussi de pluie, sont d'abord faibles jusqu'au 10 avril, plus conséquentes ensuite, presque quotidiennes. Le 15 avril, point d'orgue de cette séquence, il tombe entre 30 et 60 cm sur la Haute-Ariège. En dessous de 1800 m et en dépit de températures fraîches, cette neige printanière fond rapidement. Au-dessus de 2000 m en revanche, la couche s'épaissit régulièrement pour atteindre le maximum de l'hiver.

 

Copyright Météo-France
Bilan de l'enneigement sur l'Est des Pyrénées


Copyright Météo-France

Bilan de l'enneigement sur l'Ouest des Pyrénées

 

Vosges

Les premières neiges sont présentes en altitude à partir du 5 décembre. Après le passage de nombreuses perturbations actives, le manteau neigeux atteint fin décembre une épaisseur de 90 cm environ au dessus de 1000 m, 45 cm à 800 m d'altitude et 35 cm à 500 m.

Début janvier, un fort redoux ne laisse que 50 cm sur les sommets. Le reste du mois l'alternance de chutes de neige et de pluie ne permet de reconstituer le manteau neigeux qu'au-dessus de 1000 m, la couche reste peu épaisse.

Le net refroidissement de la première quinzaine de février  favorise le maintien de l'enneigement en montagne. En fin de mois, de nouvelles chutes de neige améliorent l'enneigement au dessus de 900 m d'altitude environ. On dépasse 60 cm sur le secteur de la Bresse et 1,40 m sur les crêtes du grand Ballon, soit l'enneigement maximum de l'hiver. En dessous, l'enneigement devient faible et irrégulier.

Les conditions anticycloniques prédominent à partir de mars et la fonte s'accélère. Sur les crêtes du Markstein (1185 m) le manteau neigeux disparaît le 25 mars.

Jura

Après un mois de novembre doux et sec, la neige fait brièvement son apparition le 3 décembre. Entre le 15 et le 19 décembre, un manteau neigeux conséquent se constitue : 30 à 50 cm entre 700 et 900 m, 60 à 90 cm sur les sommets forestiers.

Du 20 décembre à la fin janvier, redoux et chutes de neige se succèdent et accentuent le contraste entre un enneigement modeste en dessous de 900 m et une épaisseur notable au-dessus de 1000 à 1100 m.

De fin janvier jusqu'à mi-février, le temps reste sec, une seule chute de neige de 20 cm mais le temps froid et sibérien qui s'installe maintient une fine couche de neige en plaine, 10 à 30 cm entre 700 et 900 m, et plus d'un mètre au-dessus de 1200/1300 mètres.

A partir du 25 février, la douceur favorise le tassement et la fonte jusqu'au mois de mars. Les petits épisodes des 7 et 8 mars, puis des 18 et 19 mars apportent un peu de neige, qui disparaît très vite. A partir de début mars, la neige disparaît en-dessous de 1000 m. Elle fond mi-mars vers 1100 m et début avril vers 1300 m.

En avril, avec la fraîcheur, des giboulées de neige se produisent jusqu'à 700 à 800 m, mais sans accumulation durable.

Cet hiver est marqué par un enneigement contrasté de part et d'autre d'une altitude d'environ 1000 m. On relève entre 40 et 55 jours avec au moins 10 cm de neige au sol vers 900 m et 90 à 100 jours à 1100 m .

 

Copyright Météo-France
Bilan de l'enneigement sur le Jura


 

Massif-Central

Après un mois de novembre sec et doux, la neige tombe début décembre uniquement sur les sommets et fond rapidement. Mi-décembre, la tempête Joachim favorise la constitution d'un manteau neigeux qui atteint 10 à 20 cm vers 900 m et presque 1 m sur les sommets mais un redoux pluvieux en fin d'année fait fondre presque totalement cette neige en-dessous de 1200 m.

En janvier, le manque de neige persiste sous l'effet d'un temps sec et anticyclonique. Il faut attendre les derniers jours du mois pour que de nouvelles chutes reconstituent une couche de neige d'environ 20 cm à 1000 m.

Grâce à la vague de froid record de la première quinzaine de février, ce manteau neigeux persiste. Le 20 février les épaisseurs atteignent au Mont-Dore 23 cm à 1000 m, 40 cm à 1300 m, 110 cm à 1660 m. Elles sont un peu plus faibles dans le Cantal avec 10 à 20 cm vers 1200 m et 60 cm au sommet du Plomb. Ensuite, les températures remontent, la fonte s'accélère et la neige disparaît fin février à 1200 m, début mars à 1300 m.

En mars l'alternance de douceur et de courtes périodes de temps frais et perturbé ne permet le maintien d'un peu de neige qu'au dessus de 1400 m.

Le 11 avril, l'arrivée du froid permet le retour de la neige. Le 22 avril, on mesure encore 30 cm à 1300 m, 85 cm à 1500 m.

L'enneigement de cette saison se situe nettement en dessous de la moyenne, avec un fort contraste entre les massifs du Puy de Dôme et du Cantal. Sur les massifs cantaliens, le déficit d'enneigement a été plus sévère (21 à 27 jours avec au moins 10 cm de neige au sol, 70 jours en moyenne), comparable à l'hiver 2006/2007.