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Météo-France, un acteur de la montagne

11/12/2019


Météo-France s'associe à la journée internationale de la montagne orchestrée par les Nations unies. En charge des prévisions météorologiques, une donnée particulièrement sensible en milieu montagnard, l'établissement est également l'opérateur de la vigilance concernant le risque d'avalanche. Enfin, les chercheurs de Météo-France se penchent sur des questions fondamentales autour de la neige et notamment son évolution dans le cadre du changement climatique.

 


Avalanche dans les Alpes - © Audrey Coppee via Getty Images

La météo en montagne

Les fans des loisirs de montagne savent que la météo est un facteur déterminant pour profiter de son activité favorite. Le ski, l'alpinisme et toutes les pratiques de plein air en montagne dépendent en grande partie des conditions météorologiques.
Ainsi, chaque jour, les prévisionnistes de Météo-France s'attachent à rendre la météo en montagne plus lisible pour plus de plaisir mais surtout pour plus de sécurité. Elle a même développé une application spécifique qui permet de connaître en temps réel toutes les informations utiles pour organiser ses sorties en montagne.

L'application Météo-Ski

Le risque d'avalanche

Par décret, Météo-France a la mission  de « surveiller le manteau neigeux, en prévoir les évolutions et diffuser les informations correspondantes ». Il est donc  en charge de l'estimation du risque d'avalanche depuis 1970 à la suite d'une avalanche particulièrement meurtrière à Val d'Isère en Savoie (39 morts et 37 blessés).

Notre dossier pour tout comprendre des avalanches.

Les prévisionnistes de Météo-France élaborent également pendant toute la saison des Bulletins d'estimation du risque d'avalanche (BRA), destinés aux services de sécurité  civile et aux acteurs et pratiquants de la montagne (skieurs, surfeurs, randonneurs, gestionnaires de domaines skiables…). Ces bulletins décrivent les conditions de neige et informent des risques d'avalanches spontanées et provoquées qui sévissent jusqu'au lendemain soir sur chaque massif des Alpes, des Pyrénées et de Corse.

Retrouvez les bulletins avalanches
 

La recherche

Le Centre national de recherche météorologique (CNRM - Météo-France/CNRS) étudie le manteau neigeux dans le cadre de différentes applications : prévision du risque d'avalanche, rôle de la neige et de la cryosphère (neige, glaciers, pergélisol, glace de lac et de rivière) dans le système climatique, effets de la neige sur la ressource en eau des bassins versants et le débit des rivières de montagne. Pour ce faire, il s'appuie sur une unité dédiée : le Centre d'études de la neige (CEN), situé à Saint-Martin-d'Hères en Isère.

Le CEN dispose de multiples moyens : modèles numériques dédiés, mesures sur le terrain (sites de mesures fixes ou campagnes dédiées), expériences en en chambre froide. Il dispose de deux équipes de recherche qui travaillent sur les thématiques liées au manteau neigeux, en balayant une large gamme d'échelles allant de l'échelle micrométrique (pour l'étude des propriétés physiques de la neige à l'échelle du grain de neige) à l'échelle planétaire (pour l'étude des interactions entre la couverture neigeuse et la variabilité climatique).

La gestion de la neige

Météo-France apporte son aide aux professionnels de la montagne par le biais du programme PROSNOW. Coordonné par Météo-France, ce projet vise à développer un outil d'aide à la décision pour optimiser la gestion de la neige dans les domaines skiables.

La cryosphère et le changement climatique

Le changement climatique constitue un enjeu plus prégnant en montagne par rapport à d'autres territoires. D'abord parce l'enneigement est directement lié aux conditions de températures et de précipitations. Avec l'augmentation de la température de l'air, conséquence du changement climatique, l'épaisseur de neige au sol, l'étendue des surfaces enneigées et la durée d'enneigement sont condamnées à diminuer. Au-delà de la période hivernale, cette évolution pourrait aussi avoir des répercutions sur la ressource en eau en été.

La couverture neigeuse en montagne a une fonction de « château d'eau » : en fondant durant l'été, quand les précipitations se font plus rares et la demande plus importante, elle maintient le débit des cours d'eau. D'autre part, les sociétés humaines et les écosystèmes de montagne sont particulièrement sensibles aux risques naturels, aux questions de ressources en eau et aux évolutions du tourisme. Face à ce défi, Météo-France entend répondre aux sollicitations internes et externes à ce sujet notamment par le biais du Centre d'études de la neige.

Nos contenus sur le changement climatique et l'enneigement

En outre, l'établissement apporte régulièrement de nouvelles données disponibles sur le portail Drias, les futures du climat, contenant de nouveaux jeux de projections climatiques sur les Alpes et les Pyrénées. Il s'agit également de données scientifiques sur le changement climatique pour les acteurs socioéconomiques.

Le CEN produit également des études qui permettent d'y voir plus clair. Ainsi, en 2018, de nouvelles projections climatiques de l'enneigement à moyenne altitude dans les Alpes du nord ont été établies.

Enfin, Météo-France participe par le biais de ses chercheurs aux activités du GIEC. Ainsi, Samuel Morin, responsable du Centre d'études de la neige, a participé en qualité d'auteur au chapitre 2, dédié à la haute montagne, du rapport spécial du GIEC sur les océans et la cryosphère paru en 2019.

Dans ce rapport, il apparaît que les changements généralisés de la cryosphère affectent les systèmes physiques, biologiques et humains dans les montagnes et les basses terres environnantes, avec des impacts évidents même dans l'océan. S'appuyant sur le 5e rapport d'évaluation du GIEC, le rapport évalue de nouvelles données sur les changements récents et prévus observés dans la cryosphère des montagnes ainsi que sur les impacts, les risques et les mesures d'adaptation connexes liés aux systèmes naturels et humains.

 

 


Samuel Morin : « Certains glaciers vont disparaître »
 

Intervention de Samuel Morin, responsable du Centre d'études de la neige, lors de la conférence de presse au ministère de la Transition écologique et solidaire à Paris, le 24 septembre 2019.

« En haute montagne, quand on parle de cryosphère, on parle d'un grand nombre de composantes. On parle des glaciers, du manteau neigeux, des sols gelés (pergélisol), on parle aussi des lacs et des rivières gelés une partie du temps. Toutes ces composantes sont en recul à l'échelle internationale. Quand on regarde en détail toutes les montagnes du monde, ce qui a été notre travail pendant deux ans, nos conclusions sont sans appel. À l'avenir, les glaciers les plus petits en Europe, dans les Alpes en particulier, en Afrique orientale, au Kilimandjaro par exemple, dans les Andes tropicales et en Indonésie où il reste encore quelques traces de cryosphère devraient perdre plus de 80 % de leur masse d'ici 2100, dans le cas de scénarios où les émissions de gaz à effet de serre restent relativement élevées.

Quoique l'on fasse à l'échéance du 21e siècle, même avec une réduction ambitieuse des gaz à effet de serre, certains glaciers disparaîtront d'après toutes les connaissances qui ont été recensées et analysées dans ce travail.
 

« Des changements majeurs de la biodiversité de montagne »


Ce recul a des conséquences majeures à la fois pour les écosystèmes et pour les populations qui vivent dans et en aval des zones de montagne. Par exemple, au fur et à mesure que les glaciers fondent et donc changent de géométrie, les écosystèmes, les forêts, les espèces animales et végétales migrent vers le haut de la pente et parfois ne peuvent plus migrer quand elles sont tout en haut… Il y a donc des changements majeurs de la biodiversité de montagne et dans la manière dont elle répond au changement climatique.

Le recul de la cryosphère, qu'il s'agisse du manteau neigeux ou des glaciers, perturbe dès à présent la disponibilité de la ressource en eau. Cela ne modifie pas forcément la quantité totale d'eau disponible mais plutôt le moment à laquelle cette eau est disponible. Cela a des conséquences majeures pour les activités comme l'agriculture qui dépendent de cette ressource, mais cela a aussi des conséquences majeures pour les activités de loisirs et de tourisme. L'évolution des glaciers rend l'alpinisme par exemple impraticable à certaines saisons. Plus généralement, et cela a été abordé dans ce rapport, c'est même l'une des nouveautés par rapport à des études précédentes dans le cas du GIEC, ce sont les effets culturels sur des populations vivant en montagne.


« En zone de montagne, les populations croissent et cela les rend plus exposées aux risques »

Les évolutions futures sont importantes concernant les risques. On le mesure même déjà, avec les glissements de terrain, les avalanches, les inondations qui vont augmenter à mesure que les glaciers, la neige et le pergélisol diminueront mais aussi par l'évolution de l'exposition et la vulnérabilité des populations de montagne.

Le contexte change, les activités humaines évoluent. En zones de montagne, les populations croissent et cela les rend plus exposées à des risques en changement.

Notre rapport analyse aussi les choses du point de vue de la gouvernance, des solutions et de l'adaptation et en particulier de la gestion intégrée de l'eau et la coopération internationale, puisque les montagnes sont souvent des frontières. Il y a donc un enjeu de gestion intégrée à l'échelle locale mais aussi à des échelles plus vastes, qui demandent une coopération transfrontalière. Elles offrent des possibilités de réduire certains effets des changement de la cryosphère lié au climat, notamment sur les ressources en eau. »



 

 

 

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