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Événements extrêmes de 2019 : quelle a été la part du changement climatique ?

16/10/2019

L'année 2019 a été marquée par des épisodes de chaleur exceptionnels : outre les deux canicules de juin et juillet 2019, la France a aussi connu sa fin février la plus chaude de l'histoire. Quelle a été la part du changement climatique d'origine humaine dans ces événements extrêmes ?

Questions à... Aurélien Ribes 

Chercheur à Météo-France, spécialiste de l'analyse du climat, Aurélien Ribes a participé aux études permettant de quantifier le rôle joué par le changement climatique d'origine humaine dans ces événements extrêmes touchant la France métropolitaine. 
Illustration canicule
 
Vous avez analysé les épisodes de chaleur extrêmes qu'a connu la France métropolitaine cette année 2019. Quelle part y a joué le changement climatique ?
 
Dans les trois cas, on trouve que le changement climatique d'origine humaine a favorisé ce genre d'événements. Les épisodes de chaleur extrêmes sont plus fréquents aujourd'hui que dans le passé. Pour les deux canicules estivales, nous avons trouvé que le réchauffement climatique les a rendues 10 à 50 fois plus probables que dans un climat qui n'aurait pas vu l'influence humaine. Elles ont aussi été de l'ordre de 2 °C plus chaudes qu'elles ne l'auraient été sans influence humaine. Des épisodes plus chauds de 2 °C, 10 à 50 fois plus probables, cela témoigne de l'importance de l'influence humaine sur le climat actuel !
 

Les épisodes extrêmes de chaleur de 2019 analysés

- Aujourd'hui, le changement climatique a accentué l'intensité de cet événement de 1 °C.
- En 2040, un événement de ce type sera près de 2 fois plus probable qu'en 2019. Son intensité sera plus forte de 0,6 °C.
 
- Aujourd'hui : le changement climatique d'origine humaine a accentué de 2 °C leur intensité et de 10 à 50 fois leur fréquence d'occurrence.
- En 2040, des températures aussi élevées seront observées 5 fois plus souvent. Et un événement aussi rare que celui de 2019 serait 1,2 °C plus chaud.
 
 
 
Comment procède-t-on pour analyser ainsi un épisode dans un contexte de changement climatique ?
 
On essaie d'évaluer la distribution des températures dans le climat actuel et dans un climat qui n'aurait pas connu l'influence humaine. À partir de cette distribution, on évalue la probabilité de rencontrer une température au moins aussi chaude que celle observée cette année, et on en déduit la durée de retour de l'événement. Pour la vague de chaleur de juillet 2019, on trouve par exemple une durée de retour d'environ 30 ans, ce qui signifie qu'on n'avait qu'une chance sur 30 d'observer des températures aussi chaudes. Et on se demande quelle est la probabilité d'avoir un épisode aussi chaud dans un climat non perturbé par l'homme… On trouve que cette probabilité est de l'ordre de 10 à 50 fois plus faible. Pour l'intensité, on se demande quelle aurait été la température d'un événement de même probabilité d'occurrence dans un climat non perturbé par l'homme. Le résultat est qu'il  aurait été environ 2 °C moins chaud.
 
À quoi ressembleront ces événements extrêmes dans la France future ?
 
Notre méthode permet à la fois de comparer les épisodes actuels au climat passé, et de décrire à quoi ressembleront des épisodes « comparables » dans un climat futur.

" Des canicules comme celles de 2019 seront environ 5 fois plus fréquentes en 2040, ou plus chaudes d'environ 1,2 °C."

On sait déjà que les vagues de chaleurs en France seront plus intenses et plus fréquentes dans un climat plus chaud. Si on fait le calcul pour les canicules de 2019, on trouve qu'elles seront environ 5 fois plus fréquentes en 2040, ou plus chaudes d'environ 1,2 °C. Cela semble peu, mais c'est beaucoup : lors de la vague de chaleur de juin, les températures moyennes en France sur trois jours ont atteint 28,7 °C. En 2040, un événement comparable atteindrait 30 °C en moyenne sur trois jours. Cela n'a encore jamais été vu, même sur une seule journée. Et ce n'est que dans 20 ans. 
 
Et le froid ? N'évalue-t-on pas les vagues de froid au regard du changement climatique ?
 
Si, en procédant de la même façon ! En févier 2018, la France a connu une vague de froid tardive remarquable, avec - 3,2 °C de température moyenne en métropole le 27 février 2018.

"Une vague de froid comme celle de février 2018 avait environ 3 fois moins de chance de se produire en 2018 que dans un climat non réchauffé par l'homme"

La part du changement climatique d'origine anthropique dans cet épisode de froid a été analysée. Les conclusions sont parlantes : ce type de vague de froid est aujourd'hui plus rare et moins intense que dans le climat passé. Une telle vague de froid avait environ 3 fois moins de chance de se produire en 2018 que dans un climat non réchauffé par l'homme. Elle a également été 1,4 °C moins froide qu'elle ne l'aurait été dans un climat « naturel ». 
Et en 2040, un événement d'une intensité similaire sera encore 2 fois moins fréquent qu'en 2018, ou 0,9 °C plus chaud. 
 

Actualité par Météo-France