Imprimer Envoyer á un ami

Dorian poursuit sa route vers la Floride, après avoir dévasté Grand Bahama

03/09/2019

Rétrogradé en ouragan de catégorie 4* lundi 2 septembre en fin de journée, puis catégorie 3 ce mardi 3 matin à 5 h UTC, Dorian, qui se déplace extrêmement lentement, continue de dévaster l'île de Grand Bahama, sur le nord-ouest de l'archipel. Ses vents soutenus (vents moyennés sur 1 minute) maximaux atteignent encore 195 km/h ce matin à 6 h UTC, alors que son œil se situe juste au nord de Grand Bahama, à 50 km au nord-est de la ville de Freeport, et à 165 km du littoral de la Floride (Palm Beach).

Animation d'images infrarouges du satellite GOES-16 montrant Dorian stagner sur Grand Bahama entre lundi 2 à 1 h UTC et mardi 3 septembre 2109 à 13 h UTC 
Animation d'images infrarouges du satellite GOES-16 montrant Dorian stagner sur Grand Bahama entre lundi 2 à 1 h UTC et mardi 3 septembre 2019 à 13 h UTC - © Météo-France

Un déplacement très lent et des dégâts phénoménaux

Positionné entre une dorsale (crêtes de hautes pressions) sur l'Atlantique nord, et une autre sur le Midwest américain, l'ouragan Dorian n'a été soumis à aucun véritable  courant ces dernières heures, ce qui explique sa lente avancée sur l'île de Grand Bahama. Depuis son impact sur l'est de cette île, vers 13h30 UTC lundi 2, Dorian a seulement parcouru 70 km en 27 heures; sur ces 27 heures, il est resté plus de 24 heures en catégorie 5 et 4. Une telle puissance, associée à un mouvement très lent, cause malheureusement des dégâts monstrueux. Des rafales à plus de 300 km/h, des précipitations diluviennes, combinées à une submersion marine dépassant 5 mètres, se sont acharnées plusieurs heures sur les mêmes zones. C'est le cas notamment de la ville de High Rock sur laquelle le mur de l'œil a stagné de longues heures.

Cette stagnation de Dorian explique en partie son affaiblissement, par refroidissement des eaux de surface dans lesquelles l'ouragan puise son énergie, en raison de remontées d'eaux plus froides (phénomène d'"upwelling" ) engendrées par le brassage de la couche superficielle océanique ainsi que les abondantes précipitations.

Une trajectoire s'incurvant vers le nord

Avec la circulation d'un thalweg (axe de basses pressions) sur l'est des États-Unis, provoquant une faiblesse entre les deux dorsales, Dorian va entamer une lente remontée vers le nord-ouest ce mardi soir, puis le nord mercredi.

Des incertitudes demeurent sur sa trajectoire exacte mais Dorian devrait longer les côtes de Floride mercredi, tout en restant un ouragan, puis progresser au large de la Géorgie et des Caroline entre jeudi et vendredi.

Même si l'œil de l'ouragan ne devrait pas toucher les terres de Floride, le phénomène à 50-100 km au large des côtes, reste extrêmement dangereux, avec de violentes rafales, des précipitations et une marée de tempête provoquant des inondations sur le littoral.

Les prévisions du National Hurricane Center (NHC) font état d'une marée de tempête entre 1,20 m et 2,10 m sur le littoral de la Floride, et de 60 cm à 1,20 m sur la Géorgie. Les précipitations attendues sont de l'ordre de 75 à 150 mm, localement 225 entre la Floride et la Géorgie, et de 125 à 250 mm localement 375 mm sur le littoral des Caroline.

Pour suivre les prévisions en direct, consulter le site du NHC (en anglais).

 

Décryptage : marée de tempête

Outre les vents violents dévastateurs et les précipitations diluviennes associées à un cyclone, la marée de tempête reste un phénomène particulièrement dangereux.

Une marée de tempête est une surélévation du niveau de la mer par rapport au niveau normal à marée haute, liée au passage d'une tempête. Elle peut atteindre plus de 6 mètres et rentrer dans les terres sur plusieurs kilomètres.

Comment se forme t'elle ?

Les forts vents continus liés à un cyclone déplacent l'eau de mer en surface et provoquent une onde générée par le vent.

À cela s'ajoute une onde de pression, plus courte, liée au minimum de pression au cœur d'un cyclone. Le poids exercé par la colonne d'air au-dessus de ce minimum (sur toute la hauteur de l'atmosphère) est inférieur au poids d'une colonne d'air dans son voisinage. Dans la recherche perpétuelle d'un équilibre, afin d'égaliser la pression dans l'eau, le niveau de la mer s'élève sous ce minimum, permettant au poids de l'eau de compenser le manque dans la colonne d'air. On estime que le niveau de la mer s'élève d'environ 1 mètre pour une baisse de pression 100 hPa par rapport à la pression moyenne au niveau de la mer qui est de 1013 hPa.

Illustration marée de tempête

Lorsque ces ondes s'approchent du littoral, cette eau accumulée va déferler sur les terres.

Plusieurs facteurs vont alors rentrer en jeu : l'angle avec lequel l'onde frappe le littoral, et les caractéristiques du littoral, sa profondeur, sa pente, sa forme.

Lorsque cet énorme volume d'eau s'approche du littoral, en raison de l'élévation du fond marin, le niveau de ma mer est contraint de s'élever pour conserver ce même volume d'eau. Cela se traduit par une marée de tempête s'accompagnant de fortes vagues sur les côtes. Plus la pente est raide, moins la marée de tempête s'enfoncera dans les terres, mais elle générera des vagues importantes se fracassant sur les terres. À l'inverse, une pente douce permettra à la mer de s'enfoncer plus loin de la côte mais avec des vagues plus faibles.

Un tweet de nos confrères canadiens de The Weather Network illustrant bien ce phénomène :

 

 

* La force des cyclones est catégorisée sur l'échelle de Saffir-Simpson par un niveau entre 1 et 5, 5 étant le plus fort.

Actualité par Météo-France