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Record de faible extension de la glace en mer de Béring

12/03/2019

Le 9 mars 2019, à peine sorti de l'hiver et alors que le maximum de banquise n'est pas encore atteint à l'échelle de l'Arctique, la mer de Béring a enregistré sa plus faible extension de glace depuis 1978 pour les mois de février et de mars, période climatologique de plus forte extension, avec à peine 21 % de la superficie moyenne (1981-2010).

Ce début de printemps météorologique se passe donc en eau libre sur les rives ouest de l'Alaska, ce qui a de lourdes conséquences pour l'environnement et les populations locales.

Concentration en glace de mer au 11 mars 2019, ligne rouge : extension normale 1981-2010
Concentration en glace de mer au 11 mars 2019, ligne rouge : extension normale 1981-2010 - © NSIDC
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Une glace très dépendante des conditions atmosphériques 

En moyenne, l'extension de la banquise se poursuit jusqu'à fin mars début avril, mais cette extension est extrêmement variable d'une année sur l'autre, nettement plus que pour de nombreuses autres régions de l'Arctique. Cette fine glace de mer annuelle ouverte sur le Pacifique nord se retrouve confrontée aux assauts de l'océan et de ses conditions météorologiques extrêmement variables. Ainsi, il n'est pas inhabituel d'y voir la banquise régresser au milieu de l'hiver avant de s'étendre à nouveau, au gré des changements de régime de temps. On voit d'ailleurs déjà ces jours-ci s'amorcer une reprise en glace avec des conditions météorologiques plus favorables.

En revanche, l'ampleur de la décroissance de la banquise le mois précédent est extrêmement forte, et son extension actuelle est historiquement faible, conséquence d'une circulation atmosphérique remarquable à l'échelle globale dans un contexte du réchauffement climatique.

Conséquences d'un mois de février exceptionnel 

Cette fin d'hiver (fin-janvier et février) a en effet été marquée dans la région par un phénomène qu'on a également connu en Europe : un blocage atmosphérique de grande ampleur s'est installé entre fin janvier et février au nord-ouest du Canada, conduisant des flux de sud perturbés océaniques sur la mer de Béring. Les côtes ouest de l'Alaska ont connu des températures extrêmement douces (anomalie mensuelle de +8 degrés à Nome en Alaska !), alors que février a été remarquablement rigoureux des côtes pacifique aux grandes plaines américaines avec des records absolus de froid ou de chutes de neige.

Cette circulation atmosphérique persistante est à relier à la situation de blocage intense que l'on a connu cette fin-février et qui a occasionné de nombreux records de douceur et d'ensoleillement en Europe de l'Ouest, mais aussi des tempêtes hivernales d'une rare ampleur sur l'est du bassin méditerranéen.

En effet, des vastes ondes planétaires se propageant sur une large épaisseur de l'atmosphère se sont renforcées cette fin d'hiver (ondes de gravité dites de Rossby) et ont favorisé la persistance de ce type de blocage aux moyennes latitudes, comme un collier d'anticyclones puissants répartis tout autour de l'hémisphère nord.

Cette configuration météo remarquable n'est pas inédite, mais dans le contexte du réchauffement climatique en cours, elle est de plus en plus susceptible de produire de telles situations exceptionnelles.

Anomalie des géopotentiels moyens de février sur l'hémisphère nord par rapport aux moyennes climatiques, révélant les zones de blocage anticyclonique (en rouge) tout le long du 40-50eme parallèle 
Anomalie des géopotentiels moyens de février sur l'hémisphère nord par rapport aux moyennes climatiques, révélant les zones de blocage anticyclonique (en rouge) tout le long du 40-50e parallèle - © Météo-France
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Actualité par Météo-France