Imprimer Envoyer á un ami

Retour sur les feux de forêts en Corse

28/02/2019

Le week-end dernier, 23 et 24 février 2019, des dizaines de feux se sont déclenchés en Corse et ont brûlé plus de 1 500 ha dont 1 300 ha à Calenzana (Balagne). Surprenants ces incendies de forêts en plein hiver ? Pas vraiment. Voilà pourquoi.

Image satellite du 24 février montrant le panache des incendies au nord ouest de la Corse.
Cliquez pour agrandir.

 

Une végétation « disponible au feu »

Dès l'automne, avec des durées de jour plus courtes et la baisse des températures, la végétation se transforme. Les arbres à feuillage caduc perdent leurs feuilles qui s'accumulent et forment une litière. De manière générale, la végétation entre en repos végétatif comme le font les arbustes de la garrigue et du maquis. Il n'y a alors plus de sève dans les feuilles. De leur côté, les herbacées arrivent en fin de cycle de vie et meurent. Le gel accélère ces phénomènes.

À cette végétation traditionnellement en dormance en hiver, s'ajoutent en Corse, des végétaux morts depuis la sécheresse exceptionnelle de l'année 2017.

Toute cette végétation, morte ou en repos, a une teneur en eau qui est directement liée à l'hygrométrie de l'air. Lorsque l'air est proche de la saturation, les molécules d'eau sont nombreuses et ces végétaux sont peu disponibles au feu.

Inversement, lorsque l'air est très sec, les molécules d'eau sont rares et cette végétation très sèche, qui crisse sous les pas des promeneurs, devient directement disponible pour les incendies.
 

Un bilan hydrique déficitaire cet hiver

Après un été et un automne pluvieux, le bilan hydrique de l'hiver est déficitaire sur la Corse avec moins de la moitié des précipitations normales sur la façade orientale mais un bilan neutre ou très légèrement déficitaire sur la Balagne. Sur l'ensemble des postes, il n'y a pas eu de pluies significatives depuis le début du mois de février.


Cliquez pour agrandir.

Cependant, la sécheresse de la végétation vivante est encore faible en Corse comme sur les régions méditerranéennes du continent. Malgré un relatif déficit de précipitations hivernales, il n'y a pas de dessèchement notable de la végétation vivante comme on peut l'observer en période estivale.
 

Les conditions météorologiques : un air très sec et du vent

En lien avec des hautes pressions dont l'axe va des Pyrénées vers l'Europe centrale et une dépression circulant sur la méditerranée orientale, un très fort vent de nord-est relativement frais et très sec se met en place du nord de l'Italie vers la Corse. La Corse est placée en vigilance jaune vent violent du vendredi 22 à 16 h au dimanche 24 à 16 h. Le vent se renforce progressivement dans la matinée de samedi 24 pour atteindre un paroxysme dans la nuit de samedi à dimanche. Les rafales atteignent plus de 100 km/h sur de nombreux postes, au Cap Corse, sur les reliefs mais aussi en Balagne et sur l'extrême sud-est avec un maximum de 138 km/h à La Chiappa.

 

Champs du modèle ARPEGE, 24 février 2019 à 00H UTC
Cliquez pour agrandir.

 

En traversant la Corse, un phénomène particulier et très fréquent sur les zones de montagne se met en place : l'effet de foehn. L'air qui arrive sur un relief est soulevé puis descend sous le vent du relief. La compression adiabatique qui s'opère alors (en descendant le flanc de la montagne, la pression augmente), entraîne un réchauffement et surtout un assèchement de la masse d'air parfois spectaculaire sur les pentes et vallées sous le vent des montagnes.

Sur de nombreux sites, les humidités chutent dans l'après-midi de samedi 23 et se maintiennent extrêmement basses toute la nuit et ce jusque dimanche 24 après-midi. On note des chutes spectaculaires comme à Renno où on relève 70 % à 14h puis 13 % à 15h.

On relève des humidités minimales de l'ordre de 20 % sur la façade orientale soumise au vent de nord-est et des humidités inférieures à 10 % par effet de foehn sur de nombreux postes en montagne ou sur la façade occidentale et parfois même moins de 5 % ce qui est excessivement sec. On relève ainsi 5 % à Ajaccio le 23 février et à Sampolo le 24 et même 4 % à Renno le 24 pour la première fois sous la barre des 5 % depuis 26 ans et l'ouverture de la station.

Les températures maximales ne sont pas notables de l'ordre de 15 °C avec un maximum de 19 °C à Calvi par effet de foehn l'après-midi. Dans la nuit, les températures minimales sont comprises entre 3 et 10 °C et sont négatives en altitude.
 

Conclusion : il suffit d'une étincelle

Après une vingtaine de jours sans pluie mais surtout en lien avec des vents violents et des humidités de l'air extrêmement basses, les végétations mortes (litière sous feuillus dont châtaigniers), broussailles et arbustes du maquis, sont extrêmement sensibles au feu. Toute source de chaleur, parfois en lien avec des travaux agricoles ou écobuages dont les reliquats peuvent parfois couver plusieurs jours ou avec des chutes de poteaux électriques, peuvent déclencher des incendies qui vont ensuite être attisés et propagés par les très forts vents et par des effets de pente.

Les zones de montagne ont, en outre, la particularité d'être difficiles d'accès pour les véhicules chargés de la lutte contre les feux de forêt et l'action combinée des avions bombardiers est souvent décisive. Circonstances aggravantes, le traitement par voie aérienne ne peut se faire qu'en journée et les violentes rafales et turbulences rendent la lutte aérienne très difficile. Les feux déclenchés en fin de journée et dans la nuit, en zones montagneuses, sont donc extrêmement difficiles à traiter par l'action combinée des moyens terrestres et aériens.

Ces feux d'hiver sont fréquents en montagne, en Corse comme sur le continent. L'île de Beauté a déjà subi de violents incendies début janvier 2018 en lien avec de forts vents et de violents effets de foehn au passage de la dépression Fionn (1-4 janvier 2018).

Depuis de nombreuses années, Météo-France a mis en place une assistance dédiée aux services de lutte contre les feux de forêts tout au long de l'année et plus spécifiquement pour la saison estivale où les feux de forêts sont plus nombreux et plus virulents.

Cette assistance se décline au niveau national ainsi que pour le sud-ouest et les régions méditerranéennes où des services sont dédiés à cette problématique.
 

Actualité par Météo-France