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Julia, une nouvelle « bombe météo »

19/02/2019

Alors que l'ouest européen baigne dans la douceur tiède d'une dorsale d'altitude, encore plus à l'ouest, les conditions météorologiques sont autrement plus perturbées, avec une circulation générale propice au creusement rapide de dépressions tempétueuses. Les simulations numériques indiquent justement dans les prochaines heures le creusement brutal d'une dépression située actuellement aux environs de 44°N 47°W dont le centre est à 965 hPa, au sud-ouest de Terre-Neuve. C'est ce qu'on appelle une « bombe météo ». Elle organisera un front froid venteux qui balaiera l'archipel des Açores demain mercredi 19 février. Les intensités de vent prévues atteignant les seuils de vigilance de l'archipel, les services météorologiques portugais ont décidé de nommer cette future dépression conformément à la liste des tempêtes de l'Europe du Sud-Ouest. Elle est ainsi est baptisée Julia.

Animation de la pression au niveau de la mer et des rafales de vent au-dessus de 80 km/h prévues entre mardi 19 février à 12 UTC et mercredi 20 février 2019 à 18  UTC 
Animation de la pression au niveau de la mer et des rafales de vent au-dessus de 80 km/h prévues entre mardi 19 février à 12 UTC et mercredi 20 février 2019 à 18  UTC - © Modèle du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, développé en partenariat avec Météo-France.
(Cliquer sur l'animation pour l'agrandir)

Tempête Julia aux Açores

Le vent de sud-ouest se renforcera progressivement dès cette nuit et encore en journée mercredi à l'approche d'un front froid venteux. Les rafales pourront atteindre temporairement au passage du front et surtout dans l'air sec postérieur jusqu'à 100-120 km/h en rafales, mais plus encore sur les points hauts de l'archipel. Les plus fortes rafales se décaleront ensuite au nord-est de l'archipel en fin de journée.

La dépression Julia sera alors située à 1500 km au sud-est de la pointe méridionale du Groenland, avec une pression estimée en son centre à moins de 940 hPa ! (jeudi 21 à 00 UTC) et poursuivra sa route vers le nord, en direction du Groenland, alors que l'ouest de l'Europe verra une barrière anticyclonique se reconstituer et empêcher la progression du régime perturbé atlantique vers le continent. Les vents seront les plus fort sur le flanc est de la dépression, principalement sur l'Islande. Bien qu'ayant perdu en intensité, Julia occasionnera une fin de semaine encore perturbée sur cette île.

Des bombes météorologiques

Les tempêtes Lothar et Martin qui ont balayé successivement le territoire français autour de Noël 1999 constituent des cas d'école de ce type de dépression. Les intempéries associées ont bousculé les procédures de communication sur la prévision des phénomènes météorologiques dangereux (mise en place du système de vigilance) mais ont permis également une étude approfondie des processus physiques conduisant à ce type de phénomène. Les mécanismes essentiels de formation sont propres aux latitudes moyennes : la baroclinie – déséquilibres horizontaux entre pressions et température - et la circulation d'altitude – courants-jet et poche d'air froid. Ces dépressions explosives produisent des vents comparables en termes d'intensité maximale à des cyclones modérés (169 km/h à Paris le 26 décembre 1999). S'il est assez aisé de diagnostiquer le contexte général propice à la formation d'une telle dépression, l'évolution précise, et potentiellement explosive du phénomène, est très difficile à déterminer, en raison du caractère chaotique des phénomènes en jeu, et donc d'une sensibilité aux conditions initiales extrêmement fortes. Néanmoins, l'augmentation de la puissance de calcul et la compréhension des concepts physiques aboutissant à ce type de dépressions ont permis ces deux dernières décennies d'améliorer très largement la prévisibilité de ces phénomènes.

Actualité par Météo-France