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La météo de la Route du Rhum-La Banque postale par Sylvain Mondon, prévisionniste de Météo-France Sports

27/10/2010

Copyright Météo-France/ Pascal Taburet

Les concurrents de la Route du rhum - La Banque postale 2010 se sont élancés le 31 octobre de Saint-Malo pour une traversée en solitaire jusqu'à Pointe-à-Pitre, à 3542 milles.  Le record à battre? La performance de Lionel Lemonchois sur son multicoques 60 pieds Gitana 11 lors de l'édition 2006 : 7 jours 17 heures et 19 minutes.

Entretien avec Sylvain Mondon, prévisionniste et routeur à Météo-France Sports qui avait assuré le routage du skipper avec Yann Guichard*.



Sylvain Mondon (à droite) et Richard Silvani
prévisionnistes et routeurs à Météo-France Sports
Comment rallier le plus rapidement possible Pointe-à-Pitre ?

Sylvain Mondon : La route la plus rapide dépend à la fois des conditions météorologiques sur l'Atlantique Nord et des caractéristiques du bateau. Même si la configuration météo est identique pour chaque catégorie, les bateaux n'ont pas tout à fait les mêmes atouts. Ces différences sont surtout notables dans la catégorie Ultime de l'édition 2010 de la Route du Rhum - la Banque Postale.

Un skipper peut naviguer haut en latitude dans la première partie du parcours. La distance à parcourir est courte, mais la route est risquée car les vents sont forts. Un autre skipper choisira une route plus sud dès le départ pour rechercher les vents proches de l'anticyclone des Açores. Cette route est moins exposée mais plus longue car les vents sont plus faibles.

La deuxième moitié de parcours (après l'archipel des Açores) est en apparence plus simple puisque toutes les routes (Nord ou Sud) convergent vers la Guadeloupe. Le paramètre important de cette navigation tropicale est l'angle du vent,  pouvant favoriser chacune des routes à tour de rôle en fonction des variations des Alizés.

Quelle est la climatologie du parcours ?
Sylvain Mondon : Au cours de cette transatlantique reliant Saint Malo à Pointe-à-Pitre, les marins sont soumis à deux grands régimes de temps :

- au nord de l'anticyclone des Açores, un flux d'ouest perturbé où se succèdent dépressions et fronts associés,

- au sud de l'anticyclone des Açores, les Alizés de Nord-Est du domaine tropical.

La succession des fronts produit alternativement des vents de secteur Sud-Ouest puis de secteur Nord-Ouest. Souvent forts à proximité des centres dépressionnaires, ces vents s'affaiblissent sur la bordure nord de l'anticyclone des Açores. En l'absence de flux perturbé, la situation peut-être radicalement différente avec des hautes pressions sur les Iles britanniques qui dirigent un flux de Nord-Est sur la Manche et le proche Atlantique. Ces éléments ne sont pas statiques et les transitions entre ces configurations météorologiques peuvent se produire en automne.

Les Alizés réputés stables et modérés, souvent plus faciles à gérer, peuvent également surprendre avec des fluctuations importantes. S'ils soufflent de secteur Nord-Est entre 15 et 20 noeuds, leur direction peut varier d'est/sud-est à nord/nord-est, et leur vitesse entre 5 et 25 noeuds voire plus sous les grains orageux parfois violents. Ces fluctuations impliquent obligatoirement plusieurs réglages et manœuvres pour les skippers.

Quels sont les pièges ou les difficultés du parcours ?

Sylvain Mondon : Les principaux pièges météorologiques à éviter sont les vents faibles et les zones sans vents.

Avec des vents contraires, un voilier pourra toujours se diriger et suivre une route. En revanche, avec des vents faibles, les voiliers ne peuvent pas choisir leur route et les efforts à fournir pour s'en extraire sont souvent considérables.

Les vents trop forts et les zones de mer trop formée sont également à éviter. La progression des bateaux est fortement ralentie et le risque de casse élevé.

Pour rejoindre le plus rapidement possible les Antilles, le skipper devra composer avec la distance à parcourir (plus ou moins longue), la force des vents, et l'état de la mer.

Comment se préparer à une telle course ?
Sylvain Mondon : Les skippers travaillant avec Météo-France sont formés au cours de sessions individuelles ou collectives, à partir de l'analyse des conditions météorologiques des précédentes éditions.

Il est essentiel d'étudier tous les phénomènes météo présents sur l'Atlantique Nord en automne, et les différentes solutions pour y faire face. Cette préparation fait gagner du temps lors des discussions précédant le départ, ou durant la course lorsque le routage est autorisé.

Assurez-vous un routage sur l'édition 2010 ?
Sylvain Mondon : Oui, Billy Besson du Gitana-Team et moi assurons le routage à Terre pour Yann Guichard sur
Gitana 11 dans la catégorie Ultime. Dans cette même catégorie Gitana 11 sera opposé au
Sodebo de Thomas Coville routé par Richard Silvani, prévisionniste à Météo-France.

Parallèlement au routage, je prépare la course jusqu'au départ avec Marc Guillemot sur Safran, le routage étant interdit ensuite pour la catégorie Imoca.

De même, Yvan Mercier, prévisionniste à Météo-France, assure la préparation jusqu'au départ des 40 pieds de

Lorient Grand Large. De plus, de nombreux concurrents utiliseront les données des Météo-France via l'outil
Navimail ou le logiciel Synboat : F.Cammas (Groupama 3), Guillemot/ Safran, De Pavant/Groupe Bel, Jourdain/Véolia, Dick/Virbac, Boissière/Akena, Lemonchois/Prince de Bretagne, neuf monocoques de 40 pieds de Lorient Grand Large.

Synboat, logiciel développé par Météo-France, permet au skipper de visualiser, animer et superposer les données météorologiques (images satellite, cartes issues des modèles de prévision numérique, etc) pendant la course.

* Yann Guichard est skipper de Gitana 11 en 2010

Météo-France Sports

Météo-France Sports accompagne les organisateurs de grandes compétitions sportives, les fédérations sportives nationales et internationales, les sociétés organisatrices d'évènements ainsi que les écuries et leurs équipementiers. Météo-France Sports leurs apporte une expertise météo spécifique pour renforcer la sécurité des participants et du public, maitriser le déroulement des épreuves y compris face aux impératifs médiatiques. Les prévisionnistes de Météo-France Sports accompagnent aussi de façon personnalisée les champions et leurs équipes dans leurs choix stratégiques (voile, sport automobile, sports de montagne...).

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Marine

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